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Réseaux sociaux – Un comédien polyglotte crée le buzz

Cédric enfile avec aisance les costumes des personnages qu’il interprète.

Dix personnages en sept dialectes et en trois langues étrangères. Un jeune homme de 26 ans, est l’auteur d’une vidéo virale sur les réseaux sociaux.

Il s’appelle Cédric Randrianjatovonala. Son nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, le jeune homme de 26 ans est l’auteur d’une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. En moins de deux mois: 1 400 commentaires, 8 000 partages et 17 000 « j’aime ». Une vidéo qui révèle au public un comédien polyglotte pétri de talent.

« Je ne connaissais pas Cédric. Mais je voulais absolument savoir comment il est parvenu à une telle maîtrise de ces langues et ces dialectes. Honnêtement, je suis très impressionnée. Sans la vidéo, on croirait que c’est un natif de la région/du pays qui parle », reconnaît Adrienne Irma Rabemanantsoa, traductrice et interprète. Une opinion que partage Harijao, humoriste et lui aussi, traducteur. « Cédric est doué. Il a les capacités de se produire sur scène. C’est à des jeunes comme lui que je voudrais passer le flambeau et faire interpréter mes sketchs pour la postériorité, chacun dans sa spécialité ».

Sur cette vidéo de deux minutes trente, Cédric Randrianjatovonala interprète dix personnages en sept dialectes et en trois langues étrangères. « L’idée était de montrer les ressentis des gens de tous bords en ce temps de confinement d’une part et d’inciter tout le monde à rester à la maison, d’autre part », fait observer ce sortant de la filière Anglais de l’université d’Antananarivo, qui a fait deux ans dans une école de communication.

Son élocution parfaite, le jeune homme l’acquiert au gré de nombreux déplacements qui ont rythmé sa vie. « Je suis né à Toliara, mais on a beaucoup bougé. J’ai vécu à Antsirabe, à Mahajanga puis à Fianarantsoa et à Ambanja », fait-il savoir.

Tinah Randria, sa sœur, se souvient d’un enfant facétieux, mûri par les épreuves qui l’ont rendu indépendant mais protecteur. « Cédric est très réservé. Il a trouvé refuge dans la musique. C’est toute sa vie. C’est là qu’il puise cette force qui le pousse à ne jamais abandonner. La mort de maman a été la plus douloureuse des épreuves. Mais Cédric a été là pour nous, serviable, authentique, généreux et protecteur. C’est un modèle de courage. Pour moi, il incarne l’intelligence, l’optimisme et la gentillesse », confie celle qui a convaincu son frère de poster cette première vidéo.

Diamant brut

Malgré le succès phénoménal de celle-ci, le jeune homme ne compte pas rééditer l’exploit. « On m’a demandé d’ajouter les dialectes Antaisaka et Betsimisaraka. Pour être franc, ce serait leur manquer de respect de ne pas réussir ce challenge. Je préfère consacrer mon temps à mon autre passion, la musique. Jusque-là, j’ai écrit trois textes et je travaille avec un ami pour ce projet personnel», explique ce fan de Matthew Healy du groupe The 1975. « Ses textes sont profonds, les sujets qu’il aborde, importants comme la fracture sociale, les technologies, l’environnement…»

Des sujets qui font écho dans la vie de Cédric Randrianjatovonala qui semble avoir trouvé sa vocation dans le social en tant que communicateur à l’ONG Medair. « J’aime travailler dans l’humanitaire. J’aimerais pouvoir évoluer dans ce milieu et avoir ma propre organisation un jour », espère-t-il. Et il a probablement tout pour réussir, selon Mahery Harilala Andriamparany, un collègue. « Cédric est un bosseur et comme tous les bosseurs, sa qualité première est aussi son principal défaut : il aime la perfection. Néanmoins, il a une grande capacité d’adaptation et c’est un gars honnête. Cédric, c’est celui qu’on remarque tout de suite même dans la foule, il a son propre style. Ce que j’admire chez lui ? C’est son étonnante et inépuisable inspiration dans la création de visuels ».

Comme un diamant brut façonné par de grandes épreuves mais aussi de belles expériences, Cédric Randrianjatovonala a beaucoup appris de la vie. Et des autres. « S’il y avait une école de la vie, pour moi, cela a été l’ONG Zara Aina. J’ai beaucoup appris de son système éducationnel » confie-t-il, reconnaissant. La structure créée par Lucas Caleb Rooney et Bryce Pinkham, deux comédiens de Broadway, aura en tout cas fait pousser et briller ce talent à suivre. Découvert par un heureux hasard, un 7 avril ! Vive le confinement !