Chronique

Madagascar, what else ?

J’avais quitté le «Club M» de Peter Schnittger lors d’une victoire (2-1) contre le Cameroun de Roger Milla (Ballon d’Or Afrique, 1976 et 1980) et Thomas Nkono (Ballon d’Or Afrique, 1979 et 1982) à Mahamasina (30 août 1981). Je me souviens également d’un autre match (1-0, 2-4 aux tirs aux buts), contre l’Égypte, le 21 avril 1985 : les jours précédents, les joueurs égyptiens s’étaient entraînés sur le terrain du Collège Saint-Michel Amparibe pour la plus grand curiosité de nous autres collégiens, empressés de voir en vrai Mahmoud Al-Khatib (Ballon d’Or Afrique, 1983).
Ce 22 juin 2019, Madagascar a fait match nul avec la Guinée. Mine de rien, mais, c’est donc le sixième match sans victoire de Madagascar : 18 novembre, Soudan (1-3) ; 23 mars, Sénégal (0-2) ; 2 juin, Luxembourg (3-3) ; 7 juin, Kénya (0-1) ; 14 juin, Mauritanie (1-3)… Dans des pays de Top Football, on se serait légitimement inquiété et doucement tempéré l’euphorie néophyte…
J’avais grandi à regarder s’entraîner les Tôsy, Mika, Lucien, de l’AS Saint-Michel… Je ne connaîtrai sans doute plus jamais leur nom de famille. Les fans actuels des «Barea» devront faire avec d’autres sobriquets : Leda, Bôlida, Dax… Comment on avait pu se compliquer la vie avec les syllabes Beckenbauer et Maradona ? Il est vrai que les Pelé, Zico, Kaka, s’étaient fait un nom, sauf que Madagascar n’est pas (encore) le Brésil…
Il faudrait procéder à l’historique de cette «mode» à nommer une équipe nationale d’après un animal qu’on suppose emblématique. Les Mauriciens ont choisi «DôDô» du nom de cet oiseau débonnaire qui ne savait pas voler et qui a fini par disparaître quand les équipages européens eurent finir de gober tous ses oeufs. Il semble également que les Comores aient baptisé leur équipe du nom de «Coelacante», un poisson préhistorique qu’on pensait également disparu mais retrouvé dans les eaux comoriennes le 21 décembre 1952… Dans la même veine, Madagascar aurait pu être le légendaire «oiseau Rok(a)» de Marco Polo…
Après le sobriquet de «Club M», quelqu’un pensa de la plus haute importance d’inventer «Scorpions». Je renonce à comprendre comment quelqu’un d’autre jugea de la même plus haute importance de choisir «Barea». D’après le Firaketana (Firaketana, mai 1945, p.74 et 75), Baria ou Bare (ombimanga, ombihaolo, ombidia) est un zébu à l’état sauvage. En reste-t-il seulement à l’état vraiment sauvage ou le seul animal authentiquement libre ne serait-il pas le sanglier dont le nom «Lambo» désigne justement le bœuf en indonésien ?
On a sans doute voulu faire comme les meilleures équipes du monde : «Seleçao» (Brésil, 5 fois champion du monde), «Mannschaft» (Allemagne, 4 fois championne du monde), «Squadra Azzura» (Italie, 4 fois championne du monde), «Albiceleste» (Argentine, 2 fois championne du monde), sauf qu’en choisissant «bœufs sauvages», on a agrandi la ménagerie de la CAN : «Lions Indomptables» (Cameroun : invaincu en trois matches à la Coupe du Monde 1982 et beau quart-finaliste à la Coupe du Monde 1990), «Eagles» (Nigéria), «Éléphants» (qui a donné son ivoire à la Côte d’Ivoire), «Écureuils», «Antilopes», «Hirondelles»…
«Madagascar» (carte de Behaim, 1492), «Comorbimam» (Cantino, 1502), «Lourenço» (Wolfenbüttel, 1510), Barea (2019) : un proverbe malgache dit à bon escient que si le nom n’est pas respecté, c’est que déjà, à la maison, l’aura supplanté le surnom.

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