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Editorial

Haro sur les « transportueurs »

Ils vont sortir du garage. Les taxi-be de la capitale sont autorisés à servir et à sévir à partir de demain. Des réunions impromptues des patrons des coopératives avec le général Jeannot Reribake, directeur de l’Agence des Transports Terrestres, ATT, ont eu lieu pour préparer cette sortie… par la grande porte. Après des semaines interminables au purgatoire.

Les deux parties ont convenu de respecter certaines mesures pour que ce retour au travail ne soit pas de nature à véhiculer la propagation du coronavirus. Mais le refus systématique des chauffeurs et aide-chauffeurs des taxi-be de se soumettre à la moindre contrainte disciplinaire, une mauvaise habitude ancrée dans leur mode de vie, fait craindre le pire.

Déjà, lors du premier déconfinement du 22 avril, plusieurs véhicules pris en flagrant délit d’avoir outrepassé le Code de bonne conduite ont été envoyés illico presto à la fourrière. Ils ont évoqué des circonstances atténuantes. Ce sont des passagers encore inconscients de la dangerosité du coronavirus qui ont ignoré le port obligatoire du cache-bouche. Ce qui a conduit les agents de la circulation à infliger des pénalités sur le champ.

Mais d’une manière générale, ces renégats, ces récidivistes notoires, ces obstinés par nature, ces têtes de mules incorrigibles ont été à l’origine des désagréments au quotidien pour les usagers pris en otages. Pire encore, ils ont été les « maîtres d’œuvre » des accidents mortels de triste mémoire. Comme celui du 29 avril 2016, « un vendredi noir » toujours présent dans le chapitre des douloureux souvenirs indélébiles.

Par la course poursuite engagée entre deux véhicules de marque Sprinter en rentrant d’une école verte sur la RN4, l’un d’eux a fini son excès de vitesse au fond d’un ravin. Avec à son bord, des élèves de la classe de 10e d’un établissement privé sis à Ambohimanarina. Sept d’entre eux y ont laissé la vie. Une fois partagée sur les réseaux sociaux, la tragédie a provoqué une onde de choc à travers la ville. Jusqu’au sommet de l’État. Hery Rajaonarimampianina a tenu à réconforter les familles éplorées. Alors que le ministre des Transports de l’époque, Benjamin Ramanantsoa a annoncé des sévères sanctions à l’encontre de ses insubordonnés. D’autant que le chauffard du cercueil ambulant, au moment du drame, a été « déclaré positif » à l’alcootest. Dans un état d’ébriété avancée, selon les déductions des premiers éléments de l’enquête.

La colère de la population était telle que beaucoup ont voulu incendier les taxi-be qu’ils croisaient en guise de représailles. Mais une fois que la marche blanche en hommage aux jeunes victimes s’est terminée dans le calme et le recueillement, que les petits corps des innocents aient été enterrés dans la dignité, que les sanglots et les larmes aient eu le temps de sécher, les mesures énoncées par le régime HVM pour ramener ces rebelles sur le droit chemin ont aussitôt disparu de la circulation.

L’anarchie et l’indiscipline ont pris le dessus. Si cette épreuve psychologique et morale n’a pas pu faire « bouger les lignes » des taxi-be, la peur du coronavirus suffira-t-elle à changer quelque chose?

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