Chronique

Rendre justice à l’IMRA

L’IMRA, institut malgache de recherches appliquées, fondé en 1957 par le Professeur Rakoto-Ratsimamanga (1907-2001), produit des phytomédicaments à base de plantes médicinales : satrikoazamaratra, famamo, rotra, fanazava, vahivoraka, voafotsy, ambiaty, etc.. Son autre mission fondamentale est de préserver la biodiversité, source essentielle des remèdes traditionnels améliorés (RTA).

Sur les quelques 750 hectares de plantations qui, par implication des populations riveraines, limitent la déforestation l’IMRA produit et exporte (entre autres) des huiles essentielles dont deux qu’on confond souvent la Cinnamomum camphora (Ravensara) et Ravensara aromatica (Havozomanitra). Deux antipaludiques, l’Artemisia annua et la Quiquina, sont cultivés respectivement à Andranovaky et Anjozorobe, deux des 14 stations périphériques pour la culture de plantes médicinales et aromatiques ainsi que des espèces en danger.

Les substances naturelles produites par les végétaux, les animaux ou les microbes, sont à l’origine de 70% des molécules biologiquement actives utilisées en pharmacie : IMRA cultive et exporte la «Centella asiatica», le «Talapetraka» dont un extrait avait permis le développement par le Professeur Ratsimamanga du Madecassol Tulgras, breveté le 28 octobre 1975 sous le numéro 884M par le laboratoire La Roche-Navarron.

Le Madécassol (cicatrisant contre l’ulcère gastro-intestinal et l’ulcère externe) et le Madeglucyl (antidiabétique) ont assuré la renommée internationale de l’IMRA. Le Madeglucyl, extrait du «Rotra» dit Eugenia jambolana, fut le premier RTA mondial entièrement naturel pour le traitement de diabète de type II (diabète de l’obèse, diabète de la cinquantaine). La Recherche&Développement a duré de 1965 à 1985 et son brevet déposé par Sanofi-Aventis en 1984. Son action, associée à un régime hypoglucidique et hypocalorique, a été favorablement comparée à celles de la Metformine (Glucophage) et de la Glybutamide.

Si les premiers médicaments mis sur le marché international avaient assuré au Professeur Ratsimamanga des royalties (la Cortine naturelle : extrait corticosurrénalien contre les chocs opératoires, dépôt 12 juillet 1976 par La Roche-Navarron ; le Surelen : traitement d’appoint de l’asthénie fonctionnelle, dépôt 20 septembre 1976 par La RocheNavarron ; le Patelen traitant les hépatites et les réactions lépreuses : dépôt 19 avril 1977 par La Roche-Navarron), la R&D a continué au sein de l’IMRA, aboutissant à une quarantaine de médicaments.

Madetoxyl : antitoxique et antiallérgique indiqué pour les atteintes hépatiques, les intoxications médicamenteuses, les intoxications éthylliques, les manifestations allergiques. Sa composition associe des extraits d’Aloe vahombe (Vahona/Vahombe/Vaho), de Centella asiatica (Talapetraka) et de Cinnamomum madagascariensis (Ravintsara).

Madetussyl (opposé au Pectosan) : antitussif indiqué dans le traitement de la grippe, toux, des affections broncho-pulmonaires, bronchites, rhumes, coqueluches, asthmes. Composition : teinture de Drosera romantaceae (Kimatanandro, Mahatanandomena, Mahatanando), Teinture de Mollugo nudicaulis (Aferontany, Aferombohitra), HE de Eucalyptus globulus (Kininimpotsy), HE de Ravensara aromatica (Havozomanitra).

Madetonyl (opposé à la Quintonine) : un antiasthénique physique, intellectuel et sexuel ; indiqué dans la sénescence de la ménopause, la convalescence des maladies infectieuses et parasitaires ; mélange de vin de Cinchana officinalis (Kininina), vin de Kola acuminata (Kola), vin de Vanilla madagascariensis (Vanille) et Teinture de Eugenia caryophyllata (Girofle).

Ody Fery Meva : une pommade cicatrisante contre les brûlures, toutes les plaies traumatiques et opératoires, ulcères chroniques et variqueux, crevasses des seins, coup de soleil, escarres, vitiligo, psoriasis ; reprenant l’association Talapetraka et Ravintsara, elle a démontré une efficacité similaire au Madécassol, un profil de tolérance identique mais un coût de traitement moindre.

