Chronique

Das Haus «Trano Gasy»

Le Goethe Zentrum/Cercle Germano-malagasy s’était amusé à se délocaliser à Ankadifotsy-Ambatomitsangana depuis le 5 mai. «Das Haus», la Maison, dont c’était le nom de concept, vit plusieurs ateliers de performance se succéder, et, au fil des vingt jours, de nombreuses conférences débattèrent de thèmes aussi divers que «Les enjeux de la créativité dans une société mainstream», «À qui appartient la Ville ?», «Tomber les vêtements : art et nudité», «Habiter la Ville» ou «Femme : objet politique, objet culturel».

Grâce aux centres culturels , Institut Français de Madagascar ex-Centre Culture Albert Camus pour la France, et Goethe Zentrum/Cercle Germano-malagasy pour l’Allemagne, les artistes malgaches se découvrent des audaces que ne leur permet pas toujours la société locale. Mais, plus fondamentalement, ces deux centres culturels, dont la vocation première est naturellement le rayonnement linguistique et culturel de leurs pays d’origine, entretiennent depuis plusieurs décennies un espace que n’a jamais su proposer le ministère malgache de la Culture.

Le choix de Das Haus s’était porté sur une belle demeure traditionnelle, la «villa Martrat». Celle-ci, avec son toit en tuiles ocres à double pente, ses murs de briques apparentes, sa varangue circulaire soutenue par de fins et hauts piliers, figure parfaitement ce que les Tananariviens appellent affectueusement «Trano Gasy», heureux résultat d’un syncrétisme architectural apparu dans le dernier tiers du 19ème siècle. Dans ce même quartier d’Ankadifotsy, l’on se souviendra longtemps d’un autre spécimen, la «maison de Rainimboay», un officier malgache au service du Premier Ministre Rainilaiarivony, demeure emblématique qu’aucun plan de sauvetage ne vint sauver d’une destruction irrémédiable en 2003.

Car, ils sont désormais en voie de disparition nos chers «Trano Gasy» qu’il faudrait sauvegarder contre leurs propriétaires pas toujours conscients d’habiter un joyau architectural : sur la Ville collinaire, dans la Ville moyenne, à Ambanidia, à Ambohimanarina, à Ambodimita, etc. Le joli village d’Ambatomanga à l’Est de l’Imerina, par lequel devaient transiter tous les visiteurs occidentaux du 19ème siècle, nous en offre le spectacle d’un des derniers écrins intacts. Les amoureux de la vieille ville de Fianarantsoa s’étaient mieux organisés, et c’est tant mieux.

Ce que ni le Fanjakana foibe (l’administration centrale) ni la Ville d’Antananarivo ne surent faire, surmontant la menace qui plane sur de nombreux «Trano Gasy» en situation d’indivision, pourquoi donc supposé-je que les centres culturels français ou allemand auraient pu le réussir ?
Un «Das Haus» délocalisé ici pour insuffler la vie à une demeure vide ; un «Trianon» à imaginer là pour donner de la visibilité et interpeller des pouvoirs publics négligents et une opinion éponyme apathique. Quelque chose, un symbole, des actes.

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