Régions

Amboasary Sud – Le kilo du mica s’achète à cent ariary

Le ministre des Mines et des ressources stratégiques n’a pas vu un seul enfant travailleur de mica à Taolagnaro.

Madagascar est le troisième producteur mondial de mica. L’environnement économique et social de l’extraction du minerai dans l’Anosy n’est pas très reluisant.

Dérisoire. Le minéral servant d’isolant dans l’industrie aéronautique, l’industrie automobile, ou encore l’industrie cosmétique et l’électronique s’extrait dans de rudes conditions et s’achète à un prix très bas à Madagascar, troisième producteur mondial après l’Inde et les États-Unis. Dans un village éloigné de la commune de Behara du district d’Amboasary Sud, dans la région Anosy, soixante dix familles travaillent toutes dans le mica.

Les sociétés achètent aux travailleurs le kilo du mica extrait en plaque à 100 ariary. La roche se trouve en milieu souterrain. Femmes, enfants, travaillent dur pour extraire la roche, concasser et dépoussiérer les lamelles du minerai exploitables. À peine si une famille arrive à gagner pour 10 kg en une journée. Une société peut obtenir jusqu’à 280 tonnes de mica par mois, toutes qualités confondues.

Vingt-deux sociétés travaillent et exportent du mica dans la région Anosy. La production annuelle de Madagascar en ce minéral est d’environ 43 000 tonnes. La Chine reste notre principale cliente, suivie de Hong Kong, l’île Maurice e t l’Estonie. Le prix FOB du mica se situe entre 200 et 300 dollars la tonne, en fonction de la gamme.

Droit des enfants

Pendant leurs visites, dans la région Anosy, les responsables de trois ministères concernés par l’activité du mica, à savoir le ministère de la Population, celui du Travail et le week-end dernier, celui des Mines et des ressources stratégiques, n’ont trouvé aucun enfant travaillant dans les sociétés d’exportation de mica. Le rapport d’une enquête menée par deux organisations non gouvernementales parle, pourtant, de 10 000 enfants employés dans le secteur. Un autre, issu des ministères concernés, avance un chiffre de 298 enfants travailleurs.

« Les enfants ne sont pas considérés comme travailleurs car ils ne sont pas recrutés et ne contractent pas avec des sociétés. Mais selon notre définition, le droit d’un enfant est dit bafoué du moment qu’il ne fréquente pas l’école. Il n’est ni à la maison, son chez-lui, ni à l’école, il accompagne ou travaille dans l’activité à but lucratif avec ses parents. Les bébés, au dos de leur mère, descendent alors dans les tunnels pour chercher le mica. C’est tout simplement inhumain avec le danger que cela représente physiquement et sur la santé de ces enfants », raconte une source ministérielle qui a effectué une descente dans des sites, tôt cette année.

Les soixante-dix familles d’un village de Behara n’ont que le mica comme principale activité. Alors que le chef-lieu de commune se trouve à une dizaine de kilomètres, il n’y a aucune infrastructure scolaire et l’eau se cherche à 40 mètres de profondeur. Le ministre des Mines et des ressources stratégiques, Fidiniavo Ravokatra, a évoqué la semaine passée, à sa descente à Taolagnaro, un plan d’actions de lutte contre le travail des enfants. Le plan comportera des points sur la formalisation de la filière, l’application des lois et normes, et la sensibilisation sur le droit des enfants. Le prix insignifiant du mica auprès des travailleurs devra également être réétudié. La filière rapporte en moyenne 7 millions de dollars chaque année.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter