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Opinions Texto de Ravel

Avortement dans le contexte de la Covid-19

28 septembre 2020, journée mondiale du droit à l’avortement. Avortement dans le contexte de Covid-19 à Madagascar, entre les pratiques et les lois caduques. 28 septembre 2019 – 28 septembre 2020, qu’est ce qui a changé mis à part le nombre croissant des décès?

Les violences basées sur le genre se sont multipliées d’une manière horrifiante durant le contexte actuel de la pandémie de coronavirus. A Madagascar, les mesures de confinement ont entraîné une hausse des violences basées sur le genre. Selon les résultats des études menées par le FNUAP en mai 2020 sur la perception des femmes sur les impacts de la pandémie de Covid-19, 80% des femmes interrogées ont affirmé́ que durant la période de Covid-19 et le confinement, la violence psychologique est prépondérante au niveau de la communauté́. Un quart des femmes (27,3%) pensent qu’il y a eu des cas de viol au niveau de leur communauté, pendant la période de pandémie de Covid-19. Plus de la moitié (58%) estiment que les femmes survivantes de VBG se tournent surtout vers les membres de leur famille ou vers les amis pour trouver des solutions.

Force est donc de constater que les violences sexuelles (viols, incestes, etc.) se traduiront inévitablement par une grave augmentation des grossesses non désirées. Notons également les difficultés d’accès aux centres de soins et aux méthodes de contraception dues aux restrictions de déplacement durant l’Etat d’urgence depuis le mois de Mars 2020. Une fois de plus, le nombre de grossesses non désirées est à la hausse. Aussi, est-il fort opportun de poser les questions sur le droit à l’avortement sécurisé à l’ère de la Covid-19. Face à ces grossesses s’inscrivant dans un contexte traumatique, des femmes exposées au pire dans leurs propres foyers ou communautés risquent fortement de recourir à un avortement non sécurisé.

Pour le cas de Madagascar, l’avortement est encore puni par la loi quelle qu’en soient les raisons. Pourtant, le contexte du coronavirus actuel ne fera qu’aggraver la situation des femmes malgaches face aux avortements clandestins et insécurisés. Raison pour laquelle le mouvement Nifin’Akanga, mouvement féministe pro-choix luttant pour la dépénalisation de l’avortement à Madagascar décide de renforcer ses actions et appel à mobilisation.

C’est ainsi que le mouvement collabore avec la Coalition des radios de Madagascar pour produire deux théâtres radiophoniques afin de montrer, d’une manière la plus réaliste possible, différentes situations. Tirées de faits réels vécus dans la communauté poussant des femmes à recourir à l’avortement quoique ce dernier soit interdit. L’une de ces histoires relate le cas d’une femme sous contraceptif mais qui se retrouve enceinte. Avec un mari au chômage technique, elle se retrouve seule avec une moitié de salaire à devoir subvenir aux besoins quotidiens de sa famille. Pourtant, la menace de compression de personnel plane au sein de l’entreprise où elle travaille.

Sa mère meurt subitement. Et les signes de grossesse difficile qu’elle essaie tant bien que mal de cacher font grossir les rumeurs parmi ses collaborateurs qui disent qu’elle serait atteinte de coronavirus. Pour essayer de garder à tout prix son travail, son mari et elle, d’un commun accord décident de recourir à l’avortement. Seulement, le médecin qu’elle consulte refuse. Ce qui la pousse à avoir recours à l’automédication. Qui tourne mal, très mal.

Dans le contexte de la Covid-19, il est important de parler sans demi-mesure de la réalité de l’avorte- ment qui tue tous les jours des femmes. Des vies gâchées par des lois injustes et hypocrites. Nous devons pousser le plaidoyer pour une révision urgente du cadre légal.

2 commentaires

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  • Une société ne peut se développer que si elle évolue dans son temps et non sur des dogmatismes rétragrades sinon elle est vouée à disparaître ……
    chaque individu doit pouvoir disposer comme il l’entend de son corps et non que d’autres dictent comment en disposer.

  • Votre combat est noble . La France a connu bien de péripéties avant que Simone VEIL gagne la reconnaissance de l’IVG . Cette dame a fait tomber tous les préjugés . Le chemin est encore long pour notre pays à cause d’une barrière culturelle séculaire . Les mentalités vont évoluer petit à petit pour sortir effectivement de cette hypocrisie sociétale . C’est une question de santé publique majeure pour préserver la sécurité et pour assurer une réglementation légale aux femmes libres de leur choix et maitres de leur corps . Et ce n’est pas le discours essentiellement réactionnaire du vatican déjà accusé de crime contre l’humanité pour le refus des préservatifs contre le VIH dans les pays Africains qui constituerait une entrave aux principes fondamentaux de la liberté de la femme . Et ce n’est qu’un aspect intangible du droit de l’homme .

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