Chronique

Grands hommes : Des personnalités comparées : le jour et la nuit

Les Grands qui font l’Histoire posent parfois des énigmes que le commun des mortels ne parviendra jamais à comprendre. Quand Pieter William Botha, surnommé « Groot Krokodil », ou le Grand Crocodile en afrikaner, décéda paisiblement le 31 octobre 2006, à 90 ans, dans sa maison de Wilderness dans la province du Cap, l’African National Congress au pouvoir fut le premier à présenter ses condoléances, décrétant du même coup la mise en berne des drapeaux sur toute l’étendue du territoire sud-africain.

Et pourtant le Grand Crocodile était un des « prêtres » les plus radicaux du régime blanc institué en 1948, durant ses années à la Primature de 1978 à 1984, puis à la Présidence de 1984 à 1989. Onze années de « Kragdadigheid », ou de main de fer, qui virent, dans un état d’urgence toujours prolongé, les détentions sans procès, les expéditions punitives des escadrons de la mort, la torture, les chiens lâchés sur les Noirs, les opérations des services secrets contre les antiapartheid à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Arrogant, méprisant, il refusa de comparaître devant la commission Vérité et Réconciliation qu’il qualifia de cirque.

Et Mandela pardonna, lui qui vécut dans sa chair la douleur de son peuple et de sa race. À la vengeance il préféra la main tendue pour que l’Afrique du Sud continue à exister mais sous d’autres couleurs, celles de l’arc-en-ciel. Lucide, réaliste et visionnaire, Mandela savait aussi que l’Afrique du Sud était devenue la première puissance économique du Continent noir grâce aux Blancs, et qu’un « Black Power » souhaité par certains à la chute de l’apartheid aurait été incapable d’assumer cet héritage. La dimension morale du pardon et de la réconciliation à la Mandela lui valut le titre d’Ambassadeur de conscience d’Amnesty International…

Préjugés racistes

Le jour et la nuit, Nelson Mandela et le pasteur américain Jeremiah Wright n’avaient en commun que la couleur de leur peau. Ancien « marine», Wright devint pasteur en 1972 à la tête d’une minuscule communauté de la banlieue de Chicago, et parvint à en faire la congrégation noire la plus puissante des États-Unis. Il structurait généralement ses sermons sur « la théorie de la libération noire », laquelle revendique une inspiration négro-africaine du christianisme. Dans la bouche de ce prêcheur viscéralement anti-blanc, le gouvernement américain était accusé pêlemêle de terrorisme d’État, de préjugés racistes, de responsabilité dans la propagation du sida, et on en passe. Parmi ses paroissiens les plus assidus se trouvait un homme longiligne, jeune encore, louant le Seigneur en tapant des mains comme n’importe lequel des adeptes de nos « Fiangonana zandriny » de tendance évangélique. Il avait un nom bizarre ne sonnant pas tout à fait américain. Le tout s’est compliqué quand, quelques années plus tard, l’homme dévoilait ses ambitions de devenir le premier Président noir des États-Unis et se portait candidat à l’investiture démocrate. Il n’avait pas d’autre choix que de couper tous les ponts avec son pasteur s’il ne voulait pas voir tous ses acquis, amassés patiemment et pièce par pièce, s’écrouler comme un château de cartes. C’est ce qu’il fit, en se déclarant « atterré, attristé, blessé » par le comportement et les propos du Rev. Wright qui était pourtant son ancien mentor, et en le désavouant publiquement. Ainsi s’accomplissait une destinée exceptionnelle, celle d’un certain Barack Obama.

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