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ÉDUCATION – SEMIPI DE FIANARANTSOA – Un centenaire sous le sceau de l’excellence

La SEMIPI ou « Sekoly miaramilam-pirenena », célèbre ses 100 ans. Une école considérée comme pépinière des hauts gradés des Forces armées, dont sont issues plusieurs élites du pays et où l’excellence est le mot d’ordre.

«Paradisa faharoa », ou le second paradis. C’est ainsi que ses anciens et ceux qui sont encore sur ses bancs surnomment la SEMIPI ou « Sekoly miaramilam-pirenena ». Ayant ouvert ses portes à ses premiers élèves, le 25 mai 1923, l’École a célébré ses 100 ans, hier.
Considérée comme la pépinière des Forces armées, notamment des officiers de l’Armée et de la Gendarmerie nationale, la SEMIPI est la seule école militaire à Madagascar. Créée en pleine période coloniale, elle a pour vocation principale de préparer de jeunes garçons à intégrer de grandes écoles de formation d’officiers à Madagascar, à savoir l’Académie militaire d’Antsirabe (ACMIL), ou à l’étranger. Avec comme devise « compétence, sagesse et victoire », la SEMIPI vise et exige « l’excellence » de ses élèves.
« Les résultats remarquables de ses élèves aux examens officiels démontrent que l’École est toujours à la hauteur de sa réputation », souligne le général Josoa Rakotoarijaona, ministre de la Défense nationale. L’année dernière, la SEMIPI a obtenu 98% de taux de réussite au baccalauréat. Une performance qui est même en légère baisse selon ses anciens, les 100% étant un challenge systématique, avec des majors en prime. C’était le cas à l’issue du baccalauréat de 2020.
Plusieurs hauts gradés et hauts responsables des Forces armées toujours en activité ou retraités ont fait leurs premières armes au sein de la SEMIPI. Il y a notamment d’anciens ministres de la Défense nationale tels que le général retraité Dominique Rakotozafy ou encore le général Richard Rakotonirina. Le général Andry Rakotondrazaka, commandant de la Gendarmerie nationale est également un ancien « enfant de troupe », une appellation des anciens de la SEMIPI.

Forger des élites

« Courage, discipline et loyauté » sont les valeurs que l’École veut inculquer aux enfants de troupe. Comme le note le général Rakotoarijaona dans son discours, la SEMIPI « s’évertue à éduquer des hommes prêts à épouser la vocation et les valeurs militaires, à défendre la souveraineté de l’État et à faire rayonner Madagascar partout ils seront envoyés en mission ». Mais au-delà de la sphère militaire, l’École s’attache aussi à « forger des citoyens exemplaires dans l’état d’esprit et le comportement ».
« Soyez dignes d’être admis ici. Soyez fiers d’intégrer le prestige et devenir les élites de demain » : c’est le message du ministre de la Défense nationale aux trois cent six élèves de la SEMIPI. L’École compte quatre-vingt-quatre élèves en classe de Seconde, quatre-vingt-trois en classe de Première et cinquante-neuf en Terminale. Il y a aussi quatre-vingt élèves en classe préparatoire pour le concours d’entrée à l’ACMIL.
Un temps, les enfants de troupe intégraient la SEMIPI en internat, dès la classe de 6e, jusqu’en Terminale. Actuellement, les élèves entrent à l’École en classe de Seconde, à l’issue d’un concours, jusqu’en terminale. Après le baccalauréat, ils peuvent choisir d’épouser une carrière militaire. Ils entrent ainsi dans les classes préparatoires de première et deuxième années. Deux ans qui correspondent aux deux premières années d’études supérieures. Ceci, surtout dans l’optique de participer au concours d’entrée à l’ACMIL.
Une fois leur baccalauréat en poche, les enfants de troupe peuvent aussi suivre un cursus universitaire classique, comme la médecine, les mathématiques ou encore l’informatique et le génie civil, les filières les plus prisées. Ils peuvent ensuite revenir dans les rangs des Forces armées par le biais d’un concours à l’ACMIL. Plusieurs choisissent également l’option de laisser derrière eux l’expérience militaire à la SEMIPI et reprendre totalement une vie civile.
Des magistrats, de hauts responsables et cadres de l’administration publique et du secteur privé, ou encore des enseignants ont fait leurs armes sur les bancs de la « Sekoly miaramilam-pirenena ». Plusieurs ont été présents à la cérémonie de célébration du centenaire de l’École. Tous affirment leur attachement à la devise et aux valeurs acquises durant leurs années passées au sein du « Paradisa faharoa ».

EN PRÉSENCE DU COUPLE PRÉSIDENTIEL

Une grande première. Comme le souligne le ministre de la Défense, la présence du couple présidentiel à une cérémonie à la SEMIPI est une grande première. Andry Rajoelina, président de la République, et son épouse, Mialy Rajoelina, ont en effet pris part à la cérémonie du centenaire de l’École militaire. « Je n’aurais pas une deuxième occasion d’assister au 100e anniversaire de la SEMIPI », déclare le locataire d’Iavoloha. Ceci pour expliquer qu’il a préféré annuler un déplacement à l’étranger pour être de la fête à Beravina, Fianarantsoa, hier. Cette semaine, en effet, le chef de l’État devait s’envoler pour Sharm El Sheikh, en Egypte, afin de recevoir le Super prix grand bâtisseur – Trophée Babacar Ndiaye dont il est le lauréat pour cette année 2023. « C’est avec amour et fierté que j’assiste à cet événement. C’est une journée historique puisqu’elle marque le centenaire de cette École au sein de laquelle les élèves s’engagent à servir la nation », soutient le président de la République. « Vous êtes ici pour préparer et assumer plus tard des responsabilités envers notre nation (…) Souvenez-vous que vous êtes les gardiens de l’héritage de cette institution prestigieuse », ajoute-t-il. Le locataire d’Iavoloha a mis en exergue l’excellence de la formation au sein de la SEMIPI, comme en témoignent les résultats de ses élèves au baccalauréat. Comme un symbole, pour souligner cette quête permanente d’excellence, le Président a été invité à remettre son épaulette à Tiandraza Maheny, major de la promotion 2022-2023, dont la cérémonie de baptême pour intégrer la vie de jeunes militaires s’est également déroulée, hier. « L’enseignement dans cette école est remarquable autant sur le plan académique que technique, mais surtout éthique », affirme celui que la Constitution érige aussi en Chef suprême des Forces armées. Andry Rajoelina a ainsi mis l’accent sur les valeurs de la « Sekoly miaramilam-pirenena », que sont « le courage, la discipline et la loyauté ». Des valeurs qui forgent la détermination et l’abnégation d’avancer autant individuellement que collectivement, sans faillir, pour atteindre un objectif et réussir.

HUIT NOMS ET SIX EMPLACEMENTS EN CENT ANS

La SEMIPI a ouvert ses portes le 25 mai 1923. Elle a la particularité d’avoir changé huit fois de nom et six fois d’emplacement. A ses tout débuts, la SEMIPI, alors connue sous le nom d’École régimentaire d’enfants de troupe indigènes, la période coloniale étant, se trouvaient au camp Betongolo. À partir de 1926, elle a déménagé à Andafiavaratra sous le nom d’École préparatoire de Madagascar. De 1940 à 1942, l’École a été délocalisée à Besorohitra, Fianarantsoa, et une fois de plus avec un nouveau nom. Elle était alors appelée École supérieure d’éducation physique. Durant l’année 1943, l’actuelle SEMIPI a encore déménagée. « L’école a été contrainte de se retrancher dans une grotte se trouvant à Alakamisy-Itenina, à 40 kilomètres au Sud de Fianarantsoa, à cause de la guerre menée par la France contre le débarquement de la troupe britannique dans la Grande ile », peut-on lire sur son site web. Une fois le conflit apaisé, l’École a fait son comeback à Fianarantsoa, mais cette fois-ci du côté de Tsaramandroso et avec une nouvelle appellation. Sur ce lieu, justement, la SEMIPI allait changer cinq fois de noms. Passant successivement d’École militaire préparatoire de Madagascar, à École militaire technique de Madagascar, puis « Sekoly fiomanana ho miaramila », et « Sekolim-pirenena miaramila ». Ce n’est qu’en 1964, avec son déménagement à Beravina, Fianarantsoa, son camp de base actuel, que vient le nom « Sekoly miaramilam-pirenena », connu sous la fameuse abréviation SEMIPI. Auparavant dénommé Camp Lequesne, le site qui abrite la SEMIP,I a été rebaptisé Toby général de brigade Lucien Rakotonirainy, depuis l’année 1997. La SEMIPI a, par ailleurs, connu trente-trois commandants depuis son ouverture, dont quatorze officiers français et dix-neuf officiers malgaches. Le premier officier malgache à avoir été aux commandes de la SEMIPI était le général Gabriel Ramanantsoa. Il avait alors le grade de capitaine. Actuellement, c’est le colonel Alain Bernardin Rafidison qui est aux manettes de l’École.

ILS ONT DIT

Les anciens enfants de troupes, des plus jeunes aux moins jeunes, ont pris des chemins différents. La plupart ont embrassé une carrière militaire, d’autres ont repris la vie civile. Tous s’accordent cependant sur un point, les valeurs et la fraternité indéfectibles acquises au sein de la SEMIPI marquent à vie et ont forgé « l’homme ».

Général retraité Dominique Rakotozafy, ancien ministre de la Défense nationale, promotion Fivondronana, année scolaire 1970-1971.
« J’étais à la SEMIPI dès la classe de 6e (…) Un des points qui m’a le plus marqué est la solidarité entre les co-promotionnaires et nos aînés. Les anciens avaient une responsabilité envers leurs cadets. Étant en internat, nous avions aussi vécu dans un brassage ethnique, culturelle et social. Un atout anthropologique qui se fait rare depuis la disparition progressive des internats à Madagascar, à mon avis. Ce qui rend difficile le dialogue dans le pays lors des périodes difficiles. Nous avions eu l’occasion de tisser un large réseau, que ce soit dans le milieu professionnel ou territorial. Et ce, même avec les élèves des autres lycées qui étaient nos concurrents en sports et en études. »

Général Anthony Rakotoarison, ancien directeur de cabinet au secrétaire d’État à la Gendarmerie nationale, promotion colonel Joël Rakotomalala, année scolaire 1978-1979.
« Nous étions des jumeaux à avoir intégré l’école, en classe de seconde. En tant que fils de militaire, petit, je mettais déjà la tenue et les bottes de mon père. Lorsque j’ai été reçu en internat à la SEMIPI, c’était mon rêve d’intégrer les rangs qui se réalisait. Nous étions encore dans les années où les élèves de la SEMIPI étaient en internat au camp, mais suivaient les cours dans les collèges et lycées publics de Fianarantsoa. Nous étions en tenue de l’École au milieu des élèves en civil. C’était une fierté qui amenait à porter haut et à préserver comme la prunelle de nos yeux la devise et les valeurs de la SEMIPI. Une discipline militaire qui est devenue un mode de vie. Mon autre grande fierté est aussi que c’est notre promotion qui a créé la devise de l’École. »

Général Ravoavy Zafisambatra, directeur de la Sécurité et des renseignements auprès du commandement de la Gendarmerie nationale, année scolaire 1981-1982.
« Nous sommes de ceux qui ont intégré l’école dès la classe de 6e. Nous étions dans l’âge de l’apprentissage de la vie. Pour nous, qui n’étions alors que des enfants, l’École et nos co-promotionnaires sont devenus notre deuxième famille. Certes, il y a avait les études, mais la SEMIPI est devenue pour nous un cocon familial à part entière. Nous y avons appris la fraternité, l’entraide, la cohésion et la solidarit, notamment, dans les moments les plus difficiles. Cette fraternité que nous avions nouée ici est indéfectible. Nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux. Dans notre promotion, il y a ceux qui sont revenus à la vie civile. Mais même si nous avions fait des choix de vie différente, notre fraternité et notre loyauté les uns envers les autres persistent et restent intactes. »

Aimé Randriamamonjy, conseiller pédagogique de l’Enseignement primaire, année scolaire 1981-1982.
« Bien que je sois retourné à la vie civile, les valeurs militaires acquises à la SEMIPI sont restées mes balises. Ayant intégré l’École dès l’enfance, j’ai été forgé avec ses valeurs et sa devise. Elles ont un impact indélébile sur mon mode de vie, mon comportement, mes actions autant dans la vie quotidienne que professionnelle. J’y ai appris ce qu’est l’abnégation et la résilience. La détermination de toujours parvenir à la victoire, la réussite qu’importe l’adversité. »

Francky Andrianjafy, banquier, année scolaire 1981-1982.
« J’ai également intégré l’école dès la 6e, jusqu’en Terminale. Après le Bac, j’ai même fait partie de la première promotion de l’école préparatoire pour le concours d’entrée à l’Académie militaire. Mais les circonstances ont fait que j’ai choisi de revenir à la vie civile. Néanmoins, l’état d’esprit et le mode de vie qui m’ont forgé à la SEMIPI m’ont aidé à toujours faire preuve d’abnégation pour faire face aux obstacles et différent pour toujours réussir. »

Marius Arnaud Auguste, magistrat, promotion général Lucien Rakotonirainy, année scolaire 1997-1998.
« La SEMIPI est une pépinière qui forge une personne. Ceux qui sont passés par la SEMIPI diffèrent par leur état d’esprit, leur attitude. Nous avons cette abnégation et cette détermination à réussir et exceller quelle que soit l’adversité. Nous sommes plus résilients. »

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