Inaugurée le 8 novembre 1937 à Munich par Joseph Goebbels, ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande du Troisième Reich, « Le Juif éternel » est la plus grande exposition d’art de toute l’histoire de l’Allemagne. Elle fait partie d’un triptyque consacré à la propagande antisémite, dont les deux autres éléments traitent, l’un du « Judéo-bolchévisme », et l’autre de « l’Art dégénéré ». C’est par cet article sur l’art nazi que Tom Andriamanoro ouvre sa chronique cette semaine. «Le Juif éternel », « Judéo-bolchevisme », l’Art dégénéré ». Ce triptyque de propagande à travers la plus grande exposition d’art de toute l’histoire de l’Allemagne, vise principalement la supposée conspiration entre le judaïsme et le communisme d’une part, les courants artistiques… dégénérés œuvrant pour l’élimination de la culture allemande pure, d’autre part. Avec ces trois expositions itinérantes, la boucle est bouclée pour la propagande des nazis, lesquels voulaient, à un certain moment, faire de Madagascar un gigantesque camp de concentration et d’extermination. Photographies, moulages, peintures, caricatures du Juif, enregistrements sonores constituent le fonds documentaire du « ewige Jude » avec, pour fil conducteur omniprésent, une prétendue menace d’invasion de l’Allemagne par l’ennemi judéo-bolchévique auquel s’adjoint la francmaçonnerie. Les différentes salles qui composent l’exposition, aménagées avec soin et d’une manière résolument innovante, inculquent au visiteur les archétypes de l’antisémitisme nazi. L’accent est mis sur les caractéristiques physiques des Juifs, « illustrées » de tares attribuées à leur civilisation comme de prétendus meurtres rituels. Une salle est entièrement consacrée à la glorification des lois et mesures de discrimination raciale. La stratégie de Goebbels se résume en cette phrase : Une exposition politique qui veut frapper le visiteur et lui transmettre efficacement des enseignements, doit sans cesse stimuler son attention et le guider à travers ses espaces avec un crescendo constant. C’est là tout l’art de la manipulation dans lequel Goebbels est passé maître. Une exposition comme « Le Juif éternel » est la manifestation la plus achevée d’un montage consistant à amalgamer n’importe quels arguments, même les plus contradictoires, pourvu qu’ils accablent les Juifs. En un an l’exposition attire plus de 1,8 million de visiteurs. Outre son succès populaire dans les villes traversées, elle suscite une recrudescence des actes antisémites au fil de son parcours. Saluée par la presse allemande totalement sous la coupe des nazis et, en particulier, par « L’Observateur populaire », elle ne rencontre quelques timides rejets qu’en Autriche et en Tchécoslovaquie. Le parcours triomphal se termine le 31 janvier 1939 à Berlin, et le même « Observateur populaire » d’y aller de ses dithyrambes en affirmant : « L’interaction du judaïsme et de la franc-maçonnerie avec le bolchévisme mondial a été démontrée avec une clarté sans précédent. » Un film inspiré du « Ewige Jude » parait en 1940. Quant à la version française de l’exposition, elle ouvre ses portes l’année suivante à Paris sous le titre « Le Juif et la France ». Selon les historiens, la moitié des expositions politiques du Troisième Reich porte sur des thèmes antisémites et antisoviétiques. « Der ewige Jude » occupe incontestablement la première place aussi bien en termes de battage publicitaire que de violence visuelle. L’affiche inonde les murs et se retrouve même en format géant en haut d’immeubles où elle est illuminée toute la nuit. Pour une circulation allant le plus loin possible, elle est reproduite en version carte postale également appelée à pénétrer dans l’intimité des familles. L’affiche représente la caricature d’un Juif tenant dans une main des pièces d’or (celles de Juda), et dans l’autre, un fouet symbolisant la soif de pouvoir par tous les moyens. La propagande nazie s’adresse au plus large public, mais elle cible avant tout la jeunesse à qui la « question juive » est enseignée en termes de lutte pour la survie de la race aryenne. En 1937, année de lancement du « Der ewige Jude », 97% du corps enseignant sont inscrits au Syndicat National-Socialiste affilié au pouvoir hitlérien, avec charge pour eux d’utiliser les manuels scolaires au bénéfice de l’idéologie nazie, et d’emmener les élèves dans des manifestations comme les expositions politiques. Quelques semaines après l’ouverture des portes du « Der ewige Jude », l’université de Munich organise un cycle de conférences sur la question juive. Mais pourquoi donc cette focalisation sur la métropole bavaroise plutôt que sur une autre ville d’Allemagne ? Munich est tout un symbole, car c’est là que l’idéologue Alfred Rosenberg lança son projet de reconquête culturelle allemande, un lancement coïncidant avec les débuts du Parti National-Socialiste hitlérien. Munich fut aussi le théâtre en 1923, d’une tentative de putsch des extrémistes nationalistes allemands que les nazis commémorent chaque année. Mais Munich sut se débarrasser bien vite de ses démons dans les années d’après-guerre. À la question piège d’une éventuelle revanche de l’Allemagne, la réponse obtenue autour d’une bonne chope de bière était immanquablement la suivante : « Faites-le si vous le voulez, mais OHNE UNS (sans nous) ! »
