Editorial

Autodidacte

Vous l’avez deviné, autodidacte a désormais un nouveau sens. Il ne s’agit plus de tout apprendre par soi-même tous les métiers auxquels on n’est pas prédestiné et prétendre tout savoir par la suite, mais de produire ses propres voitures. Tous les présidents en ont rêvé depuis 60 ans. Tsiranana avait fait monter des usines d’assemblage des marques françaises Renault, Peugeot et Citroën pendant la première République. Elles ont disparu avec lui. Ratsiraka voulait mieux et en toute indépendance, et avait créé une vraie usine de fabrication de voitures à Fianarantsoa où l’on produit les Karenjy par l’Institut Malgache d’Innovation. Beaucoup d’espoir entourait le projet même si les opposants trouvaient que c’était juste une fantaisie, un caprice. En réalité, il n’y avait que la coque qui était fabriquée localement puisque le moteur est emprunté à Renault. Le prix n’avait rien de cadeau alors que la voiture était affranchie. En outre, il fallait mettre beaucoup d’imagination côté design pour que les modèles ne soient pas le parfait reflet de leur nom à l’image de Mazana, tout en muscle et rien dans le charme ou de Fako, petite benne à ordure. Des prototypes qui n’ont pas été reproduits en série et on comprend pourquoi.

Karenjy a également disparu avec l’ère Ratsiraka. L’usine a cessé de fonctionner pendant longtemps pour renaître de ses cendres depuis quelques années sous l’impulsion d’investisseurs étrangers. Le design n’a pas beaucoup évolué malgré le long confinement mais il a réussi à séduire quelques sociétés et entreprises ainsi que quelques départements ministériels. Un geste patriote qui est resté symbolique. Pour soutenir l’industrie locale, il faut consommer local.

Auparavant un investisseur français du nom de Patrick Joly avait relancé la filière avec la Construction Automobile de Madagascar inaugurée en 2001 à Sambaina Manjakandriana mais qui a été engloutie par la crise de 2002.

Si Albert Zafy n’a jamais été un accro aux bagnoles, si Ravalomanana a préféré jeté son dévolu sur la fameuse marque allemande, Andry Rajoelina reprend la construction automobile avec GasyCar, produite dans le cadre d’un joint-venture avec une société allemande et une société chinoise. Son objectif est d’affirmer une indépendance industrielle et de conquérir le marché africain voire mondial de l’automobile. La production à proprement parler devrait démarrer d’ici trois ans. Si tout se passe bien, le mot autodidacte revêtira tout son sens.

1 commentaire

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  • Ah! « d’ici trois ans » qui tombera par hasard pile au moment de la prochaine élection présidentielle, mais assez vague pour que ce ne soit pas obligatoirement terminé! Excellent!