Editorial

Génocide

Seize morts de trop. Nous l’avions pressenti en tirant la sonnette d’alarme la semaine passée. « La gestion de la sécurité inquiète » avions-nous titré à propos des festivités marquant le 59e anniversaire du retour de l’indépendance. Nous avions particulièrement mis l’accent sur la gestion du défilé militaire et du concert de Rossy juste après. Entre la foule qui quitte le stade et celle qui veut voir le concert, il fallait bien gérer le rush pour éviter le pire. Le préfet de Tana avait déclaré qu’il n’était pas au courant de l’organisation d’un concert après le défilé militaire. Malheureusement nos appréhensions se sont justifiées.
Le nombre de public a été limité pendant le défilé miliaire pour raison de sécurité. Une foule immense a du du coup rester en dehors du stade attendant le départ des invités officiels pour rentrer au stade. Le rush dès que les invités ont pris la sortie a provoqué des bousculades monstres et fatales pour plusieurs enfants et des fillettes. Le président rwandais Paul Kagame invité spécial des festivités, aurait été le témoin d’un nouveau génocide s’il était resté au stade quelques minutes de plus.

Neuf mois après le drame lors du match de football entre les Barea et le Sénégal, le stade de Mahamasina est de nouveau le théâtre d’une tragédie avec un bilan huit fois plus lourd. Une mauvaise organisation a été à l’origine de cette triste nouvelle. Il aurait fallu mettre des barrières métalliques pour canaliser la foule à la place d’un cordon de forces de l’ordre qui a facilement cédé. Un renforcement du nombre des éléments des forces de l’ordre ne constitue pas une assurance tout risque dans un événement pareil où il fallait s’attendre à l’importance de la foule étant donné que tout était gratuit. Pour voir les Barea et mourir sans avoir vu un bout de match, les victimes avaient payé un ticket dont le prix est loin d’être dérisoire.

Mais quelles que soient les mesures qui ont été prises pour éviter le pire, l’incivisme et l’indiscipline générale ont été pour beaucoup dans cette tuerie. L’insoumission, l’insubordination nées de la crise de 2009 en particulier font qu’il est difficile voire impossible aux dirigeants d’imposer des règles et des normes. Même si le stade était plein, la foule aurait toujours forcé l’entrée.

Toutes mesures de réformes ou disciplinaires se heurtent à une résistance farouche d’une partie de la population. Récemment, le préfet d’Antananarivo a imposé un horaire pour la circulation des charrettes et pousse-pousse. Il a reçu une fin de non recevoir de la part des concernés qui ont bloqué les rues avec leurs engins. Les marchands de rue affichent la même mentalité et restent indecrottables sur les trottoirs voire la chaussée. Les taxis ne veulent pas se mettre aux normes et bloquent également les rues à chaque mesure prise pour les régulariser.
La situation empire à chaque période électorale où les candidats sont tout bons tout cons et préfèrent le laxisme absolu à un score famélique. Les seize morts d’hier ne seront pas les derniers. Passé le choc, on va les oublier et d’autres vont commettre la même bêtise. À preuve la fête a bel et bien continué hier jusqu’à leur terme malgré le drame.

Plus la population est sous éduquée voire illettrée, plus elle est insensible à toutes mesures de sécurité. La plupart des victimes du drame d’hier sont des enfants et des adolescents qui ignoraient les risques de se retrouver dans un tel événement et dans une telle marée humaine. Et même si on leur avait dit, elles n’y auraient pas cru.
La ville et le pays souffrent de la dégradation du comportement et du manque total de citoyenneté de leur population. Le drame d’hier fait partie du décor à l’image de l’incendie, de la saleté, du désordre, de l’insécurité, des maladies contagieuses, du rapt d’enfant, du délestage…Un tableau assez sombre qu’on essaie de masquer par le show et le spectacle. Du pain et des jeux reste une formule éternelle mais si parfois elle est mêlée de larmes.

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  • Comme quoi « la sous éducation et l’illétrisme » ne tue pas que le démocratie mais le peuple lui-même…matière à réflexion…