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Editorial

Eau secours

1000 % et non 800 % . C’est bel et bien le taux de la prochaine hausse du tarif de l’eau de la Jirama. On n’a eu, ni la berlue ni une intention alarmiste ni sensationnaliste. Contrairement au démenti de la Jirama sur Rfi, si le prix du litre d’eau passe de 0,4 ariary à 4 ariary, le prix aura été multiplié par dix, soit dix fois une hausse de 100%. Ce qui vaut bien une majoration de 1000%. Il ne s’agit pas d’une hausse de 10% comme la Jirama a tenu à rectifier sur Rfi. Si c’était une hausse de 10 %, le litre vaudrait 0,44 ariary. Ce qui est loin des objectifs de la Jirama et ne changerait en rien la situation. Pour un litre d’eau, la hausse est très vite diluée mais quand on consomme des dizaines de mètres cubes, la facture est salée que le chlore ne peut pas édulcorer.
Si l’intention était de rassurer la population, il valait mieux donner des garanties sur la qualité des services au lieu de se gourrer dans cette arithmétique élémentaire.

La défaillance de la distribution de l’eau date de plusieurs années. À Antananarivo cela fait deux décennies que la population fait la queue devant les bornes fontaines où l’eau dégouline à des heures définies. Si le boom démographique a été prévu, rien n’ a été fait pour l’accompagner en matière de logements, de réservoirs d’eau, de réseaux de distribution de l’eau. En parallèle, malgré cette insuffisance notoire de l’offre, les branchements n’ont jamais cessé. Même les constructions illicites en sont pourvues.

En 2010, quand le contrat liant la Jirama à la Cua avait expiré, une privatisation a été envisagée. Un contrat avec la Lyonnaise des Eaux aurait été même signé après appel d’offres. Une levée de boucliers des syndicats et employés avait eu lieu. Le projet a été abandonné. On a privilégié l’intérêt des milliers d’employés de la Jirama au détriment de celui de trois millions d’habitants d’Antananarivo et de ses périphéries.
Aujourd’hui, ce sont les abonnés qui paient les pots cassés. Être abonné signifie bénéficier de tous les services prévus au moment de la signature du contrat, puisque c’en est un. L’abonné n’est pas tenu de prendre en compte les difficultés du prestataire ni la vétusté de son matériel. Sauf peut-être en cas de catastrophe naturelle. Les abonnés sont prêts à subir la hausse, quelle que soit son importance, si les services rendus satisfont bien l’objet du contrat. À se demander pourquoi aucun abonné ne porte plainte contre la Jirama pour non respect de contrat comme cela se fait ailleurs ? Il est vrai qu’avec la Justice qu’on a, les gens préfèrent s’attaquer aux infrastructures de la Jirama. Ce qui complique encore la situation, étant donné que ce geste est synonyme d’arrêt définitif de l’approvisionnement.
Ce n’est pas avec une hausse de 10% que la Jirama va pouvoir améliorer la situation qui se complique de jour en jour. Outre la distribution de l’eau, la distribution des factures devient également problématique. Les agents releveurs et distributeurs de factures ont disparu dans certains endroits. La Jirama établit une facture standard chaque mois, quelle que soit la consommation. On n’est pas sûr de gagner à tous les coups avec ce système.
À quel saint se vouer et appeler… eau secours ?

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  • Si l’on postule que l’eau est un bien commun, collectif, alors il est logique que sa gestion demeure publique. Les problèmes que vous évoquez sont néanmoins réels, incontestablement. Mais rassurez-vous, cette augmentation tarifaire n’est pas anodine, la délégation privée de la gestion de l’eau ou la privatisation de l’organisme gestionnaire mis en cause est sans doute dans les tuyaux.. De là à privilégier la solution privée, il suffit de se référer au nombre croissant des résistances à celle-ci en France (et ailleurs) où les municipalités, poussées par les usagers, reviennent en nombre à la gestion publique. Il est illusoire de croire que la privatisation bénéficierait à la population, le raisonnement marchand l’exclut.