Editorial

Flouterie

Pour un bide, il est énorme. Pour le tout premier numéro de son magazine, le Conseil de la réconciliation nationale a eu l’idiotie de flouter la photo de l’ancien président de la République, Hery Rajaonarimampianina au milieu des membres du CRN. Pour une institution dont la mission principale est de réconcilier, la bourde contredit ses intentions. D’ailleurs, jusqu’ici, cette institution a lamentablement échoué dans toutes ses initiatives. Ce mépris envers un ancien président montre que le CRN a d’autres objectifs que ceux qui lui ont été assignés. Difficile de lui accorder le dernier crédit que l’on pouvait avoir dans ses activités. Impossible de croire en sa sincérité quand on sait qu’on doit à l’ancien président la mise en place du CRN. La photo a, d’ailleurs, été prise lors de l’installation des membres du CRN.

C’était le buzz du week-end. L’indignation a vite envahi les toiles. Le CRN n’a pas encore réagi par rapport aux tirs croisés dont il fait l’objet en toute logique. Il est, certainement, en train de chercher une parade pour étouffer l’affaire. Il est difficile d’alléguer des problèmes techniques en cette ère où l’évolution technologique pardonne rarement une telle impéritie. Le floutage, fait de manière ostensible, était à déconseiller. Les nouvelles technologies permettent d’effacer l’ancien président sans procéder à ce coup d’état.

Mais la semaine est ainsi faite de sujet qui a accaparé l’opinion malgré elle grâce aux réseaux sociaux qui ont pris carrément le quatrième pouvoir dévolu jusque-là, à tort ou à raison, aux médias traditionnels. Avec la vitesse de propagation des informations sur les réseaux sociaux et la liberté éditoriale totale des intervenants, le pouvoir ne peut que vaciller et réagir selon la volonté des internautes.

Facebook est devenu à la fois la météo et la boussole de la gouvernance. Les réseaux sociaux ont résolument remplacé les manifestations de rue avec une efficacité redoutable et sans risquer d’essuyer les affres des bombes lacrymogènes. Chaque semaine, chacun en prend son grade. Outre cette « flouterie » contre un ancien grand dignitaire de l’état dont le mandat n’a pas été exempt de tout reproche, loin s’en faut, une autre affaire a émaillé la semaine passée. Un magistrat se sentant offensé par les métaphores d’un discours utilisées dans les rites verbales lors d’un mariage a appelé la police pour arrêter le mpikabary dont l’insolence n’a d’égal que le débit. Malgré des excuses du mpikabary et des nouveaux mariés, le fautif a été traduit au parquet et attend son jugement.

On dépasse ainsi les abus aussi bien au niveau des individus que des institutions. On n’en finit pas encore d’épiloguer sur la loi contre les violences basées sur le genre que voila d’autres affaires qui souillent l’image du pouvoir et qu’il doit gérer. Le CRN sera-t-il sanctionné pour cet acte anti-réconciliation ? Le magistrat sera-t-il puni pour abus de fonction ? Le fait est qu’on perd du temps à régler des menus fretins. On a déjà grillé un an sans qu’on ait vu le temps passer. L’année aussi semble avoir pris la vitesse du TGV. Les douze mois, on les avale en cinquante deux semaines.

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