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LUTTE CONTRE LA CORRUPTION – Des efforts restent à faire

Le directeur général du Bianco a été direct durant  ses prises de parole, hier. 

Comme l’impose la loi sur la lutte contre la corruption, le Bianco a effectué son rapport annuel, hier. Une première sortie médiatisée depuis plusieurs mois, au cours de laquelle des faits entravant les efforts anti-corruption ont été dénoncés

 

Une responsabilité collective. C’est ainsi que le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), présente la guerre contre ce fléau. Il a présenté le rapport de ses activités durant l’année 2021, hier à son siège, à Ambohibao. Le document et les discours d’hier donnent un aperçu des efforts qui sont encore à faire pour une lutte efficace.

Renforcer la volonté politique et bannir toute velléité d’ingérence, est une des recommandations faites par le Bianco. Traduire en acte les discours sur la volonté d’annihiler la corruption est un classique dans la «to do list», pour renforcer la lutte. Hier, Laza Eric Donat Andria­nirina, directeur général du Bianco, a souligné que cette volonté doit se traduire en acte du sommet jusqu’à la base. Il s’agit de démontrer par les actes la probité tant affirmée, mais aussi, donner les moyens suffisants aux entités chargées de lutter contre la corruption.

Le patron du Bureau d’Ambohibao souligne, aussi, qu’endiguer le fléau est une responsabilité qui incombe à tous les citoyens. «C’est ensemble que nous pouvons vaincre la corruption. Il s’agit d’une prise de conscience individuelle, mais aussi collective», déclame le numéro un du Bianco, en soulignant que la corruption est le principal frein au développement du pays. Une hausse des doléances investigables, ainsi qu’une hausse des résultats d’enquêtes remis à la Justice ont été notées dans le rapport présenté, hier.

Le Bianco enregistre une hausse de 30% des dossiers investigables pour le compte de l’année 2021, par rapport à 2020. Quatre-cent-vingt dossiers ont, aussi, été transmis à la Justice en 2021, soit plus du double des chiffres de 2021. Seulement, Laza Eric Donat Andrianirina concède qu’en partie, ces données indiquent aussi une hausse des cas de corruption. Le patron du Bureau d’Ambohibao regrette, notamment, «une prolifération des détournements de deniers publics, dans différents secteurs et à tous les niveaux».

Tentative d’esquive

Pour l’année 2021, les Collectivités territoriales décentralisées (CTD), sont en pole position des entités ayant fait l’objet de plus de doléances pour corruption ou malversations financières. À entendre les discours d’hier, les détournements de deniers publics et abus de fonction sont les types de délits les plus fréquents. En réponse à une question de Justin Tokely, ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, le directeur général du Bianco a soutenu que l’objectif est, justement d’obstruer toutes les ouvertures menant à ces méfaits. Au sujet de la lutte contre les tripatouillages des deniers publics, le Bianco met en avant l’importance de la digitalisation. «La technologie, la digitalisation de la gestion des deniers publics est l’avenir, une des clés de la lutte contre la corruption», soutient Laza Eric Donat Andrianirina. Une position affirmée dans la liste des perspectives suggérées par le Bureau d’Ambohibao.

La Justice, le foncier, la gendarmerie nationale et l’éducation complètent, par ailleurs, le Top 5 des domaines où il y a le plus grand nombre de doléances reçues par le Bianco. Un point souligné durant l’événement d’hier, du reste, est la corruption dans le secteur privé et les professions libérales qui se trouvent dans le Top 10 de la liste. À l’approche des échéances électorales, le boss du Bianco a, notamment, mis l’accent sur «la corruption politique», où le secteur privé est aux manettes. Sur les chiffres publiés hier, un a particulièrement attiré l’attention de l’assistance. Le Bianco rapporte que sept-cents-quarante personnes ont été déférées devant la Justice, en 2021. Seulement, cent-cinquante, soit 20%, ont été placées en détention préventive. Laza Eric Donat Andrianirina explique cela, en partie, par les cas qui font que «les conditions de lutte contre la corruption ne sont pas optimales».

Il cite, notamment, les tentatives d’ingérence. «Dès qu’il y a une convocation, tous nos téléphones se mettent à sonner. Il n’y a pas une personne convoquée qui ne solli­cite pas des connaissances pour intervenir», dénonce le patron du Bureau d’Ambohi­bao. Des tentatives d’esquive et des pressions, qui parasitent le travail des enquêteurs. Seulement, le numéro un du Bianco scande haut et fort que «l’indépendance ne se discute pas. Elle s’affirme dans toutes les opérations que nous menons chaque jour». Bien qu’il atteste l’indépendance du BIANCO dans ses opérations, il souligne que «quand il opère, il doit interagir avec les autres acteurs. (…) nous avons besoin de l’appui des autres pour mener à bien nos opérations, surtout pour la découverte de la vérité», déclare-t-il.

Pour rassurer, Laza Eric Donat Andrianirina atteste que le Bureau «mène des investigations à charge et à décharge, puisque c’est la norme d’une enquête professionnelle». Sur sa lancée, il fait part du regret que les dénonciations publiques matraquées sur les réseaux sociaux, entre autres, compliquent les enquêtes «puisque les personnes pointées ont le temps d’effacer les traces de leurs présumés méfaits. Alors lorsque nous procédons à des saisines d’initiative, il n’y a plus des éléments de preuves pour pouvoir engager des poursuites».

Face aux différents obstacles pour parvenir à la traduction en justice d’un présumé acte de corruption ou de délits connexes, le Bianco a trouvé une parade. Depuis l’année dernière, affirme Laza Eric Donat Andrianirina, l’approche par constatation en flagrant délit est privilégiée. Une option pour ne laisser aucun échappatoire aux corrompus et corrupteurs.

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