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Editorial

Terminus

Air Madagascar en chômage technique. Le sursis longtemps maintenu est donc arrivé à terme. Un nationalisme déplacé, des ambitions démesurées, l’ont maintenue en vie alors qu’elle était sous perfusion. Des 1996 les bailleurs de fonds avaient exigé la privatisation d’Air Madagascar avec une quarantaine d’autres entreprises. L’Etat avait tenu tête à la volonté des financiers en épargnant Air Madagascar et la Jirama de la spirale de la privatisation. Des tentatives de sauvetage ont été entamées tant bien que mal.

Puis la situation comptable des deux entreprises s’est dégradée au fil des années au point de devenir une grosse épine pour l’Etat. Des sommes colossales ont été injectées par l’Etat pour assainir leur situation qui ne s’est jamais améliorée. Le personnel d’Air Madagascar s’est permis d’une longue grève en 2015 alors que la compagnie était déjà au bord du gouffre. Les bailleurs de fonds ont fini par interdire l’Etat d’engloutir de l’argent dans les deux sociétés. Mesure que l’Etat avait royalement ignorée.

Aujourd’hui la décision sonne comme un glas pour la compagnie nationale. L’entreprise va pouvoir se débarrasser d’un trop plein de personnel pour une flotte de six avions dont cinq sont cloués au sol. La pandémie de coronavirus est venue asséner l’estocade. Mais Air Madagascar n’est pas encore totalement morte. Les cadres restent encore en place attendant des jours meilleurs. Y en aura-t-il encore? Est-ce qu’il est toujours possible de redresser cette compagnie dont le passif est astronomique et dans quel intérêt ? Avec l’argent que l’État a injecté dans les deux entreprises depuis quelques années, on aurait pu créer des emplois, faire des projets pour repousser la pauvreté.

Depuis deux ans on annonce un business plan pour remettre sur orbite Air Madagascar toujours à la recherche d’un Directeur général prodigieux. Le montant nécessaire pour remettre à flot Air Madagascar dans ce business plan aurait certainement dissuadé d’éventuels partenaires.

Il faut ainsi tourner définitivement la page et tenter de faire la part du feu tout en étant réaliste. Il faut oublier les histoires de symbole de la souveraineté nationale, de patrimoine national et parler simplement rendement, rentabilité et développement. Il faut peut-être désormais miser sur Tsaradia, qui aurait bénéficié d’un pactole de 11 millions de dollars de la Banque mondiale et développer le réseau intérieur.

A quoi bon remplir un récipient sans fond sous prétexte qu’il représente une partie de l’histoire? Air Madagascar ne sera pas la première ni la seule compagnie à disparaître du ciel, Covid-19 ou pas. On se demande d’ailleurs comment elle a pu tenir aussi longtemps alors que ses congénères en Afrique et dans le monde ont mis la clé sous le paillasson depuis des lustres. Mais tout à une fin et il faut l’accepter.

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