Chronique

Chronique de VANF : Nommer les îles, écrire l’histoire

«Le Glorieux», vaisseau de la Compagnie des Indes, part de Lorient le 21 novembre 1750, pour atteindre successivement Le Cap de Bonne-Espérance (19 avril 1751), Port-Louis à l’Île de France, actuelle île Maurice (19 juin), Saint-Denis de Bourbon, actuelle La Réunion (13 juillet). On l’a envoyé dans l’océan Indien pour améliorer le recueil des cartes des Indes créé depuis 1745. C’est son commandant, Du Guilly, qui, le 15 novembre 1751, baptisa deux îles, au large du Cap d’Ambre, du nom de «Glorieuses». Beaucoup plus tard, le 3 novembre 1818, s’échouant sur la deuxième des îles Glorieuses, la goëlette «Le Lys» lui laissa son nom tandis que son capitaine baptisait la troisième terre du nom de «île Verte» : l’enseigne de vaisseau Théophile Frappas avait déjà prédit que ces récifs allaient former avec le temps une seule et même terre (cf. Calteau Jean-Paul, La découverte et la dénomination des îles Glorieuses dans l’océan Indien (du XVème siècle au début du XIXème siècle), in Outre-mers, tome 92, n°348-349, 2ème semestre 2005, pp.137-165).

La France exerce sa souveraineté sur les Glorieuses depuis le 23 août 1892 : malheureusement, personne ne sait si nos ancêtres partis d’Asie du Sud-Est avaient «connu» toutes ces îles dites éparses, à commencer par Tromelin (1 km2, 15S53.10 – 54E30.91), plus proche du littoral oriental de Madagascar (450 km) que de l’île Maurice, mais à laquelle Madagascar avait renoncé au profit de cette dernière en 1978. Les Glorieuses (11S31.24 – 47E22.05) sont situées à 253 km au Nord-Est de Mayotte et 222 km au Nord-Ouest de Nosy Be ou au Nord-Nord-Ouest du Cap d’Ambre, que les Arabes avaient nommé «Ras al-Milh» ou «Cap du Sel» (11S57.40 – 49E16.35).

Dans ce «peuplement de Madagascar, plus belle énigme du monde», peut-on exclure que des navigateurs arrivant de l’Inde, de l’Arabie et d’Afrique aient fait relâche aux Glorieuses ? Active du VIIème au XIIème siècle, la thalassocratie «indonésienne» de Srivijaya (Sumatra et Java) avait bien exporté ses navires à balancier jusque dans le Canal de Mozambique. Et, de de 1405 à 1430, les Chinois avaient conduit leurs jonques dans l’Océan Indien jusqu’à l’Afrique de l’Est.

Comme pour toutes les «grandes découvertes», les Européens, pourtant venus après les navigateurs austronésiens, indiens, chinois, arabes, n’ont pas omis une chose essentielle : nommer, dater, publier. Ainsi, très précisément, c’est le 23 février 1488 que le Portugais Barthélemy Diaz passa le cap de Bonne-Espérance et, le 20 mai 1498, que Vasco de Gama arriva en Inde. De son côté, un certain 10 août 1500, Diogo Dias fut le premier Européen à longer la côte Est de Madagascar avant d’effectuer une escale, à Matitanana : et parce qu’on était le 10 août, il avait «baptisé» l’île de «Saint-Laurent».

Car, contrairement aux Européens ou aux Arabes (Zanzibar signifie «pays des Noirs»), les uns et les autres n’ont pas baptisé à tour de bras les terres «nouvelles» à leur connaissance mais que peuplaient de longue date des gens peu soucieux de figurer ou pas sur un mappemonde. Comme le chante si justement Michel Sardou, «Quand le vieux Magellan, découvrit le détroit, il y avait des enfants, qui s’y baignaient déjà». Sauf que ces enfants-là, pas plus que leurs parents et ancêtres, n’avaient tenu un journal de leur «grande découverte» (Chronique VANF, L’Express de Madagascar, 08.09.2018, «Les grandes découvertes n’ont rien découvert»).

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