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Notes du passé

Esquisse d’une forme nouvelle de colonisation à Madagascar

Une vue de l’ancienne ville de Toamasina fin XIXe - début XXe siècle.

Dans son livre intitulé Histoire et Géographies de Madagascar, publié sous le pseudonyme de Macé-Descartes, Henry d’Escampes exprime au mieux le point de vue officiel français concernant la réaction de Radama Ier sur la domination française. « Ce chef de la petite tribu des Hovas, qui avait conquis la côte orientale et qui opprimait les peuples nos alliés, osa publier une proclamation qui déclarait nulle toute cession de territoire qu’il n’aurait pas ratifiée… Un bruit vague se répandit que le roi des Hovas élevait des prétentions à la souveraineté de Sainte-Marie… Une nouvelle aussi invraisemblable fut accueillie d’abord avec défiance… On ne pouvait imaginer sur quel titre se fondaient d’aussi étranges prétentions de la part d’un gouvernement qui n’avait jamais exercé les plus légers droits sur Sainte-Marie. »
Mais, commentent Ludvig Munthe, Charles Ravoajanahary et Simon Ayache, son livre date de 1846. Et l’expédition Gourbeyre de 1829 et le bombardement de Toamasina en 1845 compromettent irrémédiablement les rapports franco-hova (lire précédentes Notes). La constante concurrence et l’âpre hostilité qui opposent la monarchie merina et les représentants français de l’océan Indien à travers le XIXe siècle jusqu’au dénouement de 1896, peuvent faire croire que la France opte pour l’ancien type de colonisation dès les traités de 1814-1815. « En fait, il n’en est rien.»
Les gouverneurs de Bourbon (La Réunion) réclament le retour sous leur autorité des anciens établissements de Madagascar. D’abord pour contrer les prétentions anglaises de 1815, ensuite pour sauver un principe auquel il ne serait guère habile à leurs yeux de renoncer trop tôt, expliquent les auteurs de l’étude sur Les négociations de 1817 d’après les sources malgaches- Sorabe inédit publiée en 1976. Ils constatent alors de nouveaux types de rapports avec Madagascar.
Sur le plan des « attitudes quotidiennes », une profonde évolution apparait. En 1816, scandalisé devant l’accueil familier et amical réservé par le gouverneur de Maurice et Lady Farquhar aux deux jeunes frères de Radama qu’ils reçoivent en grande pompe à Port-Louis, le gouverneur de La Réunion s’insurge. Farquhar, écrit le baron Milius, « a rendu des honneurs fous aux frères de Radama, À leur arrivée à Maurice, il les a salués de plusieurs coups de canon et il les a fait servir par des domestiques blancs. Madame Farquhar ne sortait dans sa calèche qu’en compagnie de ces deux Malgaches couverts de riches habits, ce qui choquait les convenances et blessait les préjugés. »
Mais en 1818, Sylvain Roux, poussé par l’exemple de Farquhar, invite à son tour, pour les faire instruire en France, deux princes malgaches, Berora, fils
de Fiche, roi d’Ivondro, et Manditsara, petit-fils de Tsifanina, roi de Tintingue. Le baron Milius écrit alors : « Jean René (chef de Tamatave) m’a écrit pour annoncer qu’il mettait ces enfants sous la protection du roi de la France, en me demandant la faveur de les faire élever dans un collège soit à Bourbon, soit en France, où ils sont destinés à aller puiser des connaissances utiles. Je les ai accueillis avec tous les égards dus à leur rang. Ils sont logés au Gouvernement, je les fais servir en particulier, sentant bien qu’il est d’une sage politique de les traiter avec distinction. »
Pourtant, selon les trois auteurs, les décisions officielles venues d’autorités gouvernementales lointaines, feront très rapidement retomber la politique française dans l’ornière des anciennes conceptions coloniales. En octobre 1818, Sylvain Roux reprend possession de Sainte-Marie. L’année suivante, Albrand occupe de nouveau Fort-Dauphin. Partout, dans les anciens comptoirs retrouvés, on s’efforce d’amener les chefs locaux à prêter serment d’allégeance à la France.
Cependant, Sylvain Roux, conscient des succès déjà remportés et prévisibles de la « nouvelle politique » anglaise, propose à ses supérieurs autre chose : « le rapprochement, l’alliance, la coopération, non seulement avec Jean René, chef de Toamasina, mais aussi et surtout avec le roi merina, Radama Ier ». Car comme Farquhar, il comprend de quel côté penchera désormais la fortune des armes. « Il est difficile de se faire une idée de la puissance et des moyens qu’a déployés le prince Radama depuis six ou sept ans que, succédant à son père, il est monté sur le trône. Il est permis de croire pour tout observateur impartial que ce prince, judicieusement conseillé, finira par envahir tout ce qui lui conviendra de tout Madagascar. »
Il n’hésite pas sur les conséquences réalistes à tirer du nouvel état de choses. Selon lui, l’alliance avec Radama peut encore se faire et, sans doute facilement, car
« l’esprit du roi, fort indépendant, n’est nullement subjugué par l’influence anglaise ».

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