Chronique

Antananarivo contre Antananarivo

Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence. C’est le fameux «Principe de Peter» théorisé par le Canadien Laurence J. Peter (1919- 1990) dans un livre publié en 1969.

Niveau d’incompétence. Donner le jardin d’Antanimbarinandriana au parc des voitures d’occasion qui débordent jusque devant l’entrée du stade municipal de Mahamasina. Rompre l’ordonnancement déjà précaire des pavillons historiques d’Analakely (ils existent depuis quatre vingts ans) en abandonnant la rue attenante aux marchands de rue. Exposer des stands de friperie sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Analakely. Officialiser par un marquage au sol l’occupation des trottoirs du Troisième Arrondissement de la Capitale par les mêmes marchands de rue.

Je n’ai jamais été convaincu par la démocratie élective. Un homme, une voix. Un ignare, une voix. Un inculte, une voix. Et voilà où nous mène la démocratie élective et sa majorité bêtement mathématique. Elle fait des politiciens dont la propagande se résume à des concerts débiles et des slogans qui étalent leur propre ignorance de leur vrai rôle. Elle fait également des électeurs qui votent au plus offrant : tee-shirts ou kapoaka de riz.

Le principe d’une ré-élection dans les mêmes conditions intellectuelles est encore plus désastreux. La politique du laisser-faire reste encore la meilleure attitude pour ne pas effaroucher cette majorité populaire. Très populaire.

Circonstances atténuantes au Principe de Peter appliqué à la Ville d’Antananarivo : la résorption du chômage, qui jette cette foule de «petites mains» sur les trottoirs du commerce informel, dépasse la compétence et les moyens de la seule Ville d’Antananarivo ; l’entrée massive aux frontières de containers de voitures d’occasion, de friperies et autre pacotille n’est pas du ressort de la Mairie d’Antananarivo.

Antananarivo, victime de son succès. Capitale dont on veut trop souvent se servir comme marche-pied vers la Présidence de la République. Ville des Mille assaillie par des Millions qui fuient l’insécurité, l’assèchement des puits, l’absence d’école, à la campagne ou dans les régions. Au milieu d’un désert sans éclaircie, Antananarivo devient la loupiote de mirages et de lendemains qui déchantent mais toujours préférables à une mort immédiate sur place, à proximité du tombeau ancestral.

Pour se sauver, Antananarivo va devoir renoncer à être Antananarivo. Devenir périphérique pour mieux se recentrer sur son histoire collinaire, sauver ce qui reste de son Betsimitatatra, restaurer un Zoma à échelle humaine. Et déléguer tout le reste : administration aussi tentaculaire que populeuse ; monopoles névralgiques devenus encombrants; centralité dont tout devrait irradier au lieu que d’y déboucher. Centrifugie plutôt que centripétie.

Aucune ville malgache n’a vocation à voir y débarquer tout Madagascar. Ville Nouvelle : Ambohimanga, Arivonimamo, Antsirabe. L’Imerina Enin-Toko s’entasse dans le Voromahery. Madagascar s’ensardine à Antananarivo. Ça ne sera pas indéfiniment possible. Ça ne l’est déjà plus. Décentralisation à outrance, fédéralisme salvateur. Envisager tous les possibles. Oser les tabous.

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