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Phil Boyle – « C’est le moment d’avoir une vraie relation bilatérale »

Ambassadeur du Royaume Uni, à Madagascar, depuis dix-huit mois, Phil Boyle présente les priorités de sa mission. Une diplomatie dont le principal objectif est d’installer le royaume britannique dans le pool des partenaires bilatéraux de la Grande île.

Comment définiriez-vous la teneur des relations entre Mada­gascar et le Royaume Uni ?
Excellente. Tout se passe très bien. Nous sommes des pays amis. L’histoire commune entre la Grande Bretagne et Madagascar remonte à deux-cents ans, plus longtemps que celle de la Grande île avec n’importe que l autre pays. Le premier traité de diplomatie entre nos deux îles, a été signé entre le roi Radama I et le roi Guillaume. Il est vrai que notre présence ici, depuis l’indépendance, n’a pas été aussi marquée que pour les autres pays. C’est une chose que je voudrais changer en affirmant la présence britannique dans des domaines comme le développement durable, la lutte contre la pauvreté, la conservation de l’environnement et le domaine des affaires.

Comment comptez-vous affirmer cette présence britannique dans le paysage diplomatique malgache?
Nous avons rouvert notre ambassade, en 2013. Nous sommes, actuellement, deux diplomates britanniques ici avec un dispositif malgache de huit personnes. Il faut augmenter notre dispositif ici et je suis en train de le faire. J’espère avoir un conseiller en développement, une autre personne qui travaillera dans le domaine de l’environnement. La chose la plus importante est, toutefois, d’être plus présente comme bailleur bilatéral.

De quelle manière ?
Une aide de 60 millions de dollar par an, est allouée par le Royaume Uni, à Madagascar. Cela se fait, toutefois, par une voie multilatérale. Je voudrais que nous ayons notre propre programme ici, surtout dans le domaine de l’éducation de l’eau potable et de la santé mère-enfant. Je travaille dans ce sens. Il y aura, également, un programme pour la conservation de l’environnement. Plusieurs ONG [organisation non gouvernementale] britannique travaillent déjà dans ce domaine dans la Grande île, depuis des années. C’est la raison pour laquelle, le 4 juin, jour de notre fête nationale et, également, la célébration de l’anniversaire de la Reine, à Madagascar, aura pour thème de protection de l’environnement. Ce sera une opportunité pour promouvoir nos ONG et soutenir leurs actions.

En parlant de relation multilatérale ou bilatérale, quelle conséquence le Brexit pourrait avoir dans la coopération entre nos deux pays ?
S’agissant des relations entre Madagascar et le Royaume Uni, il n’y a aucun risque. Nous voulons, comme je l’ai dit, renforcer notre relation avec la Grande île. Il y a des points techniques, surtout dans les traités de commerce. Notre traité de commerce avec Madagascar passe par celui conclu avec l’Union européenne. Mais, nous allons, immédiatement, entamer les démarches pour conclure un nouveau traité de commerce tout de suite après le Brexit. Je pense que ce sera, aussi, une occasion pour les pays émergents comme Madagascar, d’explorer de nouveau marché, puisque même après le Brexit, la Grande Bretagne restera la 6e économie mondiale. Inversement, ça pourrait être une opportunité pour les investisseurs britanniques de venir ici. Chaque jour, je reçois des appels de la Grande Bretagne pour savoir ce qu’il faut faire pour venir investir à Madagascar.

Le Brexit vous permettra donc de vous émanciper de l’Union européenne, s’agissant de la coopération.
Peut-être, mais en tout cas, ce ne sera pas pire. Avec ou sans le Brexit, nous comptons renforcer la coopération bilatérale entre nos deux pays.

