Notes du passé

Et tout part d’Antananarivo

Un convoi de charrettes à boeufs sur l’une des premières routes malgaches.

«La forêt et la fièvre, voilà deux bons généraux qui me défendent contre les Européens », aime à dire Radama Ier. Le gouvernement royal s’est toujours refusé à l’ouverture de routes, en raison de la méfiance que lui inspirent les contacts avec l’Extérieur et, en particulier, les relations avec les Européens. Quelques années plus tard, avec l’utilisation de la brique et de la pierre dans la construction, la capitale royale commence à prendre un bel aspect. Pourtant, le développement de la voirie et de l’urbanisme ne va pas de pair avec l’architecture. Les rues sont inexistantes et « seuls des sentiers et des fondrières permettaient de communiquer d’un quartier à l’autre et de circuler d’une bâtisse à l’autre » (Revue de Madagascar, Spécial Tananarive, 1952).

Au départ du Rova royal, rayonnent, alors vers les quatre coins de l’île, des sentiers et des pistes qui suffisent aux seuls courriers du gouvernement, aux colonnes guerrières ou aux porteurs de marchandises qui chargent sur leurs dos 20 à 30 kg. Des ponts de liane, des troncs d’arbres renversés facilitent parfois le passage des cours d’eau et seuls les voyageurs d’importance circulent en filanjana.

Quand le gouvernement général français s’établit dans la capitale, les travaux les plus urgents sont ceux qui doivent permettre l’accès des autos jusqu’au Rova, à travers les quartiers les plus
peuplés de la ville, desservis par un labyrinthe de ruelles escarpées, ravinées en raison des pluies, coupées d’escaliers glissants. Utilisant autant que possible les anciens tracés, on perce des voies plus larges à pente mieux ménagée, pourvues de caniveaux de pierre.

Des jardins sont créés en des points bien choisis tels Andohalo, le théâtre des solennels kabary de la royauté où, dès 1897, se fait entendre la musique militaire française. Les petits marchés sont délimités et n’embarrassent plus la voie publique. En 1913, on commence à paver les rues, on commande des plaques indicatrices. Et pourtant, tous les quartiers n’ont pas encore l’eau potable ni des lampes à incandescence, et les détritus domestiques souillent trop souvent les abords des maisons où grouillent des porcs.

Comme il y a peu de terrain disponible pour la construction sur le rocher, la ville doit en descendre et s’étend vers le nord-ouest. C’est là que l’on trouve des terrains plats qui se prêtent aux œuvres de l’urbanisme et auxquels on accède des vieux quartiers, par les pentes escarpées. C’est là que passe aussi le chemin qui conduit du Rova au village sacré d’Ambohimanga et aussi à Mahajanga. C’est là enfin que se trouve déjà le palais du gouverneur français, Ambohitsorohitra, que s’est tenu le grand marché du Zoma, que se sont installées avant la conquête les premières maisons de commerce européennes.

La circulation devient progressivement plus active : d’une quarantaine de charrettes à bœufs, une voiture de plaisance et une douzaine de bicyclettes (la première apparaît à Andohalo en 1896), début 1898, ces divers véhicules et les pousse-pousse se multiplient dès avant la première guerre. Pour assurer le ravitaillement d’une population grossie par les militaires du corps d’occupation, une voie charretière est ouverte en 1897 pour relier Mahajanga à Antananarivo, puis une autre s’établit vers Toamasina.

Dès septembre 1900, Gallieni peut se rendre en automobile jusqu’à Maevatanàna où s’est implantée la Compagnie Suberbie qui assure les transports jusqu’à Mahajanga avec une flottille de petits bateaux à vapeur. Il ne faut que deux jours pour en revenir. Un service automobile public est alors institué pour la poste et les voyageurs.

Les efforts portent aussi sur la piste de Toamasina qui mène au port le moins mauvais, piste la plus fréquentée avant la conquête. « Le nouveau tracé traversant une région peu sûre, infestée de fahavalo, fut jalonné de blockhaus. » En même temps, on multiplie les routes charretières pour relier la capitale aux principaux centres des Hauts-plateaux (Miarinarivo, Antsirabe). Le réseau s’étend par la suite aux agglomérations plus lointaines jusqu’à la côte : Ambositra (1911), Fianarantsoa et Mananjary (1922), Ambalavao (1931).

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