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Notes du passé

Une Indépendance née de l’insurrection de 1947

Le 30 octobre 1938, les cendres de Ranavalona III arrivent à la gare d’Antananarivo, la manifestation de masse exprimant la montée du nationalisme.

Sitôt la Seconde guerre mondiale terminée, la situation à Madagascar est marquée par l’exaspération de la population devant
l’aggravation des conditions de vie. Pour la guerre qui se produit en Europe, la Grande ile doit donner ses enfants, et les « efforts de guerre » qu’elle doit supporter, entrainent des pénuries diverses et un marché noir dont, finalement, le poids repose surtout sur les paysans. Un « Office du riz » est créé, organisme administratif chargé de la collecte du riz. Procédant par réquisitions et favorisant de nombreuses malversations, la structure est aussitôt « détestée » de la population. Les colons, dont les concessions ne sont rentables que s’ils disposent de travailleurs autochtones à très bon marché, augmentent leur pression avec l’aide de l’Administration pour en obtenir.
C’est durant cette période que naissent « les sociétés secrètes », organisations nationalistes clandestines comme le Parti national socialiste malgaches (Panama) et Jina, sigle dont la signification reste obscure. Elles renouent « avec une tradition déjà ancienne dans le pays et agitent des projets de complots pour chasser l’occupant étranger de la terre des ancêtres », écrivent Fulgence Fanony et Noël Jacques Gueunier, « Documents sur l’insurrection malgache de 1947 ( Foi et Justice,1997) ».
Pourtant, en 1945, à la faveur des nouvelles dispositions sur la « France d’Outre-mer » prises à la libération, nait le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), parti nationaliste légal qui milite pour l’indépendance de Madagascar dans l’Union française et espère l’obtenir par la voie parlementaire. Le Mouvement acquiert rapidement une énorme popularité et les autorités coloniales s’en inquiètent et « soutiennent voire suscitent des mouvements destiner à le contrebalancer ». Mais aux différentes élections organisées, le MDRM remporte succès sur succès et l’administration s’en alarme.

À la même époque, les hommes enrôlés dans l’armée française, les célèbres « Tirailleurs » qui sont restés bloqués en Europe après l’armistice, rentrent au pays en 1946. « Beaucoup étaient persuadés de s’être acquis des droits de la France et croyaient que le système colonial ne pouvaient pas recommencer comme avant… » Leur déception est grande car les discours patriotiques sur l’ « Outre-mer sauveur de la MèrePatrie » sont vite oubliés.

Démobilisés, ils sont renvoyés dans leurs villages où leur réinsertion est difficile après tant d’années d’éloignement et où ils sont
surveillés avec méfiance par les fonctionnaires. Ces anciens combattants sont vite intéressés par les propagandes des sociétés secrètes et aussi du MDRM. Ils deviendront souvent les cadres de l’insurrection à laquelle ils apportent leur expérience militaire et leur prestige.
L’insurrection éclate le 29 amrs 1947 sur la côte Est, « mais les soulèvements prévus dans les grandes villes de Tananarive, Fianarantsoa et Diego-Suarez, sont désamorcés par les autorités ». L’administration saisit le prétexte pour détruire le MDRM et arrêter ses membres, depuis les parlementaires jusqu’aux simples militants, arguant que le Parti a préparé le soulèvement et que son activité légale n’est qu’une simple couverture.

Sur la côte Est où le relief montagneux et la forêt dense se prêtent à la guérilla, l’insurrection tient plus d’un an contre les troupes française vite renforcées. « L’échec final et la répression sanglante ont provoqué un traumatisme dont les répercussions couvrent toute la période suivante ». Y compris les premières années de l’Indépendance. Car pendant longtemps, le souvenir de 1947est associé à des souffrances et des luttes impitoyables non seulement entre les insurgés et les troupes coloniales, mais aussi « entre les Malgaches insurgés et les Malgaches ralliés aux Français »…

Les conclusions des récits de quatre militants de Nosy Be- Dama Robert, le général des insurgés, Patrice Ndrova, le soumis, ainsi que Ahmady bin Mohamed et Mohamed Chei, les militants comoriens- en gardent un souvenir amer. Mohamed Chei, en particulier, martèle en 1997 que les autorités malgaches des régimes qui suivent la décolonisation, ne sont que les successeurs directs des fonctionnaires « qui les avaient arrêtés et torturés en 1947 ». Même dans les années 80, « quand la rhétorique officielle » prétend récupérer le souvenir des luttes de libération, à ses yeux, ce n’est qu’hypocrisie. Et Fulgence Fanony et Noël Jacques Gueunier, de conclure leur brève présentation de ces témoignages de l’insurrection, en soutenant que, de fait, à divers niveaux de l’Administration, tout le monde peut voir que « les puissants du moment sont souvent les fils de ceux qui étaient alors les soutiens du colonisateur ».

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