Il y a eu un temps où le Royaume Uni a fermé son ambassade à Mada­gascar. L’ambassade malgache à Londres a, également, été fermée. Y a-t-il un froid entre nos deux pays ?
Je n’utiliserais pas le mot froid, parce que les relations ont toujours été amicales entre nos deux îles, mais je comprends qu’il y avait un certain regret ici, lorsque nous avions fermé notre ambassade, c’était en 2004 ou 2005, si je ne me trompe pas. C’était la décision d’un ancien gouvernement. Tout ce que je peux dire maintenant, c’est plus jamais ça. Pour l’avenir, nous resterons ici, nous allons renforcer notre présence ici. Mada­gascar, aussi, à rouvert son ambassade à Londres, il y a deux ans, et nommé un nouvel ambassadeur. Ce qui est une bonne chose, puisque, je pense qu’il est temps pour Madagascar de s’affirmer sur la scène internationale, de faire entendre sa voix et défendre ses intérêts et promouvoir votre belle île.

Qu’est-ce qui a motivé la réouverture de l’ambassade, à Antana­narivo ?
Cela fait un peu plus de six ans que nous avons rouvert notre ambassade ici. Sur le plan diplomatique, c’est toujours bon d’avoir une ambassade presque partout, si on en a les moyens. Nos objectifs sont, comme je l’ai déjà décrit, l’environnement, le développement durable, l’investissement et les affaires. Ce sont les raisons pour lesquelles nous avons rouvert notre ambassade. J’espère pouvoir annoncer exactement ce que nous allons faire, dans les prochains mois, voire durant la célébration de notre fête nationale.

Est-ce une réactivation des activités britanniques ?
Cela ne veut pas dire que nous n’avions pas été, ou ne sommes pas actifs, à Madagascar. Comme je l’ai dit, nous contribuons à hauteur de 60 millions de dollars aux appuis multilatéraux à la Grande île. C’est juste le moment d’avoir, également, une vraie relation bilatérale. Ce n’est pas seulement à Madagascar que nous avons ouvert une nouvelle ambassade. Durant les cinq dernières années et pendant les cinq prochaines années, nous allons ouvrir des représentations dans plusieurs pays, comme le Tchad, au Niger, Djibouti, notamment, des pays francophones en Afrique. Notre ministère des Affaires étrangères a une nouvelle stratégie pour l’Afrique, qui est d’avoir une présence plus importante dans les pays francophones.

Serait-ce pour concurrencer d’autres pays ?
Ce n’est pas pour rivaliser avec d’autres pays. En tant que 6e économie du monde, titulaire d’un siège permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies et pays dirigeant de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord], nous estimons important d’avoir une présence un peu partout, y compris à Mada­gascar.

Cette nouvelle orientation diplomatique vis-à-vis de l’Afrique et des pays francophones ferait-elle partie d’une préparation au Brexit afin de s’émanciper de l’UE sur le plan diplomatique ?
Je pense que nous avions toujours été émancipés, même en étant membre de l’Union européenne. Certes, il y a eu un vote en Grande Bretagne où la majorité de la population a voulu quitter l’UE. Les négociations avec l’Union européenne sont toujours en cours pour résoudre cette question. Il n’y a, cependant, aucun lien entre le Brexit et nos ambitions à Madagascar et dans les pays francophones en Afrique. Si et, je parle ici de manière hypothétique, si nous restons dans l’UE, nous allons continuer de faire exactement la même chose.

La première ministre Theresa May, vient de démissionner. Cette décision qui s’accompagnera d’un changement de gouvernement, ne risque-t-il pas d’avoir des conséquences sur la politique étrangère britannique vis-à-vis de pays comme Madagascar ?
En fait, Theresa May reste en place, pour l’instant. La démission concerne le poste de chef du parti conservateur. Elle restera au pouvoir, jusqu’à la nomination de son successeur, probablement, en juillet. Le choix de son successeur appartient au parti. J’imagine que, qu’importe la personne désignée par le parti pour la remplacer, il n’y aura aucune conséquence sur nos relations qui je, le réitère, sont excellentes.
Si je ne me trompe pas, un litige sur un contrat d’exploration de pétrole de British Pretroleum (BP), a été l’une des raisons de la fermeture de l’ambassade britannique, au début des années 2000.
Je ne pense pas, puisque British Petroleum est là. Ils ont commencé la première phase du projet d’exploration de leur bassin de Mahajanga. Ils sont là depuis près de deux ans. Ils devront décider de commencer la phase 2 de leur exploration. Si je ne me trompe pas, le bloc d’exploration était pour Exxon Mobil et non pas BP. British Petroleum a acheté ce bloc il y a quelques années et non pas, en 2005.

