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Chronique

Pleuvoir: verbe très personnel

La pluie a laissé sur la Ville

Quelle sérénité

Iarive, en ses murs d’argile,

À toute une beauté

(Jean-Joseph Rabearivelo, 1901-1937)

Il pleut un peu la nuit. Et il fait une chaleur à cuire terre et lacs tout le jour. Le 21 janvier 2017, le «Ministère de l’Environnement, de l’Écologie et des Forêts» avait publié un communiqué qui reste d’actualité: «l’impact de la sécheresse qui sévit sur les Hautes Terres de la Grande île commence à créer une psychose généralisée d’une pénurie d’eau auprès de la population. Par ailleurs, le problème d’approvisionnement en courant électrique, qui est devenu un problème quotidien récurrent de la population de la Capitale, voire au niveau national, est dû en partie au manque d’eau dans les infrastructures hydroélectriques. Les problèmes actuels de délestage et de pénurie d’eau sont les conséquences de plusieurs décennies de pratique du tavy, de déforestation et de feux non contrôlés répétitifs».

J’ai vu l’Ikopa. Ce n’est pas encore l’étiage, mais le niveau du fleuve est bien bas. En 1975, on pouvait encore écrire qu’il pleut en moyenne 1 360 millimètres d’eau par an à Antananarivo tandis que l’évaporation moyenne est de 1 170 mm par an: est-ce toujours valable après 45 ans de «doro-tanety» et de réchauffement climatique?

On disait également du climat de la côte Est: «Il y a la saison des pluies, et la saison où il pleut». Est-ce toujours le cas? Madagascar compte 8959 kilomètres de fleuves, mais à cause de notre latitude géographique et du climat tropical, même les fleuves de cette façade orientale, Mananara (323 km), Mangoro (300 km), Maningory (260 km), Mananjary (212 km) et Faraony (150 km), n’auront jamais le débit d’un Danube, alimentant 800 000 km2 de bassin.

On rêve souvent d’hydro-électrique pour échapper à l’absurde thermique, on regrette à juste raison l’insignifiance du transport fluvial, mais l’eau sert d’abord à l’irrigation et à l’alimentation. Que l’Ikopa s’assèche et c’est le lac de Mandroseza qui disparaîtra.

Le langage populaire incrimine habituellement le «mauvais temps»: «Ciel bas, jour noir plus triste que les nuits» (Charles Baudelaire, 1821-1867). Pourtant, il est des ciels infiniment bleus et éternellement d’azur qui sont d’authentiques calamités.

Il fait beau, toujours beau, dans le désert. Ce que semble regretter l’auteur des «beautés météorologiques»: «Quand la terre est changée en un cachot humide / Quand la pluie étalant ses immenses traînées / D’une vaste prison imite les barreaux». Sauf que, quand on a vu la terre craquelée dans l’Avaradrano, on lui préférera Victor Hugo (1802- 1885): «La pluie a versé ses ondées / Les terres luisent fécondées».

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