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Editorial

Le choix des armes

Consternant. Les faits font froid dans le dos mais personne ne semble n’y prêter attention. Le nombre des victimes d’attaques armées est plus nombreux que les victimes des terroristes jihadistes au Sahel depuis 2016. C’est le Secrétaire d’État à la gendarmerie qui l’a révélé. Il a parlé de huit-cents morts victimes des dahalo. Le SEG a dénoncé l’existence d’un véritable réseau de trafiquants d’armes que les forces de l’ordre n’utilisent pas. Les dahalo donnent du tournis aux forces de l’ordre mais les violences urbaines ont également atteint une proportion inquiétante. Les cash-points sont désormais les cibles de prédilection des bandits après l’abandon des stations-service désormais bien gardées. Les deux tenantes de cash-points abattues à bout portant de sang froid en plein cœur de la capitale il y a un mois sont assez graves pour être ignorées.

Elles ne sont certainement pas les dernières victimes des bandits. Il faut prendre des mesures draconiennes pour juguler la prolifération des armes dont certaines sont issues des crises politiques successives. D’autres sont de fabrication artisanale. Les faits récents ont montré que des éléments des forces de l’ordre sont impliquées dans des attaques armées et les assassinats. Certains louent ou vendent carrément leurs armes pour commettre des crimes. Il faut peut-être revoir les critères de recrutement pour éviter que les camps militaires ou policiers soient le vivier du banditisme. C’est certes difficile de trier sur le volet les élèves policiers ou gendarmes mais c’est une nécessité absolue.

A défaut il faut stopper le recrutement momentanément pour juguler l’hémorragie. Sinon la situation va se détériorer d’un jour à l’autre. Les forces de l’ordre ont beau quadriller la ville, multiplier les patrouilles, le fait est que la situation les dépasse. Elles ne peuvent garantir la protection de la population et ses biens comme le veut leur slogan. La répression policière assimilée souvent à une exécution sommaire n’est pas une solution pérenne étant donné que le banditisme est une grandeur directement proportionnelle à la pauvreté. On peut ainsi affirmer qu’à dix bandits exécutés correspondent cent naissances vouées au banditisme. La solution définitive reste ainsi la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois. Tant que le nombre de chômeurs reste élevé, le choix des armes demeure une option inévitable presque fataliste.

1 commentaire

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  • « Le banditisme est d’une grandeur directement proportionnelle à la pauvreté » dites-vous.
    Certes, mais alors pourquoi est-il plus ou moins dévastateur d’un pays à un autre? Serait-ce parce que le fossé entre les riches et les pauvres est devenu tel qu’il provoque une détérioration incontrôlable de la conscience humaine, facilitée par les abus des cols blancs, commis jusque sur la place publique tant ils se sentent au dessus des lois?
    Dès lors, qui est responsable? Le malfrat, des petites mains agissant plutôt pour des commanditaires (il faut de l’argent pour acheter des armes), ou bien les personnes aux commandes, qui par absence de vision sociétale plus équitable, ne luttent pas réellement contre le chômage, pour rebondir sur vos derniers propos?
    Est-on arrivés à un point de non-retour où on assiste à une collusion entre ces commanditaires et les personnes décisionnelles?
    Il existe deux principaux banditismes, celui qui sévit dans la ruralité, celui qui embrase les grandes villes, qui sont les vrais protagonistes? L’affaire est grave, les conditions, hormis géographiques, d’une « djihadisation » de cette délinquance sont réunies et dans pareil cas, les acteurs qui tirent les ficelles ne seraient pas épargnés, entraînant le pays dans un véritable enfer sur terre. Nul ne le souhaiterait.