AGRIBUSINESS - Une filière, de grands enjeux


Pour le ministère de l’Agriculture et de l’Elevage (MINAE), l’agribusiness est le grand avenir de l’économie du pays. Et il ne s’agit pas seulement de développer des grands projets agricoles de plusieurs centaines ou milliers d’hectares, mais aussi de promouvoir l’entrepreneuriat agricole permettant notamment aux jeunes de développer des activités génératrices de revenus innovantes et rentables. Sur le plan financier, l’enjeu est énorme puisque l’agribusiness devrait représenter plus de 5 milliards de dollars dans l’économie du pays à l’horizon 2030. Les prévisionnistes soutiennent que la filière générera aussi des centaines de milliers d’emplois supplémentaires et se positionnera à long terme en tant que principale pourvoyeuse de devises du pays. Mais d’autres enjeux entrent aussi en compte dès qu’il s’agit d’agribusiness. Le premier est environnemental car dans un contexte marqué par les défis climatiques que la Grande Ile doit faire face, il est indispensable de construire un écosystème agricole durable. Le second est industriel. Le pays doit en effet gagner le challenge de la transformation sur place des produits agricoles pour satisfaire les besoins alimentaires de la population. C’est sur ces multiples constats et exigences que les responsables publics, avec l’implication forte des partenaires techniques et financiers, s’activent pour sensibiliser les acteurs nationaux du secteur de l’agriculture et attirer les investissements de divers horizons. Pour l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM), il n’y a aucune raison pour que Madagascar ne puisse gagner son pari en matière d’agribusiness. « Le pays, riche de ses hommes, de ses ressources naturelles et de sa position géographique est la destination idéale pour tout projet dans le secteur de l’agribusiness dans l’océan Indien», soutient cette structure qui ambitionne de jouer le rôle d’une véritable agence de développement et d’accorder à l’agriculture une place centrale dans sa stratégie. Selon toujours l’EDBM, plus de deux Malgaches sur trois vivent en milieu rural et constituent une ressource importante et compétente avec une longue tradition agricole. À l’image de la moyenne nationale, plus de la moitié de ces ruraux sont des actifs potentiels. Il note, en outre, que sur les 60 millions d’hectares de superficie totale de la Grande Ile, presque la moitié se prête à l’agriculture et 18 millions d’hectares demeurent encore disponibles. Une étendue qui dépasse largement la masse terrestre de toutes les autres îles de l’océan Indien combinées. Une large gamme de produits tropicaux et tempérés se côtoient grâce à la diversité des conditions pédoclimatiques du pays et à l’existence de ressources en eau pour l’irrigation et la production d’énergie. Actuellement, Madagascar produit environ 3,6 millions de riz. C’est encore loin d’être assez mais c’est déjà plus que le reste des pays de la zone Afrique Australe. Plus d’un million de tonnes de céréales et d’autres féculents sont aussi produits ici : maïs, pomme de terre, manioc, légumineuses. Côté fruits et légumes, les spécialistes soulignent que le pays dispose de l’une des gammes les plus larges dans le monde : des fèves tempérées, en passant par les pommes, poires et les baies de fruits tropicaux jusqu’aux divers types de piments. Sans oublier le litchi, la vanille, le café, le cacao et le thé. Madagascar possède également des potentialités très importantes dans la pêche et l’aquaculture avec une Zone Economique Exclusive (ZEE) couvrant 115 millions d’hectares et un vaste plateau continental d’environ 12 millions d’hectares. Ajoutons à cela les 5.600 km de littoral, les 300 000 hectares de mangroves dont une bonne partie peut être aménagée pour la crevetticulture. Quant aux 160 000 hectares de plans d’eau naturels, ils sont favorables à la pisciculture en cage ou en enclos. Et sur les 150 000 hectares de rizières irriguées, 34.000 hectares sont propices à la rizipisciculture. Tous ces acquis offrent un potentiel halieutique et aquacole de plus de 500 000 tonnes par an, dont 50% d’intérêt commercial. [caption id="attachment_147297" align="alignleft" width="432"] 18 millions ha de terres agricoles ne sont pas encore exploitées à Madagascar.[/caption]

