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Conjoncture – Rajaonarimampianina plaide non coupable

Le Chef de l’État défend son bilan et demande du temps pour les résultats de ses projets structurants. Il requiert la solidarité des acteurs nationaux et internationaux pour redresser le pays miné par les crises.

Non coupable. Tel est le sens de la plaidoirie de Hery Rajaonarimampianina, président de la République. Le discours du chef de l’État, à l’occasion des fêtes du retour à l’indépendance de Madagascar, à Iavoloha hier, est allé dans le sens de la défense de son bilan. À l’entendre, son programme de développement, contenant des « projets structurants », vise à redresser les décennies de marche en arrière du pays, à cause des mauvais virages pris dans le passé, et surtout les crises politiques.
Les évènements de ces dernières semaines ont donné matière à argumenter au locataire d’Iavoloha. Dès le début de son allocution en malgache, il a présenté trois faits pour soutenir deux de ses principales défenses : « Nous nous sommes attelés à reconquérir la confiance des bailleurs », et « nous mettons en œuvre un projet structurant pour les générations futures ». L’accord de principe sur les facilités élargies de crédit (FEC) avec le Fonds monétaire international (FMI), la sortie d’Air Madagascar de l’annexe B et les infrastructures inaugurées dans le Sud-Ouest, notamment le pont de Befandriana.
« Nous résorbons les plaies du passé et construisons pour l’avenir », a soutenu le Président Rajaonarimam­pianina. Depuis le début de son mandat, des économistes pointent du doigt l’absence de projet prioritaire afin d’alléger les difficultés du quotidien des ménages, surtout au lendemain d’une longue crise à la fois politique, économique et sociale. Mesure nécessaire, pourtant, pour apaiser la conjoncture post-crise. Le Président concède, pourtant, que « le mieux-être de la population consolide la stabilité politique ».

Solidarité
Dans sa défense, le chef de l’État avance que « jeter les bases du développement nécessite du temps pour avoir des répercussions sur le quotidien de la population ». Du temps, l’apaisement, la stabilité, l’appui des bailleurs et la solidarité nationale sont requises par le numéro un de la République afin de mener à bien ses « projets structurants ».
Concernant l’apaisement et la stabilité, Hery Rajaonari­mampianina soutient que les « verbiages faciles, instrumentalisation des rumeurs et dénonciations gratuites pour terroriser la population », ne lui rendent pas la tâche facile. Quoique depuis quelques semaines, ce sont les responsables étatiques et militaires qui ont le plus parlé d’une tentative de coup d’État sur la place publique, confortant l’ambiance d’instabilité au sein de la population.
Pour ce qui est du soutien effectif des bailleurs, le président de la République met en avant l’accord sur les FEC et table sur les efforts de l’État qui matérialise cette étape pour améliorer la situation économique devant faciliter les accords financiers institutionnels ou privés. À l’endroit des partenaires internationaux, visiblement, le locataire d’Iavoloha a lancé : « Ne nous perdons pas en conjoncture, concentrons-nous sur l’essentiel sans nous attendrir sur des détails inutiles, car il est souvent plus facile de critiquer que d’agir (…) le temps est venu pour ceux qui croient réellement en ce pays (…) de concrétiser cette conviction ».
En réponse, Antonio Sanchez-Benedito, ambassadeur de l’Union européenne (UE), a déclaré qu’il y a des points importants, comme l’accord avec le FMI « pour confirmer la crédibilité et la réputation du pays ». L’Europe étant pointilleuse sur l’État de droit et la bonne gouvernance, son représentant rappelle, cependant, que « l’on doit continuer à mettre en place les différentes institutions et à renforcer les efforts et réformes ».
Pour ce qu’il est de la solidarité nationale autour du pouvoir dans l’optique du développement, la dureté de la vie à laquelle fait face la majorité de la population risque de supplanter l’appel du Président. Celui-ci requiert la patience de la population afin de permettre à ses « projets structurants » de faire leurs effets. Certes, mais le train de vie, les abus et gabegies de plusieurs responsables étatiques, à tous les niveaux, attisent, cependant, l’impatience et la désolidarisation du peuple.

Garry Fabrice Ranaivoson