Chronique

Transports aériens – Payez ou restez !

Un ancien ministre des Transports qui se reconnaîtra, a un jour fait du zèle en voulant supprimer les billets préférentiels, gratuits ou à réduction, sur les avions d’Air Madagascar. L’intention était peut-être louable, mais dénotait une méconnaissance des réalités propres aux compagnies aériennes.

Les plus ciblés étaient bien entendu les « GP » honnis du grand public, qui y voyait un passe-droit inadmissible accordé au personnel et à leurs familles. Les « GP » sont de deux sortes : le GP1, octroyant une réduction de 50% et le droit à la réservation. Il est, en fait, très peu utilisé, car encore bien au-delà des possibilités des familles. Le GP2 dont les critiques ne voient que le montant de la réduction (90%) sans prendre en compte ses restrictions qui sont très importantes. Un, le GP2 n’est embarqué que dans la limite des places disponibles et ne gêne en aucune manière le trafic commercial payant, sauf en cas de combine imputable aux services d’escale ou au personnel de bord. Deux, le GP2 peut être débarqué en cours de route en cas d’embarquement de passagers payants dans les escales intermédiaires. C’est le bien-connu « midaboka » utilisé dans le jargon des familles d’agents. Pas réjouissant de se retrouver à onze heures du soir sur un banc d’aéroport en terre inconnue, et de voir « son » avion reprendre sa route le plus naturellement du monde… Ce à quoi le ministre en question n’a pas pensé, c’est qu’en application des accords « Interlines », Air Madagascar aurait été dans l’obligation de continuer à honorer les GP des autres compagnies tout en refusant les siens propres. Parmi les utilités du GP enfin, il permet au personnel de la compagnie de connaître le produit qu’il vend, le contraire étant tout simplement inconcevable dans une industrie comme le transport aérien mondial qui ne tolère pas l’amateurisme.

Les gratuités intégrales et les réductions hors personnel sont de plusieurs ordres. Elles peuvent être statutaires et concerner, par exemple, les ministres de tutelle, anciens ou encore en activité. Elles peuvent être purement d’ordre commercial et obéir à des soucis de fidélisation. Difficile, pour ne pas dire suicidaire, de ne pas offrir de temps à autre un billet gratuit à un PDG qui, non seulement, utilise les vols de la compagnie pour ses multiples déplacements professionnels, mais y fait voyager également sa famille et ses cadres. Trop facile pour lui de se tourner vers la concurrence en cas de dépit. On pourrait également citer le cas des agences de voyage courtisées par toutes les compagnies pour qu’elles vendent en priorité « leurs » vols.

Au chapitre de la promotion et du positionnement de la destination enfin, on peut citer le cas des voyages de presse et autres tours éducatifs qui nécessitent l’octroi de facilités de transport et d’hébergement aux participants. On n’oubliera pas non plus le parrainage d’émissions télévisées à grande écoute dans les marchés émetteurs, ou le fait de s’associer à l’image de marque d’une personnalité de l’audiovisuel ou du spectacle. Quand Julien Lepers a assisté au Festival des baleines, donnant du coup une notoriété supplémentaire à l’Île Sainte Marie, il est certain que ce n’était pas à titre privé, et qu’il n’a pas payé son billet de sa poche…

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