L’IMRA travaille déjà avec des partenaires industriels (SanofiAventis, Groupe Pierre Fabre, INDENA, L’Oréal, Orange Madagascar) et des institutions académiques (Université catholique de Louvain, Université Libre de Bruxelles, CNRS, INSERM, Museum d’Histoire naturelle de Paris). Cette collaboration scientifique internationale peut être élargie quand on sait que l’lnstitut Max Planck (Allemagne) s’est, depuis le 8 avril 2020, associé avec un laboratoire danois et la branche américaine de la compagnie allemande ArtemiLife pour tester l’action de l’Artemisia sur le Covid-19. Les plantations du Kentucky (ÉtatsUnis) fournissent l’Artemisia dont la société a déjà produit une gamme de thés (ArtemiTea) et de cafés (ArtemiCafe) enrichis à l’Artemisia dont ils ont réussi à «camoufler» l’amertume. Un peu comme l’invention, en 1870, du «Tonic» par Schweppes avec de la quinquina pour aider les colons à lutter contre le paludisme.

Max Planck (1858-1947), qui a reçu le Prix Nobel de physique en 1918, a laissé son nom à une société savante dont les membres ont été récompensés de 18 Prix Nobel (33 avec ceux de la société Kaiser Wilhelm de 1914 à 1948), et parmi eux cinq Nobel de Médecine : 1964, 1973, 1984, 1991, 1995.

Docteur en Sciences (1938) et docteur en Médecine (1939), le Professeur Rakoto-Ratsimamanga n’avait pas hésité, dans les années 1975-1980, à inviter à la radio les tradipraticiens à partager leurs connaissances. Ce savoir traditionnel de longue date aura permis nombre de R&D très scientifiques.

La Tazopsine, extraite d’une écorce d’arbre, est un remède traditionnel contre le paludisme agissant au stade hépatique de la maladie. Sa validation scientifique en 2003 fut l’oeuvre conjointe de l’IMRA, de l’INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale) et du Museum d’histoire naturelle.

Du «Voanenina», la Pervenche de Madagascar, Catharanthus roseus, deux molécules (Vinblastine et Vincristine) anti-cancéreuses et anti-leucémiques ont été isolées entre 1958 et 1965. Auparavant, en 1952, on lui a découvert des propriétés vasodilatatrices. L’exploitation de la Vinorelbine (cancer du poumon, des seins, de la prostate) et de la Vinflunine (cancer uretère, vessie) pose la question du retour financier pour les pays d’origine alors que ces produits généraient 1 milliard USD (en 1980) ? (Communication du Dr. Charles Andrianjara, Directeur exécutif de l’IMRA).

Dans cette même communication de novembre 2019, le Dr. Charles Andrianjara schématisait la relation entre le médecin conventionnel et les remèdes traditionnels : Quelle efficacité ? Quelle posologie ? Quelle toxicité ?/Quelle innocuité ? L’action de l’IMRA est de délivrer des données quantitatives et scientifiques sur les RTA (remèdes traditionnels améliorés) pour inciter les médecins conventionnels à les prescrire. Le but étant de faciliter l’intégration de ces médicaments dans le Système National de Santé. Mais, Madagascar, ayant longtemps tourné le dos à sa pharmacopée traditionnelle et négligeant son exceptionnelle biodiversité endémique, en est encore loin.

Près de 12.000 plantes malgaches auraient des propriétés médicinales. L’Erythroxylum previllei, de son nom sakalava «Tapiaka» serait riche de sept alcaloïdes qui améliorent les performances des médicaments chimiothérapeutiques et des antibiotiques. La Malagashanine est un alcaloïde extrait d’un arbre endémique de Madagascar, le Strychnos myrtoides : l’infusion de son écorce permet de briser la résistance du Plasmodium falciparum à la chloroquine. C’est une trouvaille des tradipraticiens malgaches confirmée scientifiquement en 1994 par l’IMRA et des chercheurs italiens.

Dans une Chronique ANTRANONKALA (2424.mg du 1er avril 2020), j’avais titré «Place à la science, parole aux scientifiques». Il est salutaire que l’Académie Nationale de Médecine se soit manifestée au lancement de la tisane bio produite par l’IMRA. «Manamafy ny fiarovan’ny vatana, Miaro amin’ny tsimoka aretina, Miaro amin’ny Tazo, Miaro amin’ny aretin’ny havokavoka sy ny fahasemporana» : à base d’Artemisia, il s’agit d’un remède traditionnel amélioré, selon les normes et protocoles habituels de l’IMRA. C’est bien ce que les représentants de l’Académie Nationale de Médecine ont accepté après une rencontre qui «a permis de lever les doutes et les réserves de l’Académie». Le temps de la politique et des médias n’est pas le temps de la science.

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