Accueil » A la une » Coopération – Madagascar-Égypte, main dans la main
A la une Dossier Politique

Coopération – Madagascar-Égypte, main dans la main

Les présidents Andry Rajoelina et Abdel Fattah Al-Sissi lors de la passation de la présidence du Comesa.

Auparavant porté sur le Moyen-Orient, l’Egypte tourne de plus en plus son regard vers le continent africain. Une orientation que Madagascar compte tirer à profit. Le savoir-faire et les expériences égyptiennes dans les projets de grandes envergures sont des atouts qui séduisent la Grande île.

Deuxième en Afrique en termes de Produit intérieur brut (PIB), l’Egypte est considéré comme l’un des géants d’Afrique. Un géant qui est en train d’opérer un virage dans ses relations internationales en s’orientant vers le continent africain.

Durant le dernier sommet du Marché d’Afrique oriental et austral (COMESA), qui s’est tenu en Egypte, justement, l’accent a été mis sur la coopération régionale pour booster la relance post-crise sanitaire. Et l’Etat d’Afrique du Nord a de quoi séduire ses voisins du continent noir. Outre la question des financements, le savoir-faire et l’expérience égyptienne dans les projets de grandes envergures, sont des arguments qui font mouche. Des armes de séduction qui parlent aux décideurs malgaches.

Sur la même longueur d’ondes

Andry Rajoelina et Abdel Fattah Al-Sissi partagent un point commun. Celui de vouloir moderniser leur pays respectif en engageant d’ambitieux projets d’infrastructures. Dans ce domaine, l’Egypte montre la voie. L’Etat d’Afrique du Nord est une référence dans le domaine de l’infrastructure. Un partenariat permettra de bénéficier des expertises de ses entreprises. Que ce soit dans la construction de nouvelle ville, d’autoroute, ou encore, des projets structurants dans un optique de développement durable.

Madagascar et l’Egypte partagent, par ailleurs, des enjeux similaires. Il y a la nécessité de maîtriser l’eau en développant des systèmes d’irrigation. Celle de développer l’agriculture et la lutte contre la désertification, ainsi que les conséquences des changements climatiques. L’exemple du désert occidental égyptien et celui du grand Sud de Madagascar sont édifiants. Les deux pays ont, du reste, pour objectif de parvenir à l’autosuffisance alimentaire et soutenir la production locale pour couvrir les besoins de leur population.

Le président Andry Rajoelina encadré par les ministres Edgard Razafindravahy et Patrick Rajoelina lors du 21e sommet du Comesa.

Un nouveau partenaire prêt a partager son savoir-faire

Après près de deux ans ralentis par la crise sanitaire, 2022 sera une année d’action pour l’administration Rajoelina. Le coup d’envoi du projet Sahofika, qui sera la plus grande centrale hydroélectrique du pays, en est le symbole. D’autres vont suivre. Pour accélérer la concrétisation des grands projets devant porter l’émergence de Madagascar, l’Etat mise sur de nouveaux partenariats. Etat d’Afrique et membre du COMESA, au même titre que Madagascar, l’Egypte se présente comme un partenaire idéal. Ce pays d’Afrique du Nord ne rechignera pas, du reste, à partager son savoir-faire. Les champs de coopération ne manquent pas, d’autant plus qu’il y a une certaine similitude entre l’environnement et les enjeux du développement à Madagascar et Egypte. Une délégation égyptienne devrait se rendre à Madagascar incessamment pour voir la concrétisation de ce partenariat et les domaines sur lesquels il pourra se faire.

Madagascar-Egypte : Une longue histoire d’amour

L ’Egypte prend le relais de Madagascar à la présidence du Comesa. Le président de la République Andry Rajoelina a remis les symboliques de l’organisation à son homologue égyptien Abdel Fattah el-Sissi. Il a donc fallu plusieurs années après l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays pour que les deux présidents se rencontrent. C’est le président Didier Ratsiraka qui a créé les premières relations diplomatiques avec le pays du Pharaon dans les années 70-80 à l’époque du président Anouar El Sadate assassiné justement en plein défilé militaire en 1981. L’Egypte avait un ambassadeur accrédité à Madagascar avec résidence à Antananarivo. L’ambassade d’Egypte se trouvait à Ankadifotsy. Les relations entre les deux pays étaient surtout commerciales et culturelles. Des foires égyptiennes étaient organisées régulièrement à Antananarivo et des produits fabriqués en Égypte, alimentaires en particulier sont commercialisés dans les grands magasins. En outre des étudiants malgaches en marine marchande ont fait leur cursus en Égypte.

Mais c’est le football qui a le plus marqué les relations égypto-malgaches. Les Pharaons et le Club M se sont rencontrés quatre fois en 1979 et 1985 et les Égyptiens l’ont toujours emporté aux tirs au but au Caire comme à Mahamasina. Des matches gravés dans toutes les mémoires. Puis en 2003, les Scorpions avaient battu les Pharaons 1-0 à Mahamasina avant de sombrer 0 à 6 à Port Saïd. Et c’est en Égypte que les Barea ont écrit les plus belles pages de leur histoire lors de la Can 2019.

Les relations entre l’Egypte et Madagascar vont désormais prendre une nouvelle orientation grâce à l’arrivée au pouvoir de Andry Rajoelina et Abdel Fattah Al-Sissi. Les deux présidents sont en train d’impulser un nouvel élan à leur pays respectif. Madagascar a décidé d’en finir avec sa pauvreté avec la politique d’émergence, programme proposé et composé de treize velirano par Andry Rajoelina lors de la campagne présidentielle.

Actuellement il est en train de concrétiser petit à petit ses promesses grâce à différents moyens.

