Editorial Opinions

No …éliminé

Noël souffre aussi du réchauffement climatique. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le réveillon de Noël, d’habitude copieusement arrosé, s’est passé complètement à sec, dehors comme au robinet, sous une chaleur torride. Pour une magie à laquelle les chrétiens croient le prétendu jour de naissance de Jésus, c’en est vraiment une. Seuls le délestage et l’insécurité ont joué le rabat -joie de cette nuit exceptionnelle.
La plus grande fête chrétienne reste également la plus discutée. Avec Pâques, Noël est aussi une fête commerciale de premier ordre. Sur ce point, il est vraiment magique puisqu’il permet aux vendeurs de jouets et de poulets, aux pâtissiers, aux restaurateurs, aux acteurs de fêtes foraines, aux marchands des rues de se rattraper et de combler en quelques journées le déficit d’une année difficile voire compliquée à cause d’un délestage non stop, d’une insécurité inclassable, d’un harcèlement fiscal systématique, d’une concurrence déloyale autorisée et encouragée par l’État… Pas de compréhension ni de moralité pour les petites et moyennes bourses, Noël rime aussi avec profit et mercantilisme, luxe et paillettes. On est loin de la naissance du Messie dans une crèche sans trousseau ni lange.
D’une année à l’autre, il y a de plus en plus de no…éliminés à cette grande fête à cause d’un impitoyable écart social qui se creuse à une vitesse supersonique, d’un État totalement dépassé et défaillant dans sa politique de protection sociale, d’une économie dépendante des subventions étrangères sans aucun investissement donc sans aucune création d’emplois, seule solution à la pauvreté. Mais les indigents font le bonheur des politiciens, des dirigeants, des personnalités ayant des vues électorales et des «m’as-tu-vu» à Noël. C’est l’occasion rêvée pour eux de faire un sacré coup de communication.
Chaque année, Noël est le seul jour où les pauvres mangent à leur faim. Ils préfèrent sûrement jeuner à Noël et trouver de quoi mettre sous la dent les 364 jours de l’année sans faire la manche ou le tour des bacs à ordure de la ville. Une entreprise devenue aléatoire étant donné que si la générosité des gens reste intacte, le budget alloué aux laissés-pour-compte de la société a forcément été écorné par le pouvoir d’achat dilué par le méfait conjugué de la faiblesse du revenu et l’inflation irrépressible. La pauvreté se découvre également dans la mauvaise qualité des ordures où il n’y a presque plus rien à récupérer exceptés les sachets en plastique des grands magasins, les carapaces de langoustes , les écorces de gambas, vestiges d’un repas gargantuesque.
Noël ne peut-être totalement joyeux s’il reste interdit à une grande partie de la population. Du moins dans son sens festif et festin. Eh oui, on a presque oublié le vrai sens de Noël pour ne garder que son aspect hautement lucratif et faiseur de fric.

Par Sylvain Ranjalahy

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