Inaugurée le 8 novembre 1937 à Munich par Joseph Goebbels, ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande du Troisième Reich, « Le Juif éternel » est la plus grande exposition d’art de toute l’histoire de l’Allemagne. Elle fait partie d’un triptyque consacré à la propagande antisémite, dont les deux autres éléments traitent, l’un du « Judéo-bolchévisme », et l’autre de « l’Art dégénéré ». C’est par cet article sur l’art nazi que Tom Andriamanoro ouvre sa chronique cette semaine. «Le Juif éternel », « Judéo-bolchevisme », l’Art dégénéré ». Ce triptyque de propagande à travers la plus grande exposition d’art de toute l’histoire de l’Allemagne, vise principalement la supposée conspiration entre le judaïsme et le communisme d’une part, les courants artistiques… dégénérés œuvrant pour l’élimination de la culture allemande pure, d’autre part. Avec ces trois expositions itinérantes, la boucle est bouclée pour la propagande des nazis, lesquels voulaient, à un certain moment, faire de Madagascar un gigantesque camp de concentration et d’extermination. Photographies, moulages, peintures, caricatures du Juif, enregistrements sonores constituent le fonds documentaire du « ewige Jude » avec, pour fil conducteur omniprésent, une prétendue menace d’invasion de l’Allemagne par l’ennemi judéo-bolchévique auquel s’adjoint la francmaçonnerie. Les différentes salles qui composent l’exposition, aménagées avec soin et d’une manière résolument innovante, inculquent au visiteur les archétypes de l’antisémitisme nazi. L’accent est mis sur les caractéristiques physiques des Juifs, « illustrées » de tares attribuées à leur civilisation comme de prétendus meurtres rituels. Une salle est entièrement consacrée à la glorification des lois et mesures de discrimination raciale. La stratégie de Goebbels se résume en cette phrase : Une exposition politique qui veut frapper le visiteur et lui transmettre efficacement des enseignements, doit sans cesse stimuler son attention et le guider à travers ses espaces avec un crescendo constant. C’est là tout l’art de la manipulation dans lequel Goebbels est passé maître. Une exposition comme « Le Juif éternel » est la manifestation la plus achevée d’un montage consistant à amalgamer n’importe quels arguments, même les plus contradictoires, pourvu qu’ils accablent les Juifs. En un an l’exposition attire plus de 1,8 million de visiteurs. Outre son succès populaire dans les villes traversées, elle suscite une recrudescence des actes antisémites au fil de son parcours. Saluée par la presse allemande totalement sous la coupe des nazis et, en particulier, par « L’Observateur populaire », elle ne rencontre quelques timides rejets qu’en Autriche et en Tchécoslovaquie. Le parcours triomphal se termine le 31 janvier 1939 à Berlin, et le même « Observateur populaire » d’y aller de ses dithyrambes en affirmant : « L’interaction du judaïsme et de la franc-maçonnerie avec le bolchévisme mondial a été démontrée avec une clarté sans précédent. » Un film inspiré du « Ewige Jude » parait en 1940. Quant à la version française de l’exposition, elle ouvre ses portes l’année suivante à Paris sous le titre « Le Juif et la France ». Selon les historiens, la moitié des expositions politiques du Troisième Reich porte sur des thèmes antisémites et antisoviétiques. « Der ewige Jude » occupe incontestablement la première place aussi bien en termes de battage publicitaire que de violence visuelle. L’affiche inonde les murs et se retrouve même en format géant en haut d’immeubles où elle est illuminée toute la nuit. Pour une circulation allant le plus loin possible, elle est reproduite en version carte postale également appelée à pénétrer dans l’intimité des familles. L’affiche représente la caricature d’un Juif tenant dans une main des pièces d’or (celles de Juda), et dans l’autre, un fouet symbolisant la soif de pouvoir par tous les moyens. La propagande nazie s’adresse au plus large public, mais elle cible avant tout la jeunesse à qui la « question juive » est enseignée en termes de lutte pour la survie de la race aryenne. En 1937, année de lancement du « Der ewige Jude », 97% du corps enseignant sont inscrits au Syndicat National-Socialiste affilié au pouvoir hitlérien, avec charge pour eux d’utiliser les manuels scolaires au bénéfice de l’idéologie nazie, et d’emmener les élèves dans des manifestations comme les expositions politiques. Quelques semaines après l’ouverture des portes du « Der ewige Jude », l’université de Munich organise un cycle de conférences sur la question juive. Mais pourquoi donc cette focalisation sur la métropole bavaroise plutôt que sur une autre ville d’Allemagne ? Munich est tout un symbole, car c’est là que l’idéologue Alfred Rosenberg lança son projet de reconquête culturelle allemande, un lancement coïncidant avec les débuts du Parti National-Socialiste hitlérien. Munich fut aussi le théâtre en 1923, d’une tentative de putsch des extrémistes nationalistes allemands que les nazis commémorent chaque année. Mais Munich sut se débarrasser bien vite de ses démons dans les années d’après-guerre. À la question piège d’une éventuelle revanche de l’Allemagne, la réponse obtenue autour d’une bonne chope de bière était immanquablement la suivante : « Faites-le si vous le voulez, mais OHNE UNS (sans nous) ! »