Chronique

Antananarivo, ruines capitales

«Il n’y a pas si longtemps, quelqu’un proposa Antsirabe comme capitale de l’Imerina. Antsirabe est certes une belle ville, mais de conception manifestement étrangère (…) L’histoire de l’Imerina est articulée autour des rites accomplis sur les douze collines sacrées, au nombre desquelles on ne compte pas Antsirabe. Proposer une translation de la Capitale merina ailleurs que dans l’Avaradrano, et ailleurs que sur une des douze collines, c’est un divorce avec tous les repères qui firent l’Imerina (…) C’est un séisme qui ébranle le Rova de chacune des douze collines» (Chronique VANF, 20 mai 2000).

Merci à Catherine Fournet-Guérin de m’avoir cité dans son livre «Vivre à Tananarive : Géographie du changement dans la capitale malgache» (Karthala, 2007, page 86) parce que j’ai malheureusement grillé les archives de mes Chroniques. Oui, j’avais pu écrire ce qui précède, voilà vingt ans.

À la réflexion, si Gallieni avait mis à exécution les vélleités de désacraliser définitivement Antananarivo et de la rétrograder au rang de ville de province, on n’en serait pas là. Les appétits fonciers et immobiliers et la mégalomanie politique n’auraient pas détruit la Ville des souverains merina, depuis Andrianjaka à Ranavalona III, de 1610 à 1897.

Dans une ville à l’écart du temps, tout Madagascar ne serait pas accouru pour les collèges, les lycées, l’unique Université. Les politiciens n’auraient pas inventé à Antananarivo la place du 13 mai et sa mentalité. Personne n’aurait décapité les collines pour les jeter en remblais dans le Betsimitatatra.

Les tentacules démographiques et automobiles n’auraient pas contaminé un Grand Tana dont le concept n’aurait donc pas existé. Alasora, Imerimanjaka, Ambohijanaka, Ambohi­- trandriananahary, Ambohimanga, Ambohimailala, Ambohibe, Ilafy, Namehana, Ambohidratrimo, Ambohitrimanjaka, Anosimanjaka, Ambohidrapeto, etc., seraient encore des musées vivants de l’histoire royale.

Tout serait encore intact, eaxctement comme à la veille de l’abolition de la royauté par Gallieni, le 28 février 1897 : le marais d’Imerimanjaka, où les princesses vazimba furent inhumées comme les authentiques austronésiennes qu’elles étaient; les rizières du Betsimitatatra ; le Laniera.

Antsahatsiroa se réfléchirait encore dans son lac sacré. Andohalo porterait toujours le «Vatomasina» des couronnements royaux. Faravohitra arboreraient uniquement des Trano Gasy venus tout droit du 19ème siècle. Anosy ne serait pas un lac pollué. La gare ne serait pas à Soarano, ni à Soanierana, et personne n’aurait eu la tentation d’urbaniser les plaines lacustres de l’Ouest. On aurait continué à naviguer d’Analakely à Ambohidratrimo ou Anosy-Avaratra.

Le Rova d’Antananarivo aurait été doucement oublié. Personne n’aurait songé à incendier un symbole endormi. Tous les palais des rois et des reines seraient debout et aucune place vide n’aurait rendu possible l’idée folle d’un Colisée à Anatirova. Antananarivo aurait été une Ville-musée protégée des ambitions comme des rancœurs et à l’abri des règlements de compte comme des folies de grandeur.

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