Editorial

Reconstitution

Alea jacta est. Andry Rajoelina met en pratique les intentions qu’il avait annoncées durant la campagne électorale de la présidentielle. Il organise un référendum pour changer la Constitution, en particulier pour supprimer le Sénat et installer les gouverneurs de région. Il est donc logique avec lui-même. Néanmoins il avait promis de ne pas toucher à la Constitution durant la campagne. Un moment, il pensait pouvoir légiférer par ordonnance pour arriver à ses fins mais visiblement, on lui a conseillé de passer par le référendum, la voie la plus démocratique pour y parvenir. Là où le bât blesse c’est qu’on va proposer un texte fait à la hâte comme en 2010 où on s’est plié à certaines fantaisies pour définir la devise de la République.
Pourtant, on a une occasion en or pour confectionner un texte qui défiera les régimes et le temps, qu’on ne changera pas à chaque élection d’un nouveau président. On aurait dû organiser un forum, pour une fois nécessaire et utile, pour débattre de la Constitution adéquate pour le pays. Une concertation à laquelle prendront part les partis politiques, la société civile, les églises, le milieu économique … Autant le dire, procéder à une véritable reconstitution. Ce ne sera visiblement pas le cas. Le texte est certainement déjà prêt quelque part. Une mouture taillée sur mesure avec celui qui la soumet au référendum, à l’image de celle de la troisième République conçue pour limiter les pouvoirs de Ratsiraka pourtant évincé du pouvoir par les urnes. Par la suite, à son retour au pouvoir, Ratsiraka a modifié le texte fondamental selon ses desseins. Après Ravalomanana l’a moulée comme on fabrique le fromage. À son tour, Rajoelina a fait adopter une Constitution selon ses désirs qu’il va modifier pour raison impérieuse. Autrement dit, pour supprimer le Sénat dominé par les fantomatiques parlementaires HVM.
On n’est donc pas sorti de l’auberge. On tourne autour du pot en changeant de Constitution comme on change de veste dans le seul but de s’incruster au pouvoir. Jusqu’ici, aucune Constitution n’a été calquée sur le programme de développement. Les changements de Constitution n’ont absolument rien apporté en terme de développement. À se demander s’il vaut mieux ne pas avoir de Constitution du tout. Ça allait mieux à l’époque de la monarchie.
On va donc devoir se contenter d’une Constitution bâclée qu’on fera adopter, de gré ou de force, par les électeurs. Ce n’est pas en un mois qu’on pourra l’assimiler pour la faire comprendre. Les candidats aux législatives préféreront, bien évidemment, prêcher pour leur paroisse que convaincre l’électorat à adopter la Constitution. Les rares électeurs responsables préféreront également se concentrer sur leur représentant au lieu de ronger les méninges avec le référendum. La Constitution sera adoptée quel que soit le nombre de suffrages exprimés. En 2010, elle a été votée dans des conditions désastreuses. On va la rafistoler dans un contexte encore pire. C’est à prendre ou à laisser. Un référendum quoi.

1 commentaire

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  • Que ça soit clair . Primo ce n’est pas un changement de constitution mais une révision avec des amendements pour la concrétisation des promesses électorales et pour une meilleure compréhension juridique des articles 54 et 72 .Secundo je mets au défi quiconque qui dira qu’il y a des velléités de confiscation de pouvoir . Tertio il n’y a plus de démocratique que de faire élire les chefs fokontany . La classe politique , la société civile ou le FFKM  » ils sont comme ils sont depuis belle lurette  » le régime a raison d’éviter des concertations stériles et contreproductives  » forum à la con  » retardant la mise en chantier du programme présidentiel. Sachez qu’il a été élu démocratiquement . On ne peut que sourire d’entendre d’un juriste d’opérette que la suppression du sénat signifie changement de république . José kely à un moment était explicite  » que cette constitution révisée de Deba passe par un taux de participation de 20 % il n’y rien à discuter elle a été approuvée  » .