Chronique

Les antipaludéens contre Covid-19

L’artémisinine, à la base de la tisane bio produite par l’IMRA (institut malgache de recherches appliquées), n’est pas une inconnue à Madagascar : dans L’express de Mada­gascar du 29 novembre 2019, la coordonnatrice du programme national de lutte contre le paludisme, plutôt que de recommander la chloroquine, conseilla une thérapie combinée à base d’artémisinine. Il est vrai que, dès octobre 2008, la chloroquine avait été contre-indiquée au profit de l’actipal dans le traitement du paludisme parce qu’une étude avait conclu à la résistance du Plasmodium vivax à la chloroquine.

C’est en 1947 que la bonne vieille chloroquine fut introduite sur le marché français (et par extension dans l’ensemble colonial français, dont Madagascar), commercialisée par la firme specia (groupe Rhône-Poulenc) sous la dénomination commerciale nivaquine. Une étude de 2005 évoquait déjà la chloroquine comme un inhibiteur du SARS coronavirus (Virology Journal 2005).

À Madagascar, réunie le 24 mars 2020, la com­mission de prise en charge au sein du ministère de la santé publique a défini son protocole : le traitement spécifique s’administre par hydroxychloro­quine (un comprimé trois fois par jour pendant six jours) OU chloroquine phosphate équivalent chloroquine base 100 mg (2 comprimés, trois fois par jour, pendant six jours) et azithromycine 250 mg (2 comprimés J1, un comprimé par jour J2-J3-J4-J5). tout en précisant ne pas recommander l’hydroxychloroquine à titre préventif.

Le 28 mars 2020, l’agence fédérale russe de biomédecine annonçait la découverte d’un médicament contre le coronavirus. selon le centre de recherche et de production Pharmazachita, le schéma thérapeu­tique est basé sur le médicament antipaludique méfloquine : «ce médicament bloque l’effet cytopa­thique du coronavirus et inhibe sa réplication, alors que les effets immunosuppressifs du méfloquine bloquent l’inflammation provoquée par le virus. L’ajout de macrolides et de pénicillines synthétiques empêchera non seulement la formation d’un syndrome bactérien et viral secondaire, mais permettra également d’augmenter la concentration d’agents antiviraux dans le plasma sanguin et les poumons».

La méfloquine est un antipaludéen générique vendu sous le nom de Lariam (Laboratoire roche). Découverte en 1970 par des chercheurs de l’armée américaine, la méfloquine avait été mise en cause pour des risques psychiatriques et neurologiques en 2013, mais, quatre ans plus tard, santé Canada et ema (agence européenne des médicaments) concluaient séparement que «le rapport bénéfice/ risque du chlorhydrate de méfloquine n’était pas modifié».

Chloroquine, Hydroxychloroquine, Méfloquine, Artémisinine : les «intuitions» médicales convergent toutes vers les antipaludéens. Dans l’histoire du Prix Nobel, trois lauréats avaient été récompensés pour leurs travaux sur le paludisme : Ronald Ross (1902), Alphonse Laveran (1907), Youyou tu (2015). Cette dernière, travaillant à l’académie chinoise de médecine traditionnelle chinoise depuis 1965, a fait l’inventaire des 2000 plantes collationnées par la pharmacopée traditionnelle chinoise, avant d’extraire la molécule d’artémisinine en 1971 : le qing-hao-su, connu depuis 3000 ans par les anciens Chinois pour ses vertus antipaludéens.

En 1992, Rhône-Poulenc chercha à breveter un nouveau médicament développé par deux chercheurs de l’Université de Sydney (Richard Haynes et Simone Vonwiller) : le médicament à base d’acide artémisinique permettrait de tripler le principe actif tiré des feuilles de Qing Hao (artemisia).

Dans un article du 17 février 2020, les médecins chinois rapportent qu’ils avaient administré à 85% des malades du coronavirus des plantes médicinales, dont l’artemisia (Qing-hao), dans les cas de syndromes pulmonaires modérés. Une publication ultérieure du 13 mars 2020 explicite le Protocole de diagnostic et de traitement contre le Covid-19 : l’artemisia y est également utilisée pour résoudre les symptômes de difficulté respiratoire modérés. De nombreuses études, depuis 1991, évoquent les vertus antivirales de l’artémisinine et surtout son efficacité contre le SARS-CoV de 2002-2003.

Parmi les missions que son fondateur le Professeur Rakoto-Ratsimamanga a assignées à l’IMRA, fugure en bonne place «la recherche sur les plantes médicinales et la médecine traditionnelle de Madagascar dans un but de connaissance scientifique, de découverte de médicaments». Que l’IMRA se saisisse aujourd’hui de l’artemisia va dans le sens de l’histoire.

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