Notes du passé

Le paysannat malgache vit dans des conditions misérables

Avant la Seconde guerre mondiale, les paysans malgaches ne pouvaient imaginer le labourage moderne par la charrue, voire par le tracteur.

La population malgache passe, de 1905 à 1939, de 2 600 000 habitants environ à près de 4 000 000, mais les recensements effectués à Madagascar pendant cette période restent imprécis. L’œuvre de l’Assistance médicale indigène, AMI, explique cet accroissement sensible de la population. Le démographe Louis Chevalier suppose que la natalité peut se situer, dans le rapport de 30 à 40 pour 1 000 et que la mortalité varie entre 20 et 30 pour 1 000.

« Mais il faut mettre en relief l’instabilité de la natalité et surtout de la mortalité dans le contexte des endémies et des épidémies » (Histoire de Madagascar, 1967). Celle des enfants de moins d’un an est plus particulièrement forte. Le paludisme, la tuberculose, les affections pulmonaires, la grippe sont les maladies endémiques les plus répandues. La variole qui provoque des ravages considérables, est maitrisée grâce à la vaccination, obligatoire à partir de 1904. Des épidémies de peste dévastent la côte en 1898, les Hautes-terres en 1921. « Les Dr Girard et Robic trouvent le vaccin antipesteux et les vaccinations permettent de vaincre ce fléau à partir de 1935. »

La majeure partie de la population est rurale. Les valeurs ancestrales sont solides et recèlent de grands traits de l’unité culturelle. « L’univers des Malgaches, très différent de celui des colons, ne se laisse guère pénétrer par eux, surtout dans les zones éloignées des villes. » Et si l’administration française peut se substituer aux autorités merina ou se superposer aux chefs locaux, «  il en résulte seulement une transformation des rouages du Fanjakana », atténuée d’ailleurs par l’administration indirecte.

Toujours selon les auteurs de l’Histoire de Madagascar destinée aux classes terminales, les structures politiques nées de l’évolution des clans et des royaumes sont affaiblies, voire disparaissent. « Les Malgaches perdent le contrôle du territoire, la responsabilité de leur destin, certes, mais leur docilité devant l’Administration-Raiamandreny n’est qu’une apparence. »

Pour les mêmes auteurs, « ce demi-siècle de colonisation ne parvient pas à entamer sensiblement le monde des valeurs antérieures, solidement uni par la communauté des conceptions ancestrales. Les changements profonds qui s’opèrent au voisinage des plantations européennes et des centres administratifs sont spécifiquement matériels. Les cellules de la société traditionnelle, le clan, la famille au sens très large du mot, demeurent encore très cohérentes à la veille de la Deuxième guerre mondiale pour la presque totalité des Malgaches. »

Les conditions matérielles de vie sont différentes selon que l’on vit dans les villes ou « dans la nature ». En milieu rural, la lourdeur de la capitation et des taxes est ressentie par tous. L’obligation de payer l’impôt en argent ou en nature se ramène à l’obligation de produire. Au début de la colonisation, les colons trouvent toujours des travailleurs dans les villages les plus proches de leurs concessions. Les petits colons étant les plus exigeants, la condition de la main d’œuvre est très misérable et le recrutement devient plus difficile car peu payés, mal nourris, beaucoup préfèrent s’enfuir.

Sur la côte Est, ayant appris l’agriculture des plantations dans l’exécution des corvées annuelles, beaucoup de Malgaches cultivent, tôt ou tard, à leur propre compte. « Leurs petites exploitations se développent autour des villages et des cases, alors que les plantations modestes, surtout réunionnaises, déclinent. Il s’agit de payer l’impôt et d’éviter les prestations.» Mais ce nouveau paysannat devient très vite la proie du collecteur local, malgré la surveillance de l’administration. Les cultures vivrières sont négligées car rapportent peu et sont pénibles, et l’obligation d’acheter le riz quotidien au collecteur augmente encore la dépendance des Malgaches.

Sur les Hautes-terres, les grandes propriétés ayant perdu leurs serfs avec l’abolition de l’esclavage, les propriétaires installent des métayers sur leurs terres. Cette mutation aboutit au morcellement des terrains dans l’Imerina et le Betsileo avec « une paysannerie besogneuse qui parvient difficilement à trouver l’argent des impôts ». Le métayage se développe également dans les plaines de l’Ouest où des paysans merina ou betsileo émigrent depuis la royauté merina. Leur condition varie selon que le propriétaire est malgache ou étranger. Ce dernier, Karana ou Européen, à cause de la rareté de la main-d’œuvre, recourt à ce système comme les populations sakalava qui préfèrent pratiquer l’élevage et négligent l’agriculture.

Les ouvriers agricoles et ceux des exploitations minières constituent un salariat misérable. Les populations du Sud, qui ne trouvent pas facilement dans leurs terres arides l’occasion de gagner l’argent de l’impôt, migrent temporairement vers les chantiers agricoles ou miniers. Mais c’est une main-d’œuvre plutôt instable, Antandroy et Antesaka surtout, que les colons se disputent. Quant aux populations pastorales, elles vendent à contrecœur, quelques bêtes chaque année pour se mettre en règle avec l’administration qui s’efforce de les sédentariser.

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