L’Egypte de son côté a choisi d’en finir avec l’image d’un simple pays du monde arabe, un pont entre l’Afrique du Nord et le Moyen Orient. C’est désormais un Egypte ouvert sur le continent, partenaire du développement, leader économique que le président Abdel Fattah Al-Sissi veut donner à son pays.

Les objectifs sont ainsi presque les mêmes pour les Madagascar et l’Egypte. Les ambitions également. Il reste à transformer l’essai marqué au Caire en des actes concrets. Inch Allah.

Autoroute Tana-Tamatave

Cette nouvelle route devrait fluidifier et faciliter la liaison entre la capitale et la ville du grand port. Le fait est que la Route nationale numéro 2 (RN2), ne peut plus contenir le flux des poids lourds qui transportent les marchandises vers et partant du principal port du pays. D’une distance de 250 kilomètres, le coût des travaux de l’autoroute de Toamasina est estimé à 800 millions de dollars.

Un partenariat avec un conglomérat d’entreprises égyptien a été avancé lors des rencontres entre les délégations, et notamment l’Egyptian African Arab Co & Development, qui détient une expertise importante, pour la réalisation d’infrastructure routière. Le projet d’autoroute permettra de renforcer la connectivité entre les villes.

Maquette de la nouvelle ville à 45 km du Caire

Eau, agriculture, grand sud

L’État malgache adresse la question de la gestion de l’eau sur plusieurs phases. La première phase, consiste à développer les projets de forage, les stations de pompage d’eau, ou encore des stations de désalinisation de l’eau de mer. Ensuite, il s’agit de transporter l’eau. Avec le projet de pipeline partant de la rivière Efaho, l’État malgache compte faciliter l’accès à l’eau aux localités des districts qui souffrent du Kere. Il ambitionne, aussi, d’irriguer près de 100 milles hectares de terre agricole.

Madagascar peut s’inspirer de son partenaire Égyptien, et notamment le projet New Valley, relancé par le Président Égyptien en 2016. L’objectif pour l’Égypte est d’augmenter de 5 à 25% les terres arables du pays, sur une superficie de plus 500.000 km². Ceci en transportant l’eau du lac Nasser dans le désert à proximité de la frontière avec le Soudan, par un système de canaux et de barrages. Nos confrères Égyptiens ont également développé une expertise sur le forage de l’eau en plein désert, pouvant aller jusqu’à plus de 600 m de profondeur.

Tout comme pour l’objectif d’émergence du Sud, le projet égyptien veut assurer une durabilité et une résilience économique dans la New Valley, en misant sur l’agriculture. A Madagascar, l’État a lancé le programme titre vert et aide à démarrer l’entreprenariat agricole. Le seul élément qui manque est l’accès à l’eau donc.

Nouvelle ville, & énergies renouvelables

Depuis quelques années, Abdel Fattah Al-Sissi relance la concrétisation de plusieurs projets d’envergure. L’un d’entre eux est la construction d’une nouvelle ville à 45 kilomètres du Caire. N’ayant pas encore officiellement de nom, cette nouvelle ville est bâtie à près de 70%. Elle est appelée à devenir la capitale administrative de l’Egypte. Bien que la livraison prévue cette année ait été bouleversée par la Covid-19, l’administration publique égyptienne commencera à y être déménagée dès le mois de décembre.

C’est justement, dans un des nouveaux hôtels de cette nouvelle ville que le dernier sommet du COMESA a été organisé. Prévue d’accueillir plus de six millions d’habitants, la ville est construite en plein désert. De nouvelles routes et autoroutes font la liaison avec Le Caire. L’Egypte pourra donc apporter ses expériences dans la construction du projet présidentiel de nouvelle ville, Tanamasoandro. L’Egypte a, aussi, une panoplie d’option à proposer dans le domaine de l’énergie renouvelable.

Le président Rajoelina a indiqué que Madagascar compte enclencher la vitesse supérieure dans sa transition énergétique. Outre les centrales hydroélectriques, les parcs solaires seront vulgarisés. Le Sud, mais également, la partie Ouest du pays en bénéficieront. Il y aura, également, un projet d’éolien qui sera installé à Antsiranana. “Capitalisons nos atouts naturels”, a alors soutenu le président de la République.

Le nouveau partenariat avec l’Egypte permettra d’avancer de nouvelles propositions, avec un focus sur les petits projets de parc solaire, allant de 5 MW à 10 MW, autour des chefs lieu de région, et grandes villes. L’arrivée des groupes privés égyptiens permettront de mettre en concurrence les offres actuels sur le marché, et proposer à la JIRAMA des termes plus attractifs au niveau des prix, et du temps de construction.

Construction du deversoir amenant l’eau des lacs Toshka en 2010

Fonds souverain

Tout comme Madagascar, l’Egypte veut s’affranchir de l’assistanat et des aides internationales et miser sur ses fonds propres ou, le cas échéant, sur un partenariat gagnant-gagnant. Le projet New Valley, par exemple, est financé sur les fonds propres de l’Etat égyptien. A Madagascar, les projets de relèvement du grand Sud sont, également, démarrés avec les propres moyens de l’Etat afin de ne pas perdre du temps, étant donné l’urgence dans la mise en place des projets structurants dans cette partie du pays.

Une des solutions pour optimiser les ressources publiques et permettre à l’Etat d’avoir plus de budget d’investissement, le fonds souverain est une solution. Un fonds souverain est un fonds d’investissement détenu par un Etat. Les nouveaux types de fonds souverains obéissent à une logique de développement économique et d’investissement national en soutenant les secteurs stratégiques et porteurs, les infrastructures, le développement industriel. Les fonds souverains permettent également à termes d’assurer la garantie gouvernementale dans les grands projets d’infrastructure.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter