Notes du passé

L’expression du loyalisme malgache envers la France

Les combattants malgaches de la deuxième guerre mondiale, rentrent au pays et débarquent à la gare de Soarano, le 29 février 1946.

«Le loyalisme malgache envers la France s’exprime, dès septembre 1939, par l’arrêt des manifestations nationalistes de masse. » Jean Ralaimongo, trop âgé pour combattre, se retire dans le village d’Ambalamanana sy près d’Andapa. « Il meurt avant la fin du conflit, en août 1943, remettant entre les mains de la jeune génération le flambeau de la Liberté » (Historie de Madagascar, 1967).

La mobilisation s’accomplit normalement dans la Grande île où le successeur de Léon Cayla arrive. Répondant à l’appel du nouveau gouverneur général, Marcel de Coppet, de nombreux Malgaches s’engagent comme en 1914. Ils sont plus de 30 000 sur le continent lorsque parvient à Madagascar, la nouvelle de l’armistice de Rethondes, le 22 juin 1940. « Les Malgaches qui n’avaient jamais douté de la victoire, sont déconcertés, stupéfaits d’apprendre que la Métropole est occupée par les troupes de l’Axe. »

L’affaire de Mers-el-Kébir, le 3 juillet 1940, provoque la démission de Marcel de Coppet qui se range aux côtés du général Charles de Gaulle après l’appel du 18 juin. L’attaque de la flotte française, dans la rade algérienne, par une escadre anglaise crée, en effet, un grave malaise parmi les Français d’Outre-mer. Le gouvernement de Vichy le remplace par Léon Cayla, de nouveau à Madagascar, puis par Armand Annet. «  Pendant près de deux ans, la situation de Madagascar reste indécise. Dans la Grande île que le blocus anglais isole, les Vichyssois s’efforcent d’appliquer les slogans de la politique pétainiste, malgré l’opposition des Gaullistes. »

Toutefois, l’intervention des forces britanniques soustrait Madagascar de Vichy. Dès le début de mai 1942, Diego-Suarez est occupée afin d’écarter la menace japonaise. L’ile est conquise en septembre, malgré la résistance d’Annet qui signe, le 5 novembre, l’armistice d’Ihosy où il se retire. Avec l’accord des Anglais, le général Legentilhomme prend possession de Madagascar, au nom du Comité provisoire de la République française, début 1943.

Pendant toute cette période, l’isolement de la Grande île entraîne les difficultés de ravitaillement. Les produits français ne se voient plus sur le marché. La pénurie de médicaments se traduit par l’augmentation considérable de la mortalité infantile et par la recrudescence des épidémies. La création de l’Office du riz, organisme de réquisition des récoltes, la taxation du paddy, la reprise d’un système de travail forcé, aggravent la situation économique des paysans des salariés malgaches. Le marché noir sévit dans les villes et dans les boutiques de brousse. « L’économie prend plus que jamais le caractère d’une économie de subsistance. Ce sont les pauvres qui souffrent le plus de cette situation. »

En même temps, la contribution des Malgaches à l’effort de guerre est importante. «  Alors que l’on est sans nouvelles de la plupart des mobilisés de 1939, de nouveaux contingents militaires rejoignent les Forces françaises libres. La corvée du caoutchouc dans la forêt, les souscriptions, s’ajoutent à l’exportation des denrées alimentaires. Le Sud, où la sécheresse du climat empêche la riziculture, est plus éprouvé encore. »

Les Malgaches sont déconcertés au début par les événements qui opposent les Vichyssois et les Gaullistes. Le retour à la France Libre rétablit le calme dans la plupart des cœurs. « L’image de cette Métropole, où la résistance mène le combat de la Liberté, est conforme aux aspirations du peuple malgache. » Malgré les privations et les souffrances, la participation résulte de la volonté de lutter pour une juste cause.

L’espoir d’une émancipation prochaine s’installe peu à peu dans le camp des patriotes. La contribution de l’empire colonial à la guerre provoque dans les colonies une prise de conscience plus nette de l’injustice du système. La majorité des hommes politiques admettent la nécessité des réformes. On évoque partout « les lendemains qui chantent ». En décembre 1943, le discours du Commissaire aux Colonies, Pleven, « déçoit les Malgaches par l’étroitesse des perspectives qu’il annonce ».

La Conférence de Brazzaville, en février 1944, à laquelle le général de Gaulle participe, annonce la collaboration des colonisés à la restructuration de la Métropole et de l’Empire. « Elle semble promettre l’assimilation, ignore les nationalismes, confie à la future Constituante le destin des peuples et des terres. » C’est une nouvelle déception pour les patriotes malgaches. Pourtant, en avril 1945, deux mois avant la fin du conflit, la Charte des Nations unies propose à la future organisation la noble tâche « de favoriser le progrès économique et social de tous les peuples… de donner à tous le droit de disposer d’eux-mêmes ».

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