Editorial

Apposition

Une opposition à la taille de la majorité, docile et malléable. C’est visiblement ce qu’on recherche à travers la proposition de loi sur le statut de l’opposition ajournée hier par le Sénat. À dire vrai c’est tout le sens et toute l’essence de l’opposition que l’on veut lui dépouiller quitte à en inventer une avec une aile de la majorité. La question est pourtant toute simple et bien définie par la Constitution de 2010 conçue et adoptée par référendum par le président de la République. Mais Rajoelina n’a pas pensé une seconde qu’en consacrant un article sur l’opposition, il aurait affaire à son meilleur ennemi plus tard. Un peu comme le Professeur Albert Zafy empêché par la Constitution anti-Ratsiraka qu’il a conçue.

Le fait est que le titre et le poste de chef de l’opposition devraient revenir de fait et de droit à Ravalomanana, candidat malheureux à la présidentielle et président du parti d’opposition ayant eu le plus grand nombre de sièges aux législatives. Il n’y a pas à pinailler sur cette question. L’opposition ne s’installe pas par simple apposition.

C’est tellement logique que tout débat d’exégète relève d’une masturbation du méninge, une querelle de chiffonniers. Quand on rajoute qu’il s’agit d’une opposition parlementaire tout court, on atteint un degré inquiétant de l’aberration. L’opposition au parlement est déjà claire et s’exerce dans les débats et le vote. Qu’il y ait chef de l’opposition ou pas, cela coule de source et ne nécessite pas qu’on fasse preuve de mésintelligence pour accoucher d’une proposition de loi dont l’unique objectif est d’empêcher le chef de l’opposition original d’occuper le poste que la Constitution lui octroie.

Comment peut-on parler de démocratie avec une opposition réduite à sa plus simple expression ? C’est la possibilité pour l’opposition de s’exprimer et de manifester en dehors du Parlement qui concrétise la démocratie. Et quand les soi-disant législateurs oublient que le Sénat fait partie du Parlement, confirmant que l’opposition dont il est question dans la Constitution s’exerce bel et bien en dehors du cercle parlementaire, on mesure à quel point on est prêt à tout faire pour museler le chef biologique de l’opposition. On se demande comment il peut faire obstacle à l’omnipotence de la majorité avec seize députés. Mais on en vient jusqu’à enlever le privilèges et droits du chef de l’opposition fixés par la Constitution comme on l’a fait pour le Sénat dont les membres sont réduits au tiers, le budget de moitié comme si c’était une institution éternellement acquise par l’opposition. On est en train de faire les mêmes erreurs que les précédents régimes en tripatouillant la Constitution selon leurs intérêts du moment. On connaît où cela a mené les dirigeants successifs.

On voit mal comment la Haute Cour Constitutionnelle pourrait changer un article de la loi fondamentale adoptée au suffrage universel et que le président de la République a juré de respecter scrupuleusement, sur proposition des prétendus représentants du peuple. Accepter le changement c’est renier purement et simplement le fondement de la République. Tout amendement de la Constitution doit se faire par voie référendaire et pas autrement. Respecter ce principe c’est déjà donner une garantie à l’opinion que tout ce qui a été dit sera véritablement réalisé. Pour le moment entre les paroles et l’acte, il y a les impondérables politiques qui font que les promesses cèdent souvent le passage aux mesquineries politiques.

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