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Editorial

Sandaleux

Le reportage d’une consœur sur la famine dans le Sud défraie les chroniques. Elle a montré des gens qui font cuire du cuir comme aliment faute de nourriture. Elle a eu peut-être la maladresse de dire que le cuir venait de chaussures usées au lieu de cuir qui sert à fabriquer des sandales. Du coup, elle fait l’objet d’une cabale pour avoir rabaissé les Antandroy. D’aucuns osent affirmer que le cuir est un plat traditionnel du Sud et que cela n’a rien de scandaleux. On fait parler les mêmes personnes qui figuraient dans le reportage pour accuser la journaliste de subornation de témoins.

Les débats sont ainsi complètement déplacés. On accorde plus d’importance au poids des mots qu’à la gravité des maux. Le reportage n’a fait que confirmer ce que l’ONU et le PAM ont annoncé en l’occurrence un désastre humanitaire. Près d’un million-cinq-cent-mille personnes sont gravement menacées si rien n’est fait selon l’ONU. Le PAM, chaque année et depuis plusieurs années, lance une alerte sur la malnutrition infantile dans le Sud. Depuis plusieurs années, depuis la première République, les dirigeants successifs n’ont pas daigné prendre les taureaux par les cornes. Des projets ont été menés pour ne citer que l’Adduction d’eau dans le Sud (AES), les pipelines mis en place par les Japonais en 1990… Mais à chaque changement de République ou de régime, il faut tout refaire. Il n’y a ainsi aucune continuité et on semble même se complaire dans cette situation que certains exploitent à des fins de communication politique.

Tout est peut-être sinon sûrement urgent qu’il est difficile d’établir une hiérarchie. Certes, l’État est pour la première fois en train de s’occuper sérieusement de cette situation dans le Sud à l’issue du colloque sur l’émergence du Sud tenu à Taolagnaro, il y quinze jours mais le programme à long terme tout comme la charité et l’assistanat ne sont pas de nature à solutionner les urgences dans l’immédiat. Les secours nutritionnels ne durent qu’un moment et ne constituent que des palliatifs. D’ailleurs, souvent les gens du Sud ne savent pas quoi faire des nutriments et préfèrent le manioc séché, le maïs ou le cuir aux pâtes et autres céréales qui ne figurent pas dans leur habitude alimentaire. Le même problème a été constaté dans un pays d’Afrique où l’aide alimentaire internationale n’a pas servi à grand chose, les réfugiés préférant le mil ou le sorgho au fromage et au caviar.

La journaliste ne devrait pas être le meilleur ennemi, si on a de l’énergie à revendre, il faut l’investir dans la lutte contre le Kere. Le reste, c’est juste sandaleux.

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