Les travaux d’exploration de BP se passent-ils bien ?
Tout se déroule sans encombre. Tout se passe bien pour l’instant, mais ce n’est que le début. Dix-huit mois, ce n’est rien dans le domaine de l’exploration pétrolière. Ils sont, cependant, optimistes.

L’ambassade du Royaume Uni, à l’instar d’autres représentations diplomatiques, aura-t-elle une posture protectionniste envers les intérêts britanniques, à Madagascar ?
Quelles sont nos intérêts ici ? Il n’y a pas d’entreprise britannique à chaque coin de rue du pays. Il y a, à peu près, deux-cent de nos ressortissants qui habitent ici. Nous nous intéressons à la lutte contre la pauvreté et au développement. Alors, oui,
j’aurais une approche protectionniste de cette politique de lutte contre la pauvreté. Je n’ai pas de grandes entreprises à défendre. BP, par exemple, n’a pas besoin de moi pour défendre ses intérêts. Ce que je veux dire, c’est que nous ne sommes ici, en tant qu’ami, pour soutenir la population malgache, c’est tout.

Dans ce sens, comment voyez-vous la nouvelle administration ?
Préalablement, je tiens à souligner que la Grande Bretagne est neutre, vis-à-vis de la politique malgache, vraiment neutre. Dans un entretien, juste avant l’élection présidentielle, j’ai dit que le Royaume Uni est prêt à travailler avec celui que la population élira. Que pour nous, ce qui compte, c’est la légitimité de cette élection. Moi et tous les autres observateurs, avons trouvé que l’élection a été légitime. Je trouve que cette nouvelle administration a beaucoup d’ambition avec son plan
d’émergence pour Madagascar.

Justement, quel est votre avis sur les ambitions du pouvoir ?
Je m’entretiens fréquemment avec les membres du gouvernement pour savoir ce que nous pourrions faire pour soutenir la lutte contre la pauvreté. Le pouvoir n’est, néanmoins, en place que depuis près de six mois. J’estime que c’est un peu tôt pour donner un avis sur la réalisation ou non de ses ambitions. Il faudra peut-être me reposer la question au bout d’un an, ou dans cinq ans. Je suis, pour l’instant, impressionné par le niveau d’ambition et leur disponibilité à travailler avec les partenaires internationaux dans la réalisation de ses ambitions et j’apprécie cela.

À quelles conditions les investisseurs britanniques pourraient se ruer vers Madagascar ?
Vous avez un énorme potentiel pour attirer des investisseurs. Vous avez de gros potentiel en matière de ressources naturelles, une population jouissant d’un bon niveau de compétence. S’il y a un bon niveau de gouvernance, un climat d’investissement attrayant, il n’y a aucune raison pour que Madagascar reste l’un des pays les plus pauvres au monde. Je pense qu’au bout de vingt ans, la Grande île, à l’instar de Maurice, ou du Ghana, pourra se développer rapidement. Jusqu’à maintenant, Mada­gascar a raté le coche en matière de gouvernance. J’espère que cela va changer.
De notre échange, on sent que vous avez un attachement particulier à la protection de l’environnement.
Oui. Je voudrais être l’ambassadeur vert, à Madagascar. Pour moi, les sujets les plus importants dans le monde sont, le réchauffement climatique et l’extinction biologique. C’est une urgence que nous commencions à redresser cette situation. Madagascar, a été le premier choix pour moi lorsqu’on m’a demandé où je veux être en poste comme ambassadeur, en raison surtout de sa biodiversité unique au monde. C’était, aussi, pour changer l’orientation de notre ambassade, ici. Pour Madagascar, il faut renforcer le reboisement et arrêter de déboiser. Je ne dis pas ça pour donner une leçon, mais je connais une île qui a coupé 100% de ses arbres. Où il n’y a aucune forêt primaire. Cette île c’est la Grande Bretagne, mon pays.

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