Cap sur le bio

Depuis quelques années déjà, l’agriculture à Madagascar rime aussi avec bio. D’après le Syndicat Malgache de l'Agriculture Biologique (Symabio), actuellement présidé par Heriniaina Ramboatina, la Grande Ile peut augmenter significativement sa part de marché sur ce segment en tirant parti de l’avantage qu’il a d’être l’un des principaux fournisseurs de produits organiques et de qualité. Pour tirer profit des opportunités offertes par l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) ou encore de l’Accord de Partenariat Economique (APE) de l’Union européenne, Madagascar est alors appelé à prioriser le respect des normes de qualité prévues par ces accords. Mais Heriniaina Ramboatina estime également que les produits agricoles bio ne doivent pas seulement intéresser le marché international. Pour lui, il est temps pour les consommateurs malgaches de se tourner largement vers les produits présentant avant tout l'avantage d'être meilleurs pour la santé, car sans produits chimiques nocifs. Aussi, le Symabio mène actuellement campagne afin que la population malgache puisse consommer mieux et améliorer son bien-être. Car constat est fait que de plus en plus de légumes, de fruits, des œufs, du lait et même de la viande sont produits avec des pesticides, herbicides, engrais synthétiques et autres matières artificielles. Et peu de consommateurs le savent. Tout comme la production biologique, l'industrie agro-alimentaire, maillon indispensable de la filière bio, doit alors répondre aux mêmes exigences réglementaires du cahier des charges bio, appliqué de façon identique aux très petites entreprises (TPE) et aux grandes entreprises transformant ou distribuant des matières premières et des produits transformés certifiés. À savoir que le Symabio compte aujourd’hui une trentaine de membres exerçant des activités dans la filière bio et disposant de certificats de conformité de leurs produits biologiques. Le réseau compte 5000 partenaires producteurs en milieu rural localisés dans différentes régions de Madagascar. Les opérations de cueillette constituent aussi une source de revenu pour d'innombrables villageois dans les zones répertoriées bio. Pour rappel, c’était y a 30 ans, à la demande et pour le compte d'importateurs européens, que quelques opérateurs avaient décidé d’appliquer le mode de production en agriculture biologique à Madagascar. En 1995, un organisme français agréé par l'Union européenne s'était installé dans le pays pour procéder aux inspections préalables en vue d'obtenir les certificats de conformité. Depuis, l'agriculture biologique a pris un essor tangible. Le nombre d'opérateurs certifiés bio est passé de 7 vers le milieu des années 1990 à une centaine aujourd'hui. [caption id="attachment_147296" align="alignright" width="658"] Un agriculteur d’Ankadinondry Sakay soutenu par l’État et le projet Papriez.[/caption]

Séduire les ivestisseurs

Madagascar multiplie les initiatives pour capter de nouveaux investisseurs dans le secteur de l’agribusiness. Dans le cadre de la réalisation des actions publiques pour l’accélération de la mise en œuvre du plan de développement agricole pour l’autosuffisance alimentaire de Madagascar, différentes manifestations ont été organisées. Pour le ministre en charge de l’Agriculture, Harifidy Ramilison, il est important d’augmenter sensiblement le nombre d’opportunités pour connecter entre eux les opérateurs de production et de marché, d’accroitre le nombre de programmes d’investissement pour une agriculture durable, de promouvoir l’agrégation agricole et de renforcer la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture, l’élevage et l’économie bleue... Le pays compte aussi intensifier sa visibilité à l’international. C’est ainsi que Madagascar a été représenté par une forte délégation lors des deux dernières éditions du salon Biofach, à Nuremberg, en Allemagne. Ces occasions ont été mises à profit pour édifier les investisseurs internationaux sur les potentialités de la Grande Ile et d’expliquer que le pays est prêt à donner à son secteur de l’agribusiness la dimension qu’il mérite. Et les actions de séduction semblent porter leurs fruits puisque plusieurs entreprises ont marqué leur intention d’investir dans des projets agricoles d’envergure. Citons parmi ces dernières la société Tozzi Green qui a annoncé son projet de s’allier à de nouveaux investisseurs italiens pour se lancer dans la culture du blé, dans un contexte marqué par la flambée des prix de cette denrée de base sur le marché international. Une réunion de travail entre le directeur général de la branche agriculture du groupe, Enricko Palketi, et l’équipe du ministère en charge de l’Agriculture et de l’Elevage a eu lieu avec le consulat honoraire de l’Italie à Madagascar dans le rôle de facilitateur. Le groupe STOI est également sur le créneau. Il a signé une convention publique-privée à cet effet et s’est engagé à acheter au prix du marché aux producteurs. Par ailleurs, le groupe prévoit une production annuelle de 500 tonnes de lingot blanc qui seront destinées principalement à l’exportation vers Maurice et l’Afrique du Sud. D’autres sociétés se sont aussi manifestées à l’instar d’Agrival du groupe Inviso qui a signé un accord de partenariat avec l’Etat pour l’approvisionnement en intrants et matériels techniques, la formation et le partage des résultats d’expérimentation au bénéfice des pisciculteurs. C’est également le cas de l’entreprise sociale Sahanala qui axe son modèle économique sur le bio et l’intégration des producteurs en tant qu’actionnaires. Concernant les nouvelles firmes étrangères voulant se lancer, on soutient que des investisseurs de premier plan ont déjà manifesté leur intérêt. On sait également qu’une visite de terrain a été effectuée récemment dans le cadre du projet « Bas Mankoky », en partenariat avec la Banque Africaine de Développement (BAD), et qui « conjugue périmètres irrigués, autosuffisance alimentaire, désenclavement des communes et développement durable communautaire». À cette occasion, la construction d’infrastructures de liaison a aussi été discutée avec la China Road and Bridge Corporation (CRBC) et China Railway Construction Co., Ltd. [caption id="attachment_147301" align="alignleft" width="540"] Présentation de la “Semaine de l’Excellence” par les oragnisateurs, ce 23 mai.[/caption]

