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Chronique

Si bien Régions garder

Il avait fait de son journal de «13 Heures», le JT des Régions. Pendant trente-deux ans, neuf mois et neuf jours, du 23 février 1988 au 18 décembre 2020, Jean-Pierre Pernaut aura su «si bien régions garder» (hommage de Télérama, 18 décembre 2020). «Libération», quotidien d’une gauche plus «sans frontières», n’aura pas vraiment aimé «la France heureuse qu’il a enfantée, en carte-postale apéro de son journal de la mi-journée».

Mais, comment ne pas aimer que, par un choix délibéré, il ait refusé de mettre en scène des migrants squattant Place de la République, de donner en spectacle les «gilets jaunes» casseurs de mobilier urbain, de montrer les banlieues qui ne sont définitivement pas la France de mes lectures carte postale.

Depuis ce tremplin du «13 Heures», il a prolongé la logique de l’immersion au coeur du terroir et des traditions: «Les magnifiques métiers de l’artisanat» (livre de 2004), «Au cœur de nos régions: habitat et tradition» (2006), «La France des saveurs» (2007).

Le journaliste «almanach des régions» a su donner à cette tranche d’antenne banale une identité. Incursion quotidienne dans la France dont ne parlent pas toujours les médias nationaux. Les «20 Heures» de TF1 ou de France 2 semblent s’être donnés le mot pour parler simultanément des mêmes sujets: le dernier bon mot d’un Robespierre autoproclamé; les pleurnicheries de la bien-pensance; le scrupule à anonymiser un fanatique au nom du «pas d’amalgame».

Comme le dit Jean-Pierre Pernaut, «il y avait autre chose au-delà du boulevard périphérique». Au-delà du boulevard périphérique, et dans «le désert français», selon l’expression du géographe JeanFrançois Gravier. C’est justement cette «autre chose» que le téléspectateur d’un JT régional veut voir.

«Paris et le désert français» (Portulan 1947, Flammarion 1958, Flammarion 1972) est devenu un ouvrage de référence de l’aménagement décentralisé. «Peut-on fonder l’avenir d’une nation sur une hémorragie interne?», se demandait Jean-François Gravier. Et c’est l’Antananarivo de 2020 que je vois: «gonflement congestif de 4% de son territoire». Mais, déjà aussi le désert malgache au-delà du Grand Tana: «appauvris­sement continu en hommes et en productions de la moitié de ses provinces».

Il nous en faudrait des JT Régions pour donner envie aux originaires d’Ambositra et de Fandriana de revoir leurs belles «Trano Gasy» fermées la moitié de l’année. De convaincre les gens d’Antsirabe ou d’Ampefy ou d’Ambatondrazaka que l’herbe d’Ambohijatovo n’est pas plus belle que là-bas. De faire aimer aux natifs d’Avaradrano l’horizon couleur tanindrazana des «Tamboho Gasy» plutôt que de se barricader dans les villas-prisons de la Capitale.

Mais, c’est même au-delà de chaque capitale régionale et provinciale qu’il faut aller, pour en quelque sorte revenir. Au-delà d’Antsirabe, il y a Betafo. Avant Ampefy, il y a Miarinarivo. Avant qu’elles ne deviennent l’Ikopa, ces eaux-là avaient été la rivière Varahina. Et au-delà des hydronymes, c’est déjà une invitation à arpenter toute une région: Vakiniadiana, Vakinisahasarotra, Vakinimananara… Dans les noms des plus anciennes montagnes, celles que les nouveaux arrivants voyaient en premier de loin, peut-être leur oronyme est-il déjà un mot-fossile: Angavo…

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