Big Brother aujourd’hui


La puissance tant redoutée par George Orwell, dans sa fiction 1984 (1949), est aujourd’hui une réalité qui est entrée en possession de notre monde. L’esprit de Big Brother se manifeste là où on ne l’a pas attendu. Maintenant, nous sommes tous surveillés par le regard totalitaire d’une foule concrète qui veut contrôler les pensées, et qui peut à tout moment réécrire, réorienter l’histoire au gré des vents changeants et capricieux des mentalités et idéologies dominantes humaines qui ont, aujourd’hui plus que jamais, un pouvoir de destruction qui a une capacité énorme de faire s’effondrer ce qu’on a hérité des génies qui ont enrichi le patrimoine culturel. Et aujourd’hui, Big Brother peut être connu sous le nom de « Cancel culture » qui détient le monopole du révisionnisme légal. La réécriture de l’histoire est présentée comme une des armes les plus puissantes des dictatures imaginées dans les œuvres littéraires dystopiques comme Le Meilleur des mondes (A. Huxley, 1932), Fahrenheit 451 (R. Bradbury (1953), La Servante écarlate (M. Atwood, 1985), ou V pour Vendetta (A. Moore & D. Lloyd). L’autorité suprême, pour pouvoir asseoir sa domi­nation des pensées, modèle les cerveaux et sculpte les opinions, réduites à se conformer à un modèle sur lequel reposent les racines de la pensée unique qui peut alors faire mal aux œuvres d’art et littéraires qui n’ont pas réussi l’examen d’entrée et ont été exclues de ce moule. Et un régime totalitaire, mondial, est actuellement en train de grignoter un riche patrimoine bâti par l’histoire de l’humanité. La littérature est en train de subir un « lavage » intensif, car d’après cette perception dans laquelle les yeux portent les lunettes du « wokisme » et de la « cancel culture », beaucoup d’œuvres qu’on pensait immortelles portent des tâches qui demandent une « purification ». Après Ian Fleming et Roald Dahl, c’est au tour de la reine du crime, Agatha Christie, de subir la comparution au tribunal puritain du politiquement correct et de récolter son verdict sans appel qui impose une opération chirurgicale qui va, inéluctable­ment, modifier le visage et l’essence de ses romans qui contiendraient des mots « offensants » qui doivent être remplacés par des termes qui n’appartiennent pas au registre « blasphématoire ». Et on assiste alors à un massacre de ces trésors culturels qui sont amputés depuis leur substance même. L’affirmation de la cancel culture, c’est l’ouverture d’une boîte de Pandore qui a fait sortir divers maux qui s’attaquent impitoyablement aux produits du talent imaginatif de l’homme. L’artiste ne peut se dérober aux regards censeurs du grand Big Brother d’aujourd’hui qui est cette conscience mondiale, hantée par l’esprit de la « cancel culture », qui peut jusqu’à prononcer des condamnations posthumes.
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