Notes du passé

Des abus devenus « institutions nationales »

La Pointe de sable de Mahajanga en 1935.

Au moment où la France compte établir son protectorat sur Madagas­car, les observateurs français réfléchissent sur la meilleure formule d’utiliser un gouvernement autochtone afin qu’il soit à même de la servir efficacement. Ils hésitent cependant entre l’établissement d’un protectorat qui se fonde sur le gouvernement hova et de plusieurs qui donneront l’autonomie à chaque peuple.

Prenant l’exemple des Sakalava et des Merina et comparant les deux groupes ethniques, A. Martineau fait observer que les premiers, restés fidèles aux Français, ressentent pour la plupart une haine ancestrale à l’encontre des seconds. L’auteur ne manque pas de comparer les atouts et défauts des deux peuplades.

Les Sakalava ont le sentiment d’appartenir à une race distincte, mais qui a perdu sa grandeur passée. Quand ils cèdent Nosy Be en 1840, Nosy Faly et Nosy Mitsio en 1888, c’est « moins pour se mettre sous la protection réelle de la France que pour échapper sans lutte à l’autorité hova ». Ainsi quand ils se débarrassent des Merina au lendemain de la cession de Nosy Be, ils se retournent contre les Français qu’ils assiègent dans la ville naissante de Hellville. « Peu s’en est fallu que les colons français déjà établis dans l’île, ne fussent tous massacrés. »

En outre, dotés de vertus guerrières, ils sont toutefois des nomades qui aiment vivre de pillage. L’explorateur Gautier cite l’exemple du roi du Menabe, « l’Ampanjaka Toera qui, à la tête de bandes armées, se lance chaque année contre ses voisins pour les rançonner. C’est ainsi qu’il gagne de quoi vivre pendant la saison sèche et se repose pendant la saison pluvieuse ».

Tous les ans, d’ailleurs, ces bandes remontent du Sud jusque dans les pays des Antankarana, et reviennent avant l’hivernage avec de nombreux butins précieux (bœufs, esclaves). « Par la tolérance dont ils bénéficient, par l’appui officiel qui leur est quelquefois donné, les Fahavales (dahalo) font en quelque sorte partie des institutions de l’île. »

D’après A. Martineau, l’instauration de la suprématie française permettra sans doute d’arrêter ces exploits de bandes errantes « Je ne sais si les Sakalava nous en sauront gré. Ils aiment mieux vivre d’aventures que de travail régulier, et leur intelligence est trop alanguie pour comprendre les avantages d’une organisation perfectionnée. »

Habitants d’un pays au climat lourd, les Sakalava le subissent alors que les Merina, bénéficiant de la fraîcheur relative des Hautes-terres, font preuve de qualités de travail et d’ordre qui maintiennent leur suprématie.

D’après A. Martineau, pour longtemps encore, les Sakalava ne connaîtront ni les besoins ni le labeur qui seuls créent les familles et les sociétés organisées. « La nature est pour eux pleine de munificence, pourquoi se donneraient-ils de la peine? »

Les missionnaires européens essaient de développer leur esprit, mais n’y parviennent pas. Le Rev. Rostvig, directeur de la Mission norvégienne de Toliara, raconte qu’en vingt-et-un ans de séjour dans le Fierenana et le Menabe, il n’a fait aucun catéchumène pendant son apostolat.

Son école est pleine d’enfants, mais ces élèves, très dociles dans leur enfance, ne prennent goût qu’au chant et à la musique. Devenus adolescents, ils retournent chez eux, en brousse, et perdent jusqu’au souvenir de leurs éducateurs.

De leur côté, les Jésuites essaient d’ouvrir des établissements dans la baie de Baly. Ils y renoncent vite devant l’apathie de leurs paroissiens.

Si les Français optent pour plusieurs protectorats, en particulier celui des Sakalava, ils devront y rétablir l’ordre et mettre fin aux abus devenus institutions nationales pour eux. Mais cela ne sera pas facile et rencontrera de la résistance.

De plus, il faudra les guider et les conseiller dans chacun des actes de leur vie publique, et « les bénéfices à la fois matériels et moraux que l’on doit retirer d’un protectorat disparaissent ».

Dans ce cas, estime A. Marti­neau, le plus simple est « de ne tenir aucun compte des autorités indigènes et leur substituer une administration directe ».

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