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Les réseaux (sociaux) de la colère

Les réseaux sociaux sont maintenant les compositeurs et chefs d’orchestre de nos vies et leur musique n’est pas dépourvue de la vertu intemporelle de cet art : l’écouter (visiter les réseaux sociaux) influe sur notre bien-être. Les œuvres des réseaux sociaux jouées sur nos murs (les diffé­rentes publications qui s’y déploient) peuvent nous faire atteindre la félicité mais aussi nous contraindre à boire la coupe enivrante d’une chute émotionnelle qui nous fait frôler le pic de l’amertume. Nos journées ont droit, soit à des musiques sombres, qui constituent la plupart des mesures exécutées, soit à des rares joyeuses mélodies.

Si pour Hegel, la lecture du journal est la « prière du matin de l’homme moderne », l’homme contemporain ne se contente plus d’un simple « Notre père » ou des quelques secondes de « Je vous salue Marie », mais d’une grande messe quotidienne qui lui prend les trois quarts de son temps. Le matin, le premier rituel consiste à ouvrir le livre de cantiques moderne qui est le smartphone en mode réseaux sociaux. Qu’importe si notre voix participe ou non aux chants liturgi­ques, la musique emporte notre âme vers le paradis (ou l’enfer c’est selon) prêché par les paroles, parfois nanties d’illustra­tions, qui s’affichent sur notre mur. Et comme à chaque rassemblement religieux, les dérives sectaires et les fanatiques ne constituent pas des exceptions. À l’instar des religions, les réseaux sociaux, qui ne sont pas foncièrement mauvais, sont pervertis par les extrémistes.

Une grande partie du cul te es t consacrée à l’écoute des sermons corrosifs que sont les attentats verbaux échangés par les inconditionnels de différentes chapelles (plus exactement de deux confessions: une bipolarité nocive qui pollue nos murs) au fanatisme excité par les discours dogmatiques des leaders,intensifiés par leur appropriation par les disciples les plus radicalisés qui tombent dans l’intolérance et qui n’acceptent qu’une seule vérité: la leur. Une sainte « vérité », une « parole d’évan­gile » qui ne peut souffrir d’aucune contestation: les propos de l’autre camp sont machinalement refoulés par une instance psychique, issue du formatage cérébral, au rang de « mensonges », « diffamations »,« calomnies », … Des accusations qui, dans ce mélange de bons grains et d’ivraies, ne sont pas toujours infondées.

Dans ce ring virtuel, les calomnies et les rumeurs remplacent les crochets et les uppercuts. Malgré le caractère fantaisiste flagrant de certaines attaques, elles sont toujours la « vérité suprême » pour les partisans ou les condisciples de l’envoyeur. Les cantiques médisants de la grande messe quotidienne ont, en ce moment, un volume assourdissant, un sommet sonore si bien présenté par Basile, dans Le Barbier de Séville (Beaumarchais, 1775), quand il décrit le mécanisme de la rumeur: « D’abord un bruit léger, rasant le sol comme une hirondelle avant l’orage… telle bouche le recueille, et, piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement; le mal est fait: il germe, il rampe, il chemine, et de bouche en bouche, il va le diable; puis tout à coup, je ne sais comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil; elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscrip­tion… »

Pourtant, la popularité et le nombre de partages d’une publication ne font pas la vérité.

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