Chronique

Bonjour, Manjakamiadana

J’ai la chance de pouvoir admirer, chaque matin, Manjakamiadana, depuis mon balcon. Vous, qui avez en visuel Ambohimanga, Ambohidratrimo, Ilafy, Antsahadinta, Ambohitrandriananahary, ou un autre monument historique en quelque endroit de Madagascar que vous soyez, ne vous privez pas de lui adresser une pensée chaque matin.
Je connais des gens qui habitaient Mahamasina, Ambohidahy ou Ambohitsorohitra, et qui voyaient Manjakamiadana tous les jours, mais qui n’ont jamais songé à se rendre au Rova. Pensant que le Rova serait toujours là. Que Manjakamiadana est immuable. Quand survint l’incendie du 6 novembre 1995, ils étaient les plus malheureux de la Terre.
Paul Valéry (1871-1945), victime intellectuelle du nazisme, disait fort justement que «nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles». Le génocide de millions de Juifs est un tel crime qu’il en perdrait presque son inhumanité, tellement inconcevable qu’il se situe au-delà du mot de barbarie. Mais, c’était aussi un crime lointain, et il faut un effort d’empathie intellectuelle pour s’en sentir concerné. À l’inverse, l’incendie d’Andafiavaratra, l’incendie au Rova d’Ambohidratrimo, l’incendie de Manjakamiadana, interpelle plus directement. Cela se passait sous nos yeux.
C’est tellement humain d’être plus concerné par un événement proche, dans le temps et dans l’espace, mais également par affinité. Un génocide, qu’il soit arménien, juif, khmer ou tutsi, est tellement considérable qu’au lieu d’interpeller la part d’Humanité en chacun de nous, son ampleur même, en dépassant tout entendement, nous le rendrait presque inaudible. Malgré la mondialisation déjà à l’oeuvre à leur époque, mais qui a jamais vraiment prêté attention aux génocides khmer ou tutsi pendant qu’ils se déroulaient ?
George Bernard Shaw (1856-1950) pouvait dire que l’indifférence est l’essence de l’inhumanité. C’est cette indifférence, c’est cette inhumanité qui avait permis que le Rova et son palais emblématique Manjakamiadana, brûlent en 1995. Indifférence à l’Histoire, indifférence à la Culture, indifférence au patrimoine. Chaque matin, je dis «bonjour, Manjakamiadana».

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