Notes du passé

Un accès indispensable à la mer pour Radama Ier

La baie et le port de Toamasina, au début du XXe siècle.

«Aussi loin que s’étendent nos connaissances sur Madagascar, nous voyons fleurir un sorte de commerce très spécial, la Traite qui consistait pour les Malgaches à troquer des esclaves contre des marchandises apportées par les négociants qui commerçaient sur les côtes du pays. Il y avait là un trafic important, tant sur la côte Ouest que sur la côte Est, fréquentées toutes deux par les Arabes et par les Européens » (Jean Valette, archiviste-paléographe, causerie sur le règne de Radama Ier, prononcée à la radio Hautes Études de Tananarive, 1961).

Jusqu’aux dernières années du XVIIIe siècle, la traite ne doit toucher que les régions littorales, les seules en contact avec l’étranger, sinon « les seules à être arrivées à un certain degré d’organisation ».

À cette époque, le pays merina, l’Ankova pour certains auteurs, est encore divisé en plusieurs principautés et n’a aucun accès à la mer. Ainsi, il n’aurait pu participer à la Traite qu’en utilisant des intermédiaires, malgaches ou européens. « Or, nous savons qu’il fallut attendre 1777 pour qu’un Européen, le Français Mayeur, pénétrât en Imerina. Tananarive même ne fut atteinte qu’en 1808 par Hugon. »

Selon l’auteur, les Merina ne devaient d’ailleurs pas disposer à cette époque d’un grand nombre d’esclaves, car la grande source en est la guerre et la guerre en pays étranger. Pourtant, avant 1787, les Merina ne se battent qu’entre eux, « au hasard des caprices de leurs roitelets ».

« Ces guerres entre frères ennemis qui devaient néanmoins ressentir leur origine commune, ne devaient pas être meurtrières. D’autant que livrées par des armées peu nombreuses, elles ne laissaient qu’un faible butin en prisonniers. » En fait, ce sont plutôt les peuples voisins, Sakalava, Manendy, Sihanaka et Bezanozano, qui se livrent à de fructueuses razzias en pays merina. « Razzias d’où ils ramenaient, n’en doutons pas, de nombreux prisonniers. »

Puis arrive Andrianampoinimerina, souverain qui sait d’abord réaliser sous son égide l’unité du peuple merina, après des luttes parfois difficiles qui durent jusqu’en 1790 environ. C’est à partir de cette date- « les dissidents matés et ses forces bien en main »- que le grand monarque songe à déborder des frontières traditionnelles de son peuple.

Les premiers heurts ont lieu avec les Bezanozano (du côté de Moramanga) qui, à l’occasion de troubles antérieurs, ont pénétré en Imerina et occupé Ambatomanga, à 30 km à peine d’Antananarivo. Ensuite, les Manendy et les Sihanaka sont attaqués à leur tour et soumis, d’une façon temporaire pour les seconds.

Andrianampoinimerina se tourne alors vers le Sud. Après avoir conquis des régions quasi désertiques, il pénètre dans l’Ankaratra, puis à Faratsiho où habitent à l’époque des colons merina. Il se trouve ainsi en contact avec les Betsileo qu’il réduit en les combattant ou en traitant avec eux. Là, il s’agit de luttes en pays ennemi où les adversaires, tels Raomanalina, roi de Lalangina, opposent une résistance farouche.

Ces guerres de conquête se poursuivent en s’amplifiant sous son successeur, Radama Ier (1810-1828). Dès son avènement, le jeune souverain doit mater une révolte des Bezanozano d’Ambatomanga, puis mener une dure campagne contre Ambositra « qui fut complètement rasée ».

D’où une abondance de butins et, en particulier d’esclaves, dont l’écoulement posait aux Merina des problèmes «qu’ils n’avaient pas connus jusqu’alors. »

C’est la raison essentielle qui incite Radama Ier à entreprendre la conquête de l’Est et à obtenir ainsi un accès à la mer. Accès « qui se révélait nécessaire pour commercer librement et se passer des intermédiaires antalaotra et européens ».

Cette notion dut s’imposer à l’esprit du roi merina dans les années 1814-1815 et, chose capitale pour l’évolution de son peuple, elle se rencontre avec la politique malgache de Sir Robert Farquhar, alors gouverneur de l’île Maurice.

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