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Chronique

Pagaille atavique

Pagaille, bordel et foutoir, lors du paiement des bourses universitaires à Ankatso. Des centaines d’étudiants massés devant le gymnase alors que la jauge des rassemblements est limitée à 200 personnes respectant la distancia­tion sociale. Et une distribution se pro­longeant jusque tard dans la nuit.

Il y a trente ans, c’était déjà le même cafouillage. Sauf qu’à l’époque, l’informa­tique en était à ses premiers balbutiements et les mots de «numérique» ou «digital» de la science-fiction. Surtout, il y a trente ans, aucun coronavirus ne rôdait qui risque de transformer le moindre rassemblement public en cluster. On aura mis plusieurs décennies après 1960 pour épargner aux retraités l’interminable attente, debout sous la pluie ou chancelant sous le soleil, aux portes du «Trésor» à Antaninarenina.

On aura donc déjà perdu trente ans dans l’organisation de la distribution des bourses universitaires. Gymnase, Cathédrale Droit, Cathédrale Médecine, Bibilothèque Universitaire, les quatre points de distribution. C’est comme si les fonctionnaires de la République devaient défiler au gymnase de Maha­masina, à celui d’Ampefiloha, aux Tranompokonolona d’Analakely ou d’Isotry, voire sur le parking d’un super­- marché, pour toucher leur dû.

Heureusement que non, puisqu’il y a les guichets des banques, les caisses du Trésor, les bureaux de la Poste pour ce faire. Et c’est à ces mêmes endroits dédiés aux manipulations de numéraire que devrait se dérouler la distribution des bourses universitaires. En attendant de franchir un autre gap qualitatif vers le Mobile Money: si le taux de bancarisa­tion reste faible, par contre, les transac­tions via MVola Telma, Orange Money ou Airtel Money, sont entrées dans les moeurs.

Il faudra également que rentre dans les moeurs l’art de bien faire la queue. Avec un principe élémentaire fondamental: attendre son tour en gardant une distance de courtoisie sociale. Les étudiants n’ont pas le monopole de l’agglutination: aux caisses de la Jirama, ce sont les préposés eux-mêmes qui invitent ceux de derrière à s’avancer alors que celui de devant attend encore l’impression de son reçu; même dans les banques, avant que quelqu’un ne transpose enfin ici l’idée CM1 d’un numéro d’ordre, les clients se pressaient les uns contre les autres comme si ceux de derrière pensaient arriver plus vite en compressant ceux qui les précèdent.

Finalement, attroupement sans queue ni tête à l’Université, hâte frénétique aux guichets de la Jirama, ou dépassement intempestif des taxibe dans les embouteillages d’Andraharo, c’est le même ressort psychologique qui explique l’incapacité à laisser un mandat présiden­tiel aller à son terme constitutionnel. Le «tsy mahandry tantana» serait donc culturel.

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