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Histoire – Un nid d’aigle

«Lapa miorina eo antampon-kavoana, sady mahenika ny vazan-tany no mahabe voninahitra ny fon’ny mpitazana. » Ainsi s’exprimait à ce sujet cette véritable encyclopédie sur l’Histoire de Madagascar qu’est le grand aîné Jobily Rakotoson. À quoi l’auteur de ces lignes a donné en son temps une libre traduction en ces termes : « Du haut de sa colline, le Palais impose ses contours jusqu’aux confins des terres, et remplit de fierté le cœur de ceux qui le contemplent. »

Malgré sa situation perchée au sommet d’un massif granitique, la conquête du site en 1610 par Andrianjaka n’a guère présenté de difficulté. Il est vrai que les lieux n’étaient habités que par des Vazimba peu farouches, commandés par deux frères : Andriantsimandafika qui fut refoulé vers le nord du côté d’Amboditsiry, et Andriambodilova qui chercha refuge vers Ambohimanarina. Mais l’Histoire a de ces revirements inattendus aux airs de revanche quand, au XIXe siècle, un de leurs descendants, du nom de Rainilaiarivony, devint le maître tout puissant du pays, se permettant le luxe aux airs de défi d’épouser trois reines successives. Retour sur le temps, Andrianampoinimerina, pour sa part, dut s’y prendre plus d’une fois avant de parvenir à déloger Andrianamboatsimarofy de ces hauteurs, en 1794. Ce dernier se réfugia à Fenoarivo et y demeura jusqu’à sa mort.

Plus tard, sa dépouille fut transférée par ses descendants à Antsahadinta. Il ne fut donc pas inhumé dans les « Sept tombes alignées » ou Fitomiandalana, de même que son prédécesseur, Andriambalohery mort de la lèpre.

Selon la tradition orale confirmée par les travaux menés sur plusieurs sites, l’habitation d’un souverain fondateur et de sa famille, son Rova donc, est toujours construite sur le point le plus élevé, le seul qui puisse convenir à un roi appelé à être une interface entre Dieu, les ancêtres, et les vivants. D’après Maurice Bloch parlant du « Hasina » pouvant traduire le concept de sacralité, « les rois-héros de Madagascar sont perçus comme incarnant la quintessence de la vertu du Hasina. L’emplacement de leurs tombeaux et de leur demeure est lui-même sacré ».

Andrianampoinimerina qui paracheva l’unification du royaume faisait siennes les vertus de l’aigle de Madagascar « Ankoay », capable de rester immobile pendant des heures avant de fondre avec précision sur sa proie. Ses troupes portaient d’ailleurs le nom de « Voromahery » ou oiseaux de proie, et il autorisait ceux qui s’étaient distingués par leur bravoure à orner le sommet de leur case avec la figurine d’un oiseau. Son fils Radama Ier qui poursuivit sa politique de conquêtes, aimait également récompenser ses meilleurs stratèges. Ce fut le cas d’Andriatsimivony qu’il avait envoyé dans l’Ambongo, d’Andrianisa qui devint l’homme de confiance du commandant en chef Rainiharo, ou d’Andriantsitohaina qui mena campagne en pleine saison des pluies à Mavohazo. Radama Ier fut le premier à instituer en 1823, une véritable distinction honorifique à laquelle il donna le nom d’Ordre de l’Aigle. Selon Biedenfeld dans un ouvrage paru en 1841 à Weimar, il aurait voulu en faire une sorte de Légion d’Honneur. Elle représentait une étoile à dix points sur laquelle se détachait un aigle aux ailes déployées.

En important de France ses trois aigles de bronze destinés au sommet de Manjakamiadana, au Palais d’Argent « Tranovola », et au portail nord, Jean Laborde ne faisait que s’inscrire dans la lignée d’une symbolique très forte de la monarchie merina. Le R.P Malzac rapporte qu’à leur arrivée, les aigles furent aspergés avec de l’eau sainte dans laquelle on avait mis entre autres ingrédients, une perle du nom de « Tsileondoza » censée éloigner le mauvais sort. Lors de l’incendie du 6 novembre 1995, la chute de l’aigle de Tranovola après avoir donné l’impression de tournoyer une dernière fois, a été le plus durement ressentie par les témoins du drame. Mais le pire était encore à venir. Récupéré dans les cendres, ce symbole royal a été remisé dans un lieu que l’on croyait sûr. Il n’a plus été retrouvé.

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