Chronique

La phytothérapie malgache à la rescousse ?

La chloroquine fut inefficace lors de la guerre du Vietnam, l’infection véhiculée par le moustique lui étant devenue rebelle. Le Nord-Vietnam appela alors la Chine à l’aide et, le 23 mai 1967, Mao Tsé-Toung lança le projet de recherches 523 dont Tu Youyou prit la tête en 1969.

La future prix Nobel de Médecine en 2015, appartenait à l’académie chinoise de médecine traditionnelle chinoise depuis 1965. S’inspirant des traités médicaux des dynasties chinoises les plus anciennes, Zhou, Qin et Han, au pouvoir du 12ème siècle avant J.-C. jusqu’au 3ème siècle après J.-C., Tu Youyou réussit à extraire la molécule d’artémisinine en 1971. Le qing-hao-su, connu depuis 3000 ans par les anciens Chinois pour ses vertus antipaludéens, ne sera adopté par l’OMS qu’en 2003, après un accord entre la Chine et l’Europe l’usage des ACT (thérapies combinées à base d’artémisine) contre le plasmodium falciparum.

Bien que le paludisme fasse 450.000 morts chaque année, dont 90% en afrique, l’usage de la phytothérapie à base de l’artémisia se heurte encore au «business de la malaria» : les médecins formés à l’occidentale parlent de «tisane à la composition incertaine», de «posologie peu faisable» avec 5 litres de thé pour avoir l’équivalent d’un comprimé d’artémisine à 500 mg. Pourtant, l’usage de la tisane en phytothérapie permettrait principalement de rompre le cycle de transmission entre l’homme et le moustique anophèle : l’artémisia détruirait complètement la réserve de parasites dans le corps humain (foie et sang).

Dans une étude menée par des scientifiques de l’Institut Pasteur de Madagascar, on pouvait lire cette recommendation : «le taux des échecs thérapeutiques à la chloroquine souligne la nécessité et l’importance d’une évaluation de l’efficacité des antipaludiques, afin de pouvoir développer une politique nationale rationnelle dans la lutte contre le paludisme» (cf. Sensibilité de Plasmodium falciparum dans l’île de Sainte-Marie, côte Est de Madagascar : études in vivo et in vitro, archives de l’Institut Pasteur de Madagascar, volume 66, numéro 1, année 2000).

Connue comme antipaludéen, mais plusieurs fois pressentie pour d’autres traitements, la chloroquine revient à la Une de l’actualité surtout quand le Président des États-Unis lui-même se saisit du dossier. Fin janvier 2020, l’intérêt pour la chloroquine a été relancée par les conclusions de trois pharmacologues chinois de Qingdao : Jianjun Gao, Zhenxue Tian et Xu Yang indiquaient l’efficacité de la chloroquine dans le traitement du coronavirus Covid-19. Cette opinion favorable a été confirmée par une autre publication de février 2020 de virologues et pharmacologues chinois de Wuhan, l’épicentre mondial de l’épidémie de coronavirus.

«Il est absolument indispensable que l’essai de ce médicament soit réalisé avec une rigueur scientifique», réclame Françoise BarréSinoussi, prix Nobel de médecine en 2008. À cet effet, analysant la littérature scientifique sur les coronavirus SARS et MERS ainsi que les premières publications sur le SARS-COV2 émanant de la Chine, un essai clinique européen baptisé DISCOVERY, dont l’objectif est d’évaluer les meilleures pistes de traitements expérimentaux contre le Covid-19, a démarré le 22 mars 2020.

Outre l’Institut Pasteur, Madagascar peut également compter sur les recherches menées au sein de l’IMRA (institut malgache de recherches appliquées) fondé en 1957 par le Pr Rakoto-Ratsimamanga. La liste est longue des phytomédicaments, à base de plantes médicinales (rotra : eugenia jambolana contre le diabète ; fanazava : mystroxylon aethiopicum, diurétique ; vahivoraka : phytolacca-dodecandra, amaigrissant ; voafotsy : aphloia theiformis, immunostimulant ; satrikoazamaratra : siegsbeckia orientalis, cicatrisant ; ambiaty : vernonia apprendiculata, hémostatique). Rien que parmi les antipaludéens, isolés ou associés, on utilise déjà traditionnellement du tsihanimposa, hasina, sakarivohazo, veromanitra, tsilavindrivotro, menahelika, mandresy, voahirana, retsimilana, ampody, montana…

Le Rova d’ambohimanga avait été jadis entouré d’une forêt de plantes et herbes médicinales. Dans les publications successives, les scientifiques surent reconnaître l’utilité de cette pharmacopée vernaculaire : Les plantes utiles de Madagascar (1910), Catalogue alphabétique des noms malgaches de végétaux (1910), Ody et Fanafody (1913), Les plantes médicinales de Madagascar : catalogue des connaissances chimiques et pharmacologiques (1957), Pharmacopée malgache (1961)…

L’IMRA a développé, en collaboration avec les laboratoires RhônePoulenc, le premier antidiabétique d’origine végétale, le Madéglucyl. auparavant, à partir de Centella asiatica, notre «talapetraka», le Pr. albert Rakoto-Ratsimamanga avait mis au point une pommade cicatrisante, dont le brevet n° 884M a été déposé par les laboratoires Laroche-Navarron (ex Roche Nicholas) : c’est le Madécassol ®, contre l’ulcère gastro-intestinal et l’ulcère externe.

Maintenant que la phytothérapie a été réhabilitée, maintenant qu’un anti-paludéen se retrouve au coeur d’un débat scientifique international dans le combat contre le coronavirus, maintenant qu’on s’est souvenu d’un savoir-faire ancien, la recherche-et-développement malgache peut faire cadeau au reste du monde d’une toujours possible trouvaille.

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