Opinions

Donnons la chance aux jeunes…

Selon les scientifiques, il nous reste environ 11 ans pour prévenir les dommages irréversibles causés par le changement climatique. Il reste à notre planète, et sans doute notre existence, environ 132 mois, soit environ 3960 jours, et tout dépend de notre volonté de changer de comportement. Il se peut que la redéfinition du temps entraîne une réaction différente : une réaction caractérisée par l’urgence et l’action, contrairement à notre approche actuelle de cette crise, moins enthousiaste.

Le climat n’est pas la seule chose qui change : les données démographiques mondiales, le marché du travail et notre paysage politique vont connaître des bouleversements. À titre d’exemple, les projections concernant l’évolution démographique africaine présentent une ampleur et une rapidité sans précédent. Selon les tendances actuelles, dans les 35 prochaines années, l’Afrique abritera un milliard d’enfants et sa population totale doublera pour atteindre 2,5 milliards de personnes.

Ces changements affectent tous les aspects de nos vies et peuvent être des bénédictions car favorisant la croissance économique, le développement et le progrès social. Ils peuvent être également des fardeaux caractérisés par l’incertitude, la dégradation sociale et le déclin économique.

Au cours de la dernière année, j’ai travaillé avec des jeunes phénoménaux à travers toute l’Afrique afin de mieux comprendre, au milieu de tous ces changements, le meilleur moyen de mobiliser de manière significative les jeunes. Ces interactions visaient un objectif simple : aider les jeunes à résoudre les problèmes qu’ils rencontrent dans leurs communautés. Au cours d’ateliers organisés en Côte d’Ivoire, au Kenya, au Mozambique et en Ouganda, j’ai échangé avec plus de 60 jeunes, qui ont partagé leurs expériences dans l’univers parfois mystérieux du « plaidoyer ». Leurs histoires de résilience, d’innovation et d’optimisme m’ont grandement marqué. J’ai partagé des espaces avec des orphelins, des enfants mariés et des mères adolescentes et, malgré leurs différentes expériences, une chose était
commune : il y avait une volonté de changement, un désir profond d’améliorer la société et un véritable sentiment d’espoir.

Même si, bien sûr, l’espoir ne suffit pas. Les systèmes et les plateformes qui rassemblent les décideurs et les espaces où les politiques sont créées doivent être plus accessibles et inclusifs. Nous devons favoriser des changements plus profonds, qui défient nos mentalités et imposent un changement structurel systématique.

Voila ce que propose le Guide de plaidoyer pour les jeunes. Créé avec la contribution de jeunes citoyens africains, le Guide vise à doter les jeunes des compétences nécessaires pour apporter des changements positifs dans leur vie et leur communauté. Il soutiendra les efforts des jeunes à résoudre des problèmes allant de la crise climatique au chômage, en passant par la sécurité des enfants et la qualité de l’éducation. Parmi ceux qui ont travaillé sur le Guide, beaucoup d’entre eux sont déjà de jeunes activistes.

En Ouganda, j’ai rencontré Dorcus, une jeune fille dont
l’histoire me hante toujours et m’inspire également. Elle avait quelque chose de différent : elle était silencieuse, mais
incroyablement puissante. Elle a expliqué au groupe à quel point elle se considérait chanceuse, car elle est l’une des rares filles de sa communauté à avoir réussi à échapper au mariage précoce. Dans sa communauté, la valeur d’une fille est directement liée au nombre de vaches que son mariage peut lui rapporter afin de mettre à l’abri sa famille. Et pourtant, dans cette même communauté, Dorcus occupe désormais une place prioritaire pour rappeler à tous que les enfants et les femmes doivent être protégés contre la violence et de l’exploitation, en plus d’être habilités pour
pouvoir participer pleinement à la vie de leurs communautés.

Je serai la première à admettre qu’il peut être difficile d’obtenir un engagement significatif. Assurer une représentation égale et une véritable prise en compte de la voix des jeunes, sans oublier de simples contraintes logistiques telles que le temps, le lieu et les ressources disponibles, rendent le processus de participation des jeunes complexe. Mais la complexité ne doit pas nous pousser à la complaisance. Dorcus est la preuve vivante que c’est possible.

Il est important de rappeler que toute forme d’action, qu’il s’agisse d’une petite initiative communautaire ou d’une campagne mondiale, est un acte de plaidoyer. Mais pour réussir, les jeunes doivent être aidés à mieux comprendre le fonctionnement de ces espaces : comment obtenir une invitation aux réunions de haut niveau, comment lire et comprendre des documents de politique, comment commenter des livres blancs et comment tenir les politiciens ou les leaders communautaires responsables de leurs promesses. C’est ce que le Guide de plaidoyer pour les jeunes de l’UNICEF cherche à faire.

Dans un contexte où il est si facile d’être submergé par les titres de l’actualité et étouffé par les statistiques et les faits qui dépeignent une catastrophe et une destruction, je ne blâme aucune personne ayant l’impression que nous menons une bataille perdue d’avance. Et pourtant, il y a des jeunes en Afrique, à l’instar de Dorcus, qui font chaque jour face à des situations désespérées et réussissent toutefois à les surmonter.

Il nous reste 3960 jours. Si nous faisons tous la même chose tous les jours, nous pouvons y parvenir. Si nous nous équipons et défions le statu quo, l’espoir reste réel. Si nous agissons et demandons des comptes à nos leaders, l’espoir reste réel. Nous ne pouvons pas abandonner. Pas encore.

par Maryam Elgoni, Responsable de l’engagement des jeunes et Chef de projet pour le Guide de plaidoyer pour la jeunesse de l’UNICEF.

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