Le mépris et la tyrannie des Zarabehavana contribuent à leur déclin. À la mort de Bedoky, son oncle Firaoky lui succède à Ekoaky, mais il est sous la domination des Merina. Le remplacent successivement Tsimilaza et Lahia, dernier roi des Zarabehavana. Quand en 1892, Lahia décède, son frère cadet Karama désigné pour prendre le pouvoir, exige pour les funérailles que tous les ressortissants frontaliers apportent des bœufs et que chaque clan d'un même tombeau soit symbolisé par une femme qui vient d'accoucher. Les tombeaux se comptent à plus de 90 et c'est la coutume chaque fois qu'un roi meurt. Mais tous les sujets réclament que les Zazamena d'Indramarofotsy qui ont perdu leurs droits au trône, apportent eux aussi leur contribution (« bokamena ») à la fête et en tous points identiques à la leur. « Ainsi les Zazamena perdraient à jamais leur rang princier et seraient désormais traités sur le même plan que les roturiers» (Théodore Raharijaona, « Les Antaisaka, des origines à nos jours », 1967). Soutenu par Karama, les Zazamena refusent énergiquement, car en tant que descendants d'Indramarofotsy, fils aîné d'Indramarolona, « ils versaient de vrais pleurs et n'avaient pas besoin de fumer pour faire couler leurs larmes ». La révolte déjà ourdie depuis quelque temps, éclatera bientôt sur tout Mananara. « La masse (des sujets) en ébullition avait unanimement convenu que si les Zazamena allaient bien être dispensés du paiement des bokamena, de son côté elle n'en ferait rien non plus.» Toutes ces difficultés n'empêchent pas cependant la tenue de la cérémonie funèbre, mais cette fois-ci, elle n'est pas alimentée par les habituels « bokamena » et se tient dans une atmosphère tendue. Le prince Karama est élevé au trône, mais tous les sujets restent déterminés à ne plus ployer sous le joug des Zarabehavana. « Ils étaient même décidés à chasser ceux de ces tyrans installés parmi eux et de massacrer sans pitié ceux qui résisteraient. » Les peuples coalisés adoptent deux grands noms, « portés aujourd'hui par les deux importants clans qui forment le groupe le plus nombreux de la population désignée sans exception sous le nom de Antesaka ». Ce sont les Zafimananga (ceux qui sont ressuscités) qui occupent presque toute la rive gauche de la Mananara jusqu'à leur frontière septentrionale avec les Zarafanilihana de la Mananivo; et les Zafimahavaly (ceux qui prennent efficacement leur revanche) qui s'étendent sur la plus grande partie sud du fleuve et pénètrent loin à l'intérieur des terres. Ils s'attaquent d'abord à la principauté de Vohipaho gouvernée par le prince Besoratra. Puis telle une tache d'huile, la révolte gagne du terrain, sans cesse grossie par de nouvelles recrues. Les rebelles se rassemblent au sud de Vangaindrano à Analambahy et repoussent l'offensive des Zarabehavana qui s'enfuient vers Ankarana, poursuivis à leur tour par les Zafimananga et les Zafimahavaly auxquels se joignent les Mpanarivoa, sujets des Zarafanilihana. C'est le 19 avril 1895. Mais l'entente ne dure pas et les Zafimananga jugent plus profitable de laisser à leurs alliés le soin de maintenir le blocus. Eux, « ils allaient se rendre maîtres de toutes les terres ayant appartenu aux Zarabehavana et aux Zarafanilihana » installés loin de leurs territoires. Beaucoup préfèrent d'ailleurs abandonner leurs biens pour sauver leur vie. Car les Zafimananga n'épargnent personne, massacrant ceux qu'ils attrapent. Théodore Raharijaona cite en exemple « l'acte de sauvagerie » commis par les rebelles lors de leur rassemblement à Mariany, à l'ouest de Vangaindrano, avant le déclenchement de leur insurrection. Pendant qu'ils concluent leur pacte de poursuivre leurs ennemis jusqu'au bout, la princesse Baomainty, sœur de Karama, vient à passer. Les révoltés se saisissent d'elle pour obtenir la soumission des Zarabehavana. Sachant qu'elle va mourir, Baomainty demande à être traduite devant un tribunal improvisé qui la jugerait « en toute conscience et équité ». Mais la réponse est simple: «Nous voyons que vous êtes disposée à payer les dettes de vos frères. Et tous ceux qui voulaient porter dignement les noms de Zafimananga et de Zafimahavaly devaient sans exception plonger leur sagaie dans le sang de la princesse. » Ceux qui s'y refusent, sont traités impitoyablement comme les Zarabehavana. Partout, les Zafimananga et les Zafimahavaly aidés des Mpanarivoa continuent de massacrer les Zarabehavana et les Zarafanilihana épuisés par leur fuite continuelle. Le calme ne revient dans tout Vangaindrano « déchiqueté et terrorisé» qu'avec la pacification française, à partir de 1896. Pela Ravalitera
Le mépris et la tyrannie des Zarabehavana contribuent à leur déclin. À la mort de Bedoky, son oncle Firaoky lui succède à Ekoaky, mais il est sous la domination des Merina. Le remplacent successivement Tsimilaza et Lahia, dernier roi des Zarabehavana. Quand en 1892, Lahia décède, son frère cadet Karama désigné pour prendre le pouvoir, exige pour les funérailles que tous les ressortissants frontaliers apportent des bœufs et que chaque clan d'un même tombeau soit symbolisé par une femme qui vient d'accoucher. Les tombeaux se comptent à plus de 90 et c'est la coutume chaque fois qu'un roi meurt. Mais tous les sujets réclament que les Zazamena d'Indramarofotsy qui ont perdu leurs droits au trône, apportent eux aussi leur contribution (« bokamena ») à la fête et en tous points identiques à la leur. « Ainsi les Zazamena perdraient à jamais leur rang princier et seraient désormais traités sur le même plan que les roturiers» (Théodore Raharijaona, « Les Antaisaka, des origines à nos jours », 1967). Soutenu par Karama, les Zazamena refusent énergiquement, car en tant que descendants d'Indramarofotsy, fils aîné d'Indramarolona, « ils versaient de vrais pleurs et n'avaient pas besoin de fumer pour faire couler leurs larmes ». La révolte déjà ourdie depuis quelque temps, éclatera bientôt sur tout Mananara. « La masse (des sujets) en ébullition avait unanimement convenu que si les Zazamena allaient bien être dispensés du paiement des bokamena, de son côté elle n'en ferait rien non plus.» Toutes ces difficultés n'empêchent pas cependant la tenue de la cérémonie funèbre, mais cette fois-ci, elle n'est pas alimentée par les habituels « bokamena » et se tient dans une atmosphère tendue. Le prince Karama est élevé au trône, mais tous les sujets restent déterminés à ne plus ployer sous le joug des Zarabehavana. « Ils étaient même décidés à chasser ceux de ces tyrans installés parmi eux et de massacrer sans pitié ceux qui résisteraient. » Les peuples coalisés adoptent deux grands noms, « portés aujourd'hui par les deux importants clans qui forment le groupe le plus nombreux de la population désignée sans exception sous le nom de Antesaka ». Ce sont les Zafimananga (ceux qui sont ressuscités) qui occupent presque toute la rive gauche de la Mananara jusqu'à leur frontière septentrionale avec les Zarafanilihana de la Mananivo; et les Zafimahavaly (ceux qui prennent efficacement leur revanche) qui s'étendent sur la plus grande partie sud du fleuve et pénètrent loin à l'intérieur des terres. Ils s'attaquent d'abord à la principauté de Vohipaho gouvernée par le prince Besoratra. Puis telle une tache d'huile, la révolte gagne du terrain, sans cesse grossie par de nouvelles recrues. Les rebelles se rassemblent au sud de Vangaindrano à Analambahy et repoussent l'offensive des Zarabehavana qui s'enfuient vers Ankarana, poursuivis à leur tour par les Zafimananga et les Zafimahavaly auxquels se joignent les Mpanarivoa, sujets des Zarafanilihana. C'est le 19 avril 1895. Mais l'entente ne dure pas et les Zafimananga jugent plus profitable de laisser à leurs alliés le soin de maintenir le blocus. Eux, « ils allaient se rendre maîtres de toutes les terres ayant appartenu aux Zarabehavana et aux Zarafanilihana » installés loin de leurs territoires. Beaucoup préfèrent d'ailleurs abandonner leurs biens pour sauver leur vie. Car les Zafimananga n'épargnent personne, massacrant ceux qu'ils attrapent. Théodore Raharijaona cite en exemple « l'acte de sauvagerie » commis par les rebelles lors de leur rassemblement à Mariany, à l'ouest de Vangaindrano, avant le déclenchement de leur insurrection. Pendant qu'ils concluent leur pacte de poursuivre leurs ennemis jusqu'au bout, la princesse Baomainty, sœur de Karama, vient à passer. Les révoltés se saisissent d'elle pour obtenir la soumission des Zarabehavana. Sachant qu'elle va mourir, Baomainty demande à être traduite devant un tribunal improvisé qui la jugerait « en toute conscience et équité ». Mais la réponse est simple: «Nous voyons que vous êtes disposée à payer les dettes de vos frères. Et tous ceux qui voulaient porter dignement les noms de Zafimananga et de Zafimahavaly devaient sans exception plonger leur sagaie dans le sang de la princesse. » Ceux qui s'y refusent, sont traités impitoyablement comme les Zarabehavana. Partout, les Zafimananga et les Zafimahavaly aidés des Mpanarivoa continuent de massacrer les Zarabehavana et les Zarafanilihana épuisés par leur fuite continuelle. Le calme ne revient dans tout Vangaindrano « déchiqueté et terrorisé» qu'avec la pacification française, à partir de 1896. Pela Ravalitera