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Chronique

1960-2022, et alors ?

Ce ne sont pas ces «podiums» bas de gamme, un peu partout, qui feront oublier la dégringolade de Madagascar dans les abysses de tous les classements, à ce point concordants qu’il est inutile d’en nier la réalité.

Et, plutôt que de décibels tonitruants d’animation intellectuelle et culturelle en mode nivellement par le bas, le pays aurait surtout besoin d’une redécouverte historique pour s’essayer à un sursaut moral : que furent les années 1946-1959 et comment en sommes-nous arrivés là ?

Soixante-deux ans pour ça. Le géant naturel de l’Océan Indien devenu la risée des petites îles voisines : La Réunion avait commencé avec l’exportation de ses bonnes occasions 974 ; Maurice a pris le relais avec la subtilisation à Air Madagascar du rôle de compagnie régionale et de la place de «hub» maritime et aéroportuaire ; les Comores enfoncent le clou en se positionnant en alternative de meilleure qualité pour la vanille.

En contrepartie, les seules exportations malgaches évoquent dramatiquement la structure des échanges d’il y a deux ou trois siècles. Les putes ou les domestiques ont pris la place des esclaves tandis que le bois de rose illicite ou l’or clandestin se sont substitués aux zébus sur pied ou au riz.

En fait de riz, c’est à Madagascar que fut tout de même découvert, en 1983-1984 (il y a près de 40 ans) par l’ingénieur agronome jésuite Henri de Laulanié le SRI (système de riziculture intensive qui permet jusqu’à 24 tonnes à l’hectare), pourtant nous semblons le seul pays à ne pas en exploiter toutes les potentialités alors que l’Afrique ou l’Asie en explorent chaque possibilité. Cette récolte au sextuple aurait pu amorcer une souveraineté alimentaire existentielle. Cet «oubli» absurde n’es t pas le moindre des paradoxes d’une île-continent de nouveau travaillée par ses dynamiques internes archipelliennes. Dynamiques internes exacerbées par des intérêts étrangers opportunistes à l’affût de chaque signe de faiblesse d’une société malgache qui a mal à tous ses indicateurs : éducation, santé, alimentation, énergie, équipements, infrastructures, frontières extérieures.

Les marches intérieures avaient pu être ethniques. La ligne de partage actuelle est économique. La prochaine fracture sera religieuse avec le prosélytisme revigoré d’un islam financé par des pétrodollars que les COP surviennent trop tard pour assécher de sitôt tandis que somnolent les églises chrétiennes historiques, héritières d’un XIXème siècle finalement fondateur, et que ne réveillent même pas les alléluia des sectes évangéliques.

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