Chronique

Chronique de VANF – Échapper à ses fuites

Une vieille Chronique écrite un 23 décembre 2014. Cinq ans qui n’ont pris aucune ride. «Antananarivo une ville à fuir» ? Les Tananariviens, englués quotidiennement, et tout au long de l’année, dans d’interminables embouteillages, ne voudraient certainement pas un malus de bouchons pour décembre. Entre le podium installé en pleine rue à Antaninarenina, les marchands qui sont invités à demeurer sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Analakely, le «bazar de Noël» qui squatte tout Mahamasina, le centre-ville est un enfer automobile. Et comment marcher par cette canicule. Et où marcher quand trottoirs et chaussée sont surpeuplés. Loin de ce vacarme censément festif, loin de ce commerce obligatoire, loin de ces joyeusetés populeuses, loin de la chaleur de promiscuité. Loin : le Tananarivien autochtone a déjà fui, dans sa tête.

Antananarivo, dernière quinzaine de décembre. Des embouteillages partout, une chaleur caniculaire, le vacarme des publicités sur la voie publique… Pour ceux qui restent sur Tana, les manifestations commerciales se multiplient : mais, ironie paradoxale, l’engorgement des rues déjà étroites et encombrées, que provoque cet afflux de marchands et de leurs clients, empoisonne justement la vie des Tananariviens décembristes.

Antananarivo, une ville à fuir désormais ? Sa fortune actuelle a commencé quand Andrianampoinimerina (à la fin du 18ème siècle) fit venir sur Antananarivo les gens de l’Avaradrano (qui devaient garder leur tombeau au tanindrazana : ce qui explique que nombre de Tananariviens reviennent sur le terroir ancestral pour un fandevenana, pour un fetin’ny taranaka, voire pour le culte du dimanche). Débordant de sa colline originelle, la Ville est descendue progressivement dans la plaine nourricière qui est désormais de moins en moins Betsimitatatra, en cette année 2014.

Le centre-ville est saturé : moins à cause d’une densification de l’occupation, loin d’être optimale, que par faute d’organisation de l’espace, de l’habitat et de la voirie. Mais, habiter hors des six arrondissements, en direction de l’Avaradrano, au-delà du by-pass de l’Est, sur l’axe Ampitatafika-Fenoarivo ou vers Ambohibao-Ivato, etc., suppose des contraintes que vient alourdir l’absurdité du réseau routier : toutes les entrées/sorties de la Ville sont excessivement saturées et c’est un enfer que de s’y retrouver coincé aux heures de pointe de la grande transhumance (flux et reflux) de notre Humanité grégaire.

Les nouveaux pôles urbains n’existent pas encore. Leur viabilité suppose un changement des mentalités : pourquoi ceux qui habitent Soanierana, Ampasampito, Ambolokandrina, etc., se croient-ils toujours obligés de venir faire leur marché à Analakely, saturant la circulation de leur déplacement inutile ? L’axe Ivato, par exemple, dispose d’agences des principales banques de la place, de supermarchés, de stations-services de pratiquement toutes les compagnies pétrolières, voire d’un hôpital de référence si l’hôpital de la route-digue était véritablement aux normes : sauf que les habitants d’Ambohibao-Ivato travaillent encore sur Tana-Ville, alimentant le trafic automobile d’Ambohimanarina et saturant l’axe 67 hectares-Andohatapenaka…

Il faut se rendre à l’évidence : la centralité d’Antananarivo (Tanàna an’ivo) dépasse les faibles moyens dont une Ville-Capitale est censée disposer. Le laisser-faire est devenu un anarchique laisser-aller, et l’administration (communale et centrale) court sans cesse après le fait accompli. Question : à partir de quel seuil, la centralité asphyxie la centralité ?

L’urbanisme d’Antananarivo est déjà une question d’aménagement du Territoire. S’agissant d’une Ville-Métropole (plus d’un million d’habitants), le problème touche au régional et déborde vers le national. Laboratoire trop longtemps laissé en friche, Antananarivo risque de devenir le mauvais modèle d’organisation pour les autres chefs-lieux vers lesquels les Tananariviens fuient régulièrement dès qu’ils le peuvent : Antsirabe, Toamasina, Majunga, etc.

Le rapporteur de la loi sur le redécoupage projeté d’Antananarivo devrait être alimenté sur ces considérations. Les réflexions commencent bien longtemps en amont de la délibération parlementaire. Pour mieux retrouver Antananarivo, et en mieux.

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