Événement

L’excellence et l’agribusiness à l’affiche

Dans le cadre de la promotion des filières d'excellence de Madagascar et de la promotion de l'agribusiness, la deuxième édition du forum B to B sur l’agribusiness se tiendra les 13 et 14 juin prochains à l'hôtel Carlton Anosy, Antananarivo. C’est dans ce sens qu’un appel à manifestation d'intérêt a été lancé à l'attention des entreprises malagasy désirant investir dans la filière agricole, aux porteurs de projet en recherche de partenariat technique et financier, aux producteurs et groupement de producteurs à la recherche de débouchés ou de partenariats et aux acheteurs de produis agricoles, d'élevage ou de la pêche. Selon le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, l’événement contribue à l’accélération de la mise en œuvre du plan de développement agricole pour l’autosuffisance alimentaire de Madagascar, à travers notamment la mise en relation des acteurs concernés, dont les producteurs, les porteurs de projets, les détenteurs de terrain à grande échelle, les acheteurs et surtout les investisseurs. « Cet exercice aura pour objectif l’arrimage entre opérateurs de production et de marché, l’accroissement de programmes d’investissement pour une agriculture durable pour Madagascar et dans le cadre de l’agrégation agricole et la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture, l’élevage et l’économie bleue », a-t-on aussi fait savoir. Rappelons qu’avant la tenue de la première édition du forum, l’année dernière, une phase préparatoire a permis d’identifier jusqu’à près de 120 projets de l’agribusiness portés par des nationaux, et près de 20 000 ha de terrains ont été aussi identifiés parmi les terrains détenus par des privés. Pour sa première édition, le thème retenu était : « Promouvoir l’agribusiness en développant l’agriculture familiale ». Le MINAE a eu l’appui, à différents niveaux, de différentes entités dont le Ministère de l’Industrialisation, du Commerce et de la Consommation (MICC), le Ministère charge de l’Aménagement du territoire et du Foncier, le ministère de la Pêche et de l’Économie Bleue et de l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM).

VERBATIM

Harifidy Ramilison, ministre de l’Agriculture et de l’Élevage « Pour contribuer à l’atteinte des objectifs d’autosuffisance alimentaire et pour promouvoir l’agribusiness, il sera organisé à Antananarivo, du 12 au 18 juin prochain, La semaine des produits d’excellence de Madagascar. L’objectif est de promouvoir les produits agricoles d’exception malagasy qui jouissent d’une renommée sur la scène internationale, dont le cacao, de promouvoir le pays comme terre d’opportunités propices aux investissements ». Josephine Akia Luyimbazi, Coordonnatrice du projet de promotion de l’agriculture biologique « KCOA-KHEA ». « Madagascar oriente déjà sa production agricole et son secteur de l’agribusiness vers l’exportation tout en promouvant la consommation domestique. En outre, le pays dispose des organisations professionnelles œuvrant dans le domaine de l’agriculture biologique. Il faut désormais mieux partager les connaissances en matière d’agriculture biologique au niveau des pays africains pratiquants tout en assurant son intégration dans le système agricole de Madagascar qui a été sélectionné pour pouvoir bénéficier du projet KCOA-KHEA, financé par la BMZ à travers la coopération allemande ».

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