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Éternel retour

Si Nietzsche, dans ses évocations de l’éternel retour, professait une sorte d’éthique qui consiste à nous inviter, avant d’entamer un virage important qui se présente sur la longue route de nos vies ou sur celles d’autrui, à nous interroger si on veut que le choix de cette direction et ses conséquences se répètent indéfiniment. Si la réponse est oui, la trajectoire envisagée, qui n’attend que la décision de notre libre-arbitre, vaut la peine d’être prise ; si on sait qu’elle est remplie de ravins mortels, la perspective de revivre éternellement le drame entrevu fait qu’emprunter un autre choix offert par le carrefour serait plus judicieux. Dans notre courte histoire, on s’est déjà retrouvé plusieurs fois aux mêmes bifurcations, et on a toujours emprunté un même chemin qui, pourtant, aboutit à un gouffre sans fond. Combien de révolutions, indisso­ciables à une fameuse triste place, et qui étaient en fait des avatars d’un même prologue de la même catastrophe, ont enterré encore plus notre pays moribond depuis déjà bien longtemps ?

Combien de fois a-t-on, lorsqu’arrivés à la même croisée des chemins où on nous a consultés pour décider de l’avenir du pays par la voie des élections, avons nous tout simplement appuyé sur le bouton « retour » ? Les mêmes épisodes sont alors revus avec donc toujours les mêmes péripéties, les mêmes dénouements qui sont pourtant redoutés. George Santayana, en disant que « Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter », nous a peut-être donné la clé pour comprendre cet enfermement dans ce cycle infernal.

Selon le philosophe John Locke, l’identité personnelle peut se résumer à la conscience qu’une personne a d’elle-même. Cette conscience de soi est construite par l’histoire du sujet, par le présent et le passé qui demeure grâce à la mémoire dont le riche contenu constitue cette identité personnelle. Si l’identité humaine est préservée par la mémoire, celle d’un peuple est aussi conservée par son histoire qui ne devrait pas être jetée dans les poubelles de l’oubli. Mais la réalité, aux antipodes de cette règle d’or, est que, comme le personnage du film Memento (C. Nolan, 2000), on souffre d’une dangereuse amnésie qui nous maintient prisonniers dans un dédale où nos repères se perdent, on revient alors éternellement aux mêmes endroits qui nous ont, pourtant, tant meurtris.

La méconnaissance de notre histoire est une maladie à l’état critique dont le principal symptôme est la répétition pathologique des mêmes fautes qui nous enfoncent dans une crise sans fin. Guérir de cette maladie passe nécessairement par la reconquête de notre identité à travers la reconquête de notre histoire et ainsi retenir ses leçons pour ne plus reproduire les mêmes